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Abus de faiblesse contre Liliane Bettencourt: quatre prévenus jugés en appel

Un décès, des transactions financières, deux relaxes: de dix au départ, ils ne sont plus que quatre prévenus jugés en appel à partir de mardi à Bordeaux pour "abus de faiblesse" au détriment de la richissime héritière de L'Oréal, Liliane Bettencourt.

Un an après leur condamnation pour abus de faiblesse contre Liliane Bettencourt, richissime héritière du groupe de cosmétiques L'Oréal, quatre des dix prévenus jugés en première instance reviennent à Bordeaux sur les bancs de la Cour d'appel pour un second procès, du 10 au 27 mai.

Un des deux notaires mis en cause, Jean-Michel Normand, poursuivi pour "complicité d'abus de faiblesse" et qui avait fait appel de sa condamnation à douze mois de prison avec sursis et 100.000 euros d'amende, s'est finalement désisté de son appel à quelques jours du début du procès.

Parallèlement, les "bases d'un accord au civil" entre le notaire et la famille Bettencourt "ont été envisagées", sous réserve de l'acceptation du désistement par le parquet, a-t-on appris dimanche de source proche du dossier.

Huit hommes avaient été condamnés l'an dernier à Bordeaux en première instance pour avoir abusé, entre 2006 et 2011, de la vulnérabilité de Liliane Bettencourt, aujourd'hui âgée de 93 ans, atteinte de la maladie d'Alzheimer et placée sous tutelle. Deux ont été définitivement relaxés: l'ex-ministre Eric Woerth, qui fut aussi trésorier de l'UMP (devenu Les Républicains), et Alain Thurin, ancien infirmier de la vieille dame. Outre Jean-Michel Normand, deux autres ont renoncé à faire appel et un troisième est mort récemment.

François-Marie Banier sur les bancs de la cour d'appel

Seuls quatre anciens proches ou collaborateurs de la milliardaire, dont son fantasque "confident", le photographe François-Marie Banier, comparaissent donc devant la Cour d'appel de Bordeaux, où le tentaculaire dossier Bettencourt a été dépaysé en 2010.

François-Marie Banier, 68 ans, et son compagnon Martin d'Orgeval, 42 ans, nient farouchement avoir abusé de la vulnérabilité de Liliane Bettencourt pour obtenir des contrats d'assurance-vie, dons et oeuvres d'art, chiffrés en centaines de millions d'euros. En première instance, le tribunal avait pourtant jugé que le photographe exerçait "une emprise particulièrement destructrice sur cette victime âgée en situation de particulière vulnérabilité", aidé en cela par son compagnon.

Pire encore, selon le jugement, François-Marie Banier avait planifié de longue date "son projet délictueux", brisant les liens familiaux de la vieille dame pour mieux l'isoler et satisfaire "une boulimie d'appropriation" de sa fortune.

Pour ces faits, François-Marie Banier a écopé de la plus lourde peine: trois ans de prison, dont six mois avec sursis, une amende de 350.000 euros et l'obligation de verser à la milliardaire plus de 158 millions d'euros de dommages et intérêts. Martin d'Orgeval a été condamné à 18 mois de prison avec sursis et une amende de 150.000 euros. 

Autre "proche" de la richissime héritière, son ex-gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre, 67 ans, a été condamné à 30 mois de prison, dont 12 avec sursis, 250.000 euros d'amende et plus de 12 millions d'euros de dommages et intérêts. Mais le financier a renoncé à faire appel après avoir conclu une transaction avec la famille Bettencourt.

Feuilleton judiciaire

Condamné à la même peine (et 2,9 millions d'euros de dommages et intérêts), son successeur, l'avocat Pascal Wilhelm, 54 ans, a en revanche fait appel et est donc rejugé à Bordeaux. Tout comme le notaire Patrice Bonduelle, 53 ans, poursuivi pour "complicité".

Carlos Cassina Vejarano, 68 ans, ex-gestionnaire de l'île des Bettencourt aux Seychelles, avait lui aussi fait appel, mais il est mort récemment. Absent en première instance, il n'en avait pas moins été condamné à de la prison ferme et à une lourde amende.

Frappé d'une amende de 250.000 euros, l'entrepreneur Stéphane Courbit, 51 ans, a renoncé à faire appel. Avant le premier procès, il était convenu avec les Bettencourt de restituer les 140 millions d'euros investis par la milliardaire dans ses activités.

Le feuilleton judiciaire avait été déclenché en décembre 2007 par une plainte pour "abus de faiblesse" déposée par la fille de la milliardaire, Françoise Bettencourt-Meyers, partie civile au procès.

Le dossier avait ensuite pris des allures d'affaire d'Etat après la diffusion d'enregistrements clandestins réalisés dans le bureau de Liliane Bettencourt par son majordome, Pascal Bonnefoy, qui révélaient l'évasion fiscale d'une partie du patrimoine de la famille Bettencourt et suggéraient des immixtions politiques de l'Elysée dans la procédure judiciaire. L'ex-président Nicolas Sarkozy a finalement bénéficié d'un non-lieu.

V.R. avec AFP