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Pourquoi la comédie française n'a rien à envier à la comédie US

Eric et Ramzy dans "Seuls Two"

Eric et Ramzy dans "Seuls Two" - Warner Bros France

Un livre d'entretien avec dix cinéastes comme Eric Judor ou Justine Triet, bat en brèche les clichés sur les comédies françaises, souvent jugés peu inventives par rapport à leurs cousines américaines.

Genre le plus populaire en France, la comédie est pourtant rarement aussi bien considérée que le drame ou le fantastique. Les Césars (à l'exception des Ripoux de Claude Zidi ou de Vénus Beauté (Institut) de Tonie Marshall) ont peu récompensé les comédies et les cinéphiles entretiennent avec ce genre un rapport souvent ambigu, entre fascination pour la comédie US (Judd Apatow, Ben Stiller, Tina Fey) et rejet de la comédie française (Franck Gastambide, Philippe Lacheau, Dany Boon).

Depuis quelques années, une nouvelle génération de cinéastes, influencée par le cinéma américain, dynamise la comédie française. La Nouvelle comédie du cinéma français (éd. Nouvelles éditions Jean-Michel Place, 10 euros), un livre coordonné par trois spécialistes (Fernando Ganzo, rédacteur en chef de So Film, Jacky Goldberg, critique aux Inrocks et Quentin Mével, délégué Acrif), tente de définir cet objet filmique non identifié.

Pour répondre à leurs interrogations, 10 cinéastes ont été interviewés: Antonin Peretjatko (La Loi de la Jungle), Justine Triet (Victoria), Eric Judor (Seuls Two), Sébastien Betbeder (Marie et les naufragés), Axelle Ropert (La Prunelle de mes yeux), Jean-Christophe Meurisse (Apnée), Romain Lévy (Gangsterdam), Rudi Rosenberg (Le Nouveau) et Eric Toledano et Olivier Nakache (Intouchables). Des auteurs confirmés comme des réalisateurs débutants se côtoient. 

Pierre Richard vs. Judd Apatow

Malgré ces profils différents, des points communs émergent. Parmi leurs influences, les cinéastes citent spontanément deux noms: Pierre Richard, rare représentant en France d'un cinéma burlesque, et Judd Apatow, prolifique producteur et cinéaste qui a changé l'humour US en orchestrant la rencontre à l'écran du stand-up et du drame.

Sébastien Betbeder concède ainsi avoir compris, en regardant Supergrave (production Apatow avec Jonah Hill et Michael Cera), "que faire un cinéma d'auteur tout en faisant de la comédie était possible". Un autre film d'Apatow a joué un rôle important dans sa carrière: Funny People: "Je crois que je n'avais jamais vu cela, ce mélange de comédie avec quelque chose de très dramatique." 

La difficulté de faire rire à la lecture

Malgré cette forte influence américaine, les cinéastes interrogés ont su développer une mise en scène propre de l'humour. Chacun décrit la difficulté de l'écriture du scénario, étape indispensable pour financer son film auprès du CNC notamment. Une situation souvent difficile lorsqu'un gag purement visuel s'avère peu drôle à la lecture: "Si tu lis 'Pierre Richard arrive à l'aéroport, les portes coulissantes ne s'ouvrent pas, il rentre dedans', le lecteur se dit, 'ouais, bof' alors que la séquence est très drôle dans La Chèvre", dit Antonin Peretjatko. 

Chaque cinéaste décrit sa méthode de travail, ses aspirations et ses faiblesses. Eric Judor analyse par exemple avec lucidité les raisons de l'échec public de son pourtant hilarant La Tour de contrôle infernale: "J'ai peut-être mis trop de types différents d'humour dedans. Un fourre-tout de tout ce qui me fait rire."

Justine Triet, réalisateur de Victoria avec Virginie Efira, espère de son côté pouvoir approfondir le dosage entre humour et drame dans son prochain film. Un principe essentiel pour ces cinéastes qui cherchent avant tout derrière le rire à parler des maux de notre société.

Jérôme Lachasse