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Mort du comédien Jean Piat, vedette du feuilleton Les Rois maudits

Monstre sacré du théâtre français, Jean Piat était aussi la vedette du feuilleton Les Rois maudits. Sa famille a annoncé sa mort ce mardi soir à l'âge de 93 ans.

Il avait prêté ses yeux bleus et sa voix chaude à Cyrano sur les planches et Robert d'Artois à la télévision. Monstre sacré du théâtre qui a marqué les mémoires dans le feuilleton Les Rois maudits, Jean Piat est mort mardi à l'âge de 93 ans.

Il s'est éteint huit mois après sa compagne, la romancière et comédienne Françoise Dorin, morte en janvier et dont il partageait la vie depuis 1975. Ce sportif accompli, qui a toujours paru plus jeune que son âge et a consacré sa vie au théâtre, aurait eu 94 ans dimanche.

"Dominique et Martine, ses filles, ont la douleur de vous annoncer le décès de leur père", ont écrit ses filles dans un communiqué.

"Parce qu'il était d'une modestie et d'une courtoisie extrêmes, nous oubliions parfois que Jean Piat était un de nos géants, qui brûlait de passion pour le théâtre et les grands textes", a estimé le président Emmanuel Macron sur Twitter, ajoutant que "sa voix, son regard, son élégance nous manqueront".

"Quand je ne joue pas, j'ai l'impression d'être privé de dessert"

Tour à tour pendant plus de 70 ans, Jean Piat, qui n'hésita pas à jouer dans le théâtre de boulevard, aura été Don César (Ruy Blas), Alceste (Le Misanthrope) ou Don Quichotte, chantant après Jacques Brel, dans L'Homme de la Mancha.

"Je joue, parce que quand je ne joue pas, j'ai l'impression d'être privé de dessert!", disait-il à 90 ans passés, l'oeil toujours pétillant.

Né le 23 septembre 1924 à Lannoy (Nord) dans une famille modeste et catholique, il fréquente le lycée Janson-de-Sailly à Paris et l'Institution de Sainte-Croix à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) avant d'être admis au Conservatoire national d'art dramatique. En 1946, il fugue pour tenir sans autorisation un rôle au cinéma dans "Rouletabille" et se fait expulser.

Cela ne l'empêche pas d'entrer un an plus tard à la Comédie-Française. Entre 1947 à 1972, il joue dans plus de 60 pièces. Surtout, il tient le rôle, près de 400 fois, de "Cyrano de Bergerac". La première fut saluée, une fois le rideau tombé, par plus de cinquante rappels!

Un peu boudé par le cinéma

Mais c'est le petit écran qui l'a largement fait connaître du grand public. En 1972, il frappe les esprits dans la série en six épisodes Les Rois Maudits, réalisée par Claude Barma et adaptée de l'oeuvre de Maurice Druon. Il y incarne le cruel Robert d'Artois, tout de rouge vêtu.

Il enchaîne ensuite les succès sur les planches: "Même heure l'année prochaine", "Le préféré", "L'étiquette", "Le Dindon", "De Sacha à Guitry", "Le retour en Touraine", "L'Affrontement" - qui lui vaut le Molière 1997 du meilleur adaptateur d'une pièce étrangère -, "Les dernières lunes" et "Prof".

Le cinéma l'a toujours un peu boudé. Et la chance lui manqua. Il doit jouer dans Casque d'or de Jacques Becker mais la Comédie-Française ne lui accorde pas son congé. Jean-Pierre Melville veut l'engager dans son projet de film Arsène Lupin mais le réalisateur meurt prématurément. Il travaillera toutefois avec Luis Bunuel dans La Voie lactée, René Clément dans Le passager de la pluie ou Sergio Gobbi dans La Rivale.

Jean Piat a aussi beaucoup écrit. Son dernier livre, un retour sur sa carrière, Et... vous jouez encore!, est paru en 2015.

J.B et N.B. avec AFP