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Critique ciné à Cannes: "c'est la course pendant 10 jours"

La très belle salle du Grand Théâtre Lumière, dans le Palais des festival.

La très belle salle du Grand Théâtre Lumière, dans le Palais des festival. - Magali Rangin - BFMTV

Plus de 4.500 journalistes couvrent le Festival de Cannes. Dont beaucoup de critiques cinéma, qui voient peu le soleil sur la Croisette et passent dix jours intenses et épuisants.

"Trois-quatre", "idéalement cinq", à Cannes, le critique ciné enquille les films, comme le fêtard les shots de vodka. La première mission du critique, quand il arrive au festival, c’est de préparer son planning. "J’y passe un temps fou", explique Mehdi Omaïs, journaliste cinéma pour Métronews, qui a envie de "tout voir". "Au début on se fixe un planning très ambitieux, on est persuadé d’avoir le don d’ubiquité".

Il faut en effet quelque chose s’en approchant, pour envisager voir à la fois les 20 films de la sélection officielle, ceux de la sélection Un certain regard, la Quinzaine des réalisateurs, la Semaine de la critique. Un choix cornélien et parfois frustrant pour le journaliste cinéma.

"On oublie la fatigue"

"La priorité, c’est la sélection officielle, mais il y a tellement de pépites dans les autres sélections…", regrette Mehdi Omaïs. Une boulimie de film, qu'ils doivent parfois lester d’interviews et de conférences de presse. "C’est la course pendant 10 jours, confirme Laurent Bartoleschi, de Ciné Magazine. A peine le temps de grignoter un sandwich entre deux projections. Et des journées à rallonge, avec une première séance matinale, qui démarrent le matin à 8h30 et s’achèvent parfois avec les Séances de minuit. Love, le film de Gaspard Noé, doit ainsi être projeté en Séance de minuit.

Et puis le critique passe, comme un peu tout le monde à Cannes, un temps fou à attendre. Faire la queue, passer des contrôles de sécurité, ouvrir son sac… "C’est épuisant", témoigne Thierry Chèze de Studio Ciné Live. "Mais le cinéma est une telle passion qu’on oublie notre fatigue", assure Mehdi Omaïs.

"Chabrol s’est levé et a traité tout le monde d’abruti"

A moins de vouloir tenter le grand schelem. "Au début, j’ai essayé d’aller aussi aux soirées, mais j’ai vite ressemblé à un zombie, rigole Mehdi. Mais dans tous les cas, on dort peu". "La fatigue, on la ressent quand on rentre. D’ailleurs, en général, juste après je tombe malade", conclut-il, en riant.

Résultat, le critique pique parfois un peu du nez. Mais cet épuisement général confère également aux projections une ambiance électrique une sorte "d’hystérie collective", comme le décrit Thierry Chèze.

Le public de Cannes, réagit, applaudit, siffle. "Tous les films de James Gray ont été sifflés à Cannes, évoque ainsi le critique. Pour The Yards, se souvient-il, Claude Chabrol qui était dans la salle s’est levé et a traité tout le monde d’abruti. Il avait bien raison".

"Les émotions sont décuplées"

Un autre habitué cinéphage se souvient d’un film thaïlandais, rapidement déserté. "On entendait les sièges claquer, au fur à mesure que les gens quittaient la salle". "Les émotions sont décuplées, confirme Mehdi Omaïs, à Cannes, un film peut être porté aux nues ou cloué au pilori". 

Et puis Cannes reste pour beaucoup, le meilleur lieu pour voir des films. Les salles Debussy et le Grand théâtre Lumière sont "magnifiques", le son excellent. Des conditions idéales pour des films à grand spectacle comme Mad Max, hors compétition. Ou pour des "chocs", qui laissent les critiques sans voix. Comme Le fils de Saul, du Hongrois László Nemes. "On avait du mal à applaudir, tellement c’était incroyable", décrit Thierry Chèze. A Cannes, les moments de grâce ne sont pas que sur tapis rouge.

Magali Rangin, à Cannes