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30.000 euros d'indemnisation provisoire pour Manuel Coisne, gilet jaune éborgné à Paris

Un CRS face à des gilets jaunes  (photo d'illustration)

Un CRS face à des gilets jaunes (photo d'illustration) - Sébastien Bozon/AFP

La Commission d'indemnisation des victimes d'infraction du tribunal judiciaire de Paris a accordé 30.000 euros d'indemnisation provisoire à Manuel Coisne, un gilet jaune éborgné à Paris. Une expertise médicale a certifié que la perte de son oeil était définitive.

La Commission d'indemnisation des victimes d'infraction (Civi) du tribunal judiciaire de Paris a accordé jeudi 30.000 euros d'indemnisation provisoire à Manuel Coisne, "gilet jaune" éborgné à Paris en novembre 2019, selon une décision consultée par l'AFP.

Manuel Coisne avait été blessé à l'oeil par une grenade lacrymogène le 16 novembre 2019 lors d'une manifestation déclarée et autorisée des gilets jaunes place d'Italie à Paris qui avait dégénéré avant d'être annulée par la préfecture de police.

Sur la vidéo, extrêmement virale, témoignant du moment de sa blessure, on voit cet homme âgé alors de 41 ans discuter à l'écart du chaos avec d'autres manifestants, à proximité du centre commercial Italie 2. Soudainement, un projectile vient heurter violemment son oeil gauche.

Des "violences incontestables" à l'encontre du gilet jaune

Une enquête avait été ouverte, rapidement confiée à un juge d'instruction, pour "violences volontaires par une personne dépositaire de l'autorité publique suivies de mutilation ou infirmité permanente", une infraction criminelle. Trois jours après la blessure, une expertise médicale avait certifié que la perte de l'oeil était totale et définitive, avec séquelles esthétiques et fonctionnelles.

Dans sa décision, la Civi estime que les violences "sont incontestables et qu'aucune faute ne peut être relevée à l'encontre (de Manuel Coisne) dans la mesure où, comme en témoigne l'examen des faits filmés par plusieurs caméras, il était en train de discuter calmement".

"Il est établi qu'il a reçu un projectile destinée à la diffusion de gaz lacrymogène, dont l'utilisation n'avait pas pour vocation d'atteindre un individu sur le corps pour le neutraliser", ajoute la Civi.

Une expertise médicale exigée par la commission

La commission estime "établi que Manuel Coisne a été victime de faits qui présentent le caractère matériel d'une infraction" et l'indemnise donc "à titre de provision" de 30.000 euros. Elle demande une expertise médicale concernant ses blessures.

"L'indemnisation définitive, qui sera probablement très importante, sera à la charge du contribuable. Les violences policières et l'usage criminel d'armes inadaptées par le préfet Didier Lallement et ce gouvernement auront un coût considérable, mais ce n'est rien à côté de la souffrance de Manuel Coisne", a estimé son avocat, Me Arié Alimi.

Dans ce dossier, selon une source proche du dossier, une expertise judiciaire est en cours pour corroborer une enquête vidéo du Monde de décembre 2019 qui avait identifié un tireur potentiel de la grenade lacrymogène. Cette expertise pourrait déboucher sur la mise en cause d'un policier, d'après cette source.

S.B.M avec AFP