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Chute du Mur de Berlin: de Rostropovitch à Bowie, la bande-son d'une révolution

Des Allemands assis sur le Mur de Berlin, le 11 novembre 1989.

Des Allemands assis sur le Mur de Berlin, le 11 novembre 1989. - AFP

Il y a 30 ans aujourd'hui, tombaient les premiers morceaux du Mur de Berlin, symbole du rideau de fer entre l'Est et l'Ouest. Une révolution pacifiste qui a attiré et inspiré les artistes.

Une foule compacte, la liesse dans les rues de Berlin, le mur, encore à peine attaqué mais déjà franchi par des milliers d'Allemands abasourdis. Des présentateurs de JT à cours de mots pour décrire ce morceaux d'histoire en train de se produire sous leurs yeux, la joie du peuple allemand, séparé pendant 28 ans par ce mur infranchissable et meurtrier.

De cette folle effervescence et des images de cet événement historique, la chute du Mur de Berlin, il en est une qui a marqué les esprits et fait le tour du monde, Rostropovitch jouant Bach sur son violoncelle à Checkpoint Charlie, mythique point de passage entre l'est et l'ouest.

Silence ému

"Je suis venu jouer ici pour que l'on se souvienne de tous ceux qui sont morts à cause de ce Mur". Le 11 novembre 1989, le virtuose russe en exil Mstislav Rostropovitch saute dans un vol Paris-Berlin. Le vieil homme, son violoncelle à la main, se fraie un chemin au milieu de la foule exaltée rassemblée au Checkpoint Charlie. Il trouve une chaise et se met à jouer une sonate de Bach au pied du mur graffité. Dans un silence ému, même si certains ne reconnaissent pas le célèbre musicien et lui jettent des pièces, le récital improvisé est retransmis en direct par plusieurs télévisions et bouleverse le monde entier. 

Les équipes d'Antenne 2 ont la chance de capter ce moment en direct. "Voilà, et on se tait", commente Daniel Bilalian, qui entend, avec l'envoyé spécial Philippe Rochot, les premières notes s'élever. "Je crois que c'est un moment à ne pas manquer", pressent-il.

D'autres morceaux de musique sont indissociables de la chute du Mur et la révolution pacifique qui l'a accompagnée sont associées à des chansons et performances musicales passées à la postérité. Voici la "playlist" du 30e anniversaire de la chute de l'enceinte qui symbolisait le Rideau de fer en Europe.

The Scorpions - Wind of Change

La mélancolique ballade rock, et son mythique sifflotement d'ouverture, est devenue le symbole musical de la fin du Rideau de fer. Klaus Meine, le chanteur des Scorpions, avait écrit les paroles à son retour de Moscou. A l'été 1989, le groupe de Hanovre avait en effet été invité à jouer dans un festival, une idée de Gorbatchev pour marquer la Perestroïka, "ce vent de changement" initié en URSS. Finalement enregistrée en 1990, "Wind of change" reste la chanson la plus vendue de tous les temps en Allemagne. 

David Hasselhoff - Looking for freedom

L'acteur de la série Alerte à Malibu, aux lointaines origines allemandes, avait réinterprété ce poussiéreux tube allemand quelques mois avant la chute du Mur. Pour la Saint-Sylvestre 1989, avec cette chanson au titre idoine, David Hasselhoff se lance, vêtu d'une veste pailletée incrustée d'ampoules lumineuses, dans un flagrant mais endiablé play-back, perché sur des vestiges du mur. Depuis "The Hoff" est devenu une icône en Allemagne et a même un musée qui lui est dédié à Berlin. 

Bowie & Springsteen, héros de l'Est

Le 6 juin 1987, David Bowie, qui a vécu plusieurs années à Berlin, se produit au pied du Mur. Les enceintes sont délibérément tournées en direction de l'Est, où de jeunes Berlinois bravent la police pour entendre cette musique "décadente" et interdite. "Le mur doit tomber !", scandent-ils tandis que des affrontements éclatent. Ce concert devient ainsi l'un des points de départ de la contestation populaire en RDA. Un an après, le régime lâche du lest et Bruce Springsteen est invité à jouer. 300.000 Berlinois de l'Est, avides de rock et de liberté, reprennent en transe Born in the USA.

Pink Floyd - The Wall

Malgré son titre qui semble taillé sur mesure, la célèbre chanson des Pink Floyd de 1979 ne s'inspire pas du tout du mur de Berlin. Elle devient pourtant emblématique - dans une version duo avec Cyndi Lauper - grâce au concert organisé par le fondateur du groupe, Roger Waters, huit mois après les événements. Dans les ruines de l'ex "no man's land" de Berlin, un gigantesque mur de 170 mètres de long est reconstitué puis détruit sur scène, pour ce concert cathartique auquel assistent plus de 350.000 personnes.

En revanche, le titre A Great Day for Freedom, de Pink Floyd, sorti en 1994, est lui directement inspiré de la Chute du Mur. David Gilmour en parlait ainsi en septembre 1994: "Il y a eu un moment d’optimisme merveilleux quand le mur est tombé – la libération de l’Europe de l’Est du côté non démocratique du système socialiste, mais ce qu’ils ont maintenant ne semble pas être beaucoup mieux. Je pense que l’histoire évolue à un rythme beaucoup plus lent que ce que nous pensons, mais je pense que le vrai changement prend beaucoup de temps".

Udo Lindenberg - Sonderzug nach Pankow

Empêché par les autorités de RDA de venir jouer à l'Est, le rockeur allemand Udo Lindenberg réplique en 1983 avec ce provocant titre - sur une reprise de Glenn Miller - et attaque frontalement le secrétaire général Erich Honecker, dépeint en dirigeant rigide et hypocrite écoutant en secret la radio de l'Ouest. Le rockeur irrévérencieux, dont le régime redoutait l'influence sur la jeunesse, sera finalement autorisé à chanter à Berlin-Est en octobre de la même année... mais pas ce titre.

Nina Hagen et Joe Cocker

Dès le 12 novembre, trois jours après le début de la chute du Mur, un concert est organisé à Berlin-Ouest, désormais accessible à tous les Berlinois. Le Britannique Joe Cocker est là, pour interpréter la chanson des Beatles With a Little Help from My Friends. "L'Allemagne, ça me touche au coeur. Berlin c'est vraiment un endroit très spécial", confie le chanteur aux reporters Mais aussi Udo Lindenberg et la chanteuse punk Nina Hagen, originaire de Berlin-Est, qu'elle a quitté en 1976, pour raisons politiques. Environ 50.000 personnes sont réunies pour assister à ce concert historique. 

Kaoma - La Lambada

Tout l'été 1989, l'Europe de l'Ouest s'est trémoussée aux rythmes de la Lambada, tout premier tube de l'été, du groupe caribéen Kaoma. Et au pied de la porte de Brandebourg, des Allemands en liesse, dont un policier en uniforme, se mettent en novembre 1989 à danser devant une caméra un fougueux collé-serré sur cet air alors synonyme de liberté et de joie de vivre retrouvées.

M. R. avec AFP