BFMTV

Le festival d'Annecy fête ses 60 ans en grande pompe malgré la pandémie

L'affiche du festival d'Annecy 2021

L'affiche du festival d'Annecy 2021 - Festival d'Annecy

La manifestation, qui célèbre le cinéma d'animation mondial, est le premier festival international à accueillir du public en présentiel.

Malgré une période incertaine, le Festival international du film d'animation d'Annecy se tiendra bien en présentiel du lundi 14 au samedi 19 juin prochain. Organisée trois semaines avant Cannes, la manifestation savoyarde sera le premier festival international à se tenir devant un public. 

Un miracle, tant les conditions n’étaient pas réunies il y a encore quelques mois, rappelle Mickaël Marin, directeur de Citia, structure organisatrice du Festival international du film d'animation d'Annecy: "L'année a été très dure. On a attendu que le calendrier soit favorable, mais c'était très compliqué."

"On a eu les nerfs assez solides pour tenir quand peu de monde y croyait, parmi nos partenaires et dans l’équipe", ajoute Marcel Jean, son délégué artistique. Pour ces raisons, Annecy propose aussi une édition hybride, avec une version en ligne. Mais cette édition 2021 devait également absolument se dérouler en présentiel, afin de célébrer le soixantième anniversaire du festival - retardé d'un an à cause du Covid.  

"Comme le festival a eu lieu l’année dernière en ligne, on voulait trouver le moyen de présenter sur grand écran les films qui avaient été sélectionnés", explique Marvel Jean. "Certains films primés l'année dernière ne sont pas encore sortis au cinéma! Cela nous semblait très important de marquer le coup. Tout cela a un peu pris la place qu'on réservait aux célébrations. On a dû revoir l'ampleur de cet anniversaire avec davantage de modestie", déplore Marcel Jean.

Des festivités sont tout de même prévues. Une grande soirée sera organisée le 15 juin pour "marquer notre histoire, et rendre hommage à ceux qui ont fait Annecy: les soutiens des premières années, les réalisateurs, les travailleurs de l'ombre, les grands studios", énumère Mickaël Marin. La ville se mettra au diapason et proposera un parcours pour découvrir des images des premiers temps du festival. 

Ce soixantième anniversaire du festival d’Annecy est aussi l’occasion de mettre un coup de projecteur sur le Cristal, récompense suprême du festival et "véritable œuvre d’art qui symbolise l'eau cristalline du lac et le sommet des montagnes", indique le directeur artistique. Un documentaire sur sa création sera projeté à Annecy, et une tournée départementale avec les films de la sélection aura lieu, pour la première fois dans l'histoire du festival. "Plus que jamais, nous avons une volonté très forte d'inclure les locaux", dit Mickaël Marin. 

L’œuvre de Michel Ocelot, le réalisateur de Kirikou et la Sorcière et Dilili à Paris, sera aussi célébrée au Musée-Château d'Annecy. L’occasion de plonger dans un univers féerique, qui aborde des questions de société essentielles tout en contribuant à faire évoluer l’art de l’animation. Récipiendaire en 1998 du Cristal d’Annecy pour Kirikou, Michel Ocelot est né à Annecy, comme il le dit souvent. 

"L'histoire de Michel Ocelot est intimement liée à celle du festival", insiste Mickaël Marin. "Il a participé au conseil d'administration. C'est un artiste extraordinaire, rare. Je suis extrêmement content, parce que ça va lui donner un coup de projecteur. Il n'est pas assez célébré en France."

Michel Ocelot n’est pas le seul à devoir sa carrière au festival. Beaucoup de films d’animation marquants des dernières années ont reçu le Cristal - dont les œuvres du studio Ghibli, bien avant qu’elles ne deviennent populaires en France! Porco Rosso de Hayao Miyazaki l’a reçu en 1993, Pompoko d'Isao Takahata en 1995. Plus récemment, Ma vie de Courgette ou encore J'ai perdu mon corps y ont été sacrés.

Si toutes les œuvres marquantes ne sont pas récompensées chaque année au festival, Marcel Jean vante le bon goût des sélections des éditions passées: "Beaucoup de films qui ont obtenu l'Oscar du film d'animation ou du court métrage d'animation ont été projetés à Annecy." Il y a deux ans, J’ai perdu mon corps du français Jérémy Clapin a été à deux doigts d’obtenir l’Oscar.

"Il y a un sens de responsabilité par rapport à l'Histoire. Sélectionner les films de la compétition officielle d’Annecy, c'est une énorme responsabilité", indique Marcel Jean. "Ce n'est pas une question de goût personnel. C’est être capable de donner l'image la plus juste possible de l'état de l'animation. Elle doit permettre au festivalier de prendre le pouls de l'état du monde." 

Quelle vision du monde les cinéastes proposent-ils cette année? "Ils sont très préoccupés par les grandes questions politiques et écologiques. Dans les courts-métrages, on a vu beaucoup de réflexions sur l'identité, sur la réalité, sur la relation évanescente au monde tangible, la virtuelle des êtres et des objets, sur la manière dont on perd contact avec le monde et les autres, et une certaine anxiété face à l'intelligence artificielle." 

Si "il y a eu un peu moins de longs-métrages proposés" aux sélectionneurs cette année, "la qualité était là", assure Marcel Jean. Cette édition sera marquée par de nombreux films asiatiques, venus de pays à forte tradition d'animation comme le Japon et la Corée du Sud mais aussi des Philippines par exemple (Hayop Ka! The Nimfa Dimaano Story d'Avid Liongoren). 

La sélection réunit aussi un film japonais "très attendu des amateurs d'animation" selon les organisateurs, The Deer King de Masashi Ando (collaborateur d'Hayao Miyazaki) et Masayuki Miyaji, et Ma famille afghane, œuvre franco-tchèque de Michaela Pavlatova sur "l'expérience d'une occidentale installée en Afghanistan". 

Le festival, qui compte 45% de réalisatrices dans la sélection, consacre un focus à l'animation africaine, présente au marché du film et dans plusieurs catégories - mais pas parmi les 10 films de la compétition officielle, la plus prestigieuse. Disney présentera aussi les premières images d'Iwájú, une série d’inspiration afro-futuriste prévue pour 2022.

Sans oublier la présentation en avant-première de plusieurs projets dont on devrait beaucoup parler dans les prochaines années, comme Mars Express de Jérémie Périn, sorte de Blade Runner à la française.

https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV