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Cédric Klapisch revient avec Deux Moi: "Je trouve que Paris évolue bien"

Deux moi de Cédric Klapisch

Deux moi de Cédric Klapisch - Copyright Emmanuelle Jacobson-Roques - Ce qui me meut

Le réalisateur retrouve sa ville natale, où il a tourné Deux moi, un film sur la dépression urbaine, comme en écho à son classique des années 1990, Chacun cherche son chat. Il raconte à BFMTV les coulisses de son grand retour derrière la caméra.

Après New York (Casse-tête chinois) et la Bourgogne (Ce qui nous lie), Cédric Klapisch revient à Paris. Dans Deux moi, en salle ce mercredi 11 septembre, le réalisateur retrouve Ana Girardot et François Civil pour raconter, vingt-quatre ans après Chacun cherche son chat, l’histoire d’un quartier parisien et d’âmes en peine.

En pleine phase de dépression, Rémy (Civil) et Mélanie (Girardot) vivent dans la même rue du côté de la Gare du Nord, mais ne se connaissent pas. Sans le savoir, ils tombent amoureux… Klapisch, qui a cessé de multiplier les effets de mise en scène comme dans Les Poupées Russes, livre avec Deux moi son film le plus apaisé.

Rencontré par BFMTV, le réalisateur raconte les coulisses de son nouveau film, très personnel, et commente l’évolution de la capitale.

Vous revenez avec un film très personnel, qui rend hommage à la psychanalyse, le métier de votre mère. Le personnage joué par François Berléand porte son nom… C’est comme cela qu’est né Deux moi?

C’est arrivé au fur et à mesure. Quand on m’a demandé quel nom mettre sur la porte, c’était une espèce d’évidence pour moi. Il y a une résonance avec le personnage joué par Berléand, car ma mère travaille dans un endroit similaire, ce que l’on appelle aujourd’hui un centre médico-psychologique. J’ai eu besoin de fabriquer ce rapport. De la même façon, elle passe dans le film - c’est d’ailleurs le seul de mes films où elle fait de la figuration. Je voulais vraiment parler de son métier. C’est aussi lié à ce que j’ai fait dans Ce qui nous lie, où je parlais plus de mon père, qui m’a vraiment enseigné le goût du vin. 

Deux moi évoque aussi Chacun cherche son chat. Vous filmez un quartier bien précis de Paris, situé autour de Stalingrad et la Gare du Nord, des âmes solitaires. On retrouve même un petit chat.

Les histoires ne sont pas les mêmes, l’époque n’est pas la même, mais je me suis rendu compte qu’il y avait des échos qui se faisaient d’eux-mêmes, qu’il y avait des thèmes communs que je revisitais vingt-quatre ans plus tard. J’avais envie que Deux moi, comme Chacun cherche son chat, soit un mélange de film social et de film psychologique. Et que ce soit centré sur un quartier. Au lieu d’essayer de faire des films très différents, j’ai donc revisité ces thématiques pour que ce soit signifiant à vingt-quatre ans de distance.

Pourquoi Stalingrad?

C’est un quartier qui évolue très bien. Le Canal Saint-Martin, qui ne ressemblait à rien il y a vingt ans, est devenu branché et très beau. Tout comme le bassin de la Villette, qui est dans la continuité. Il y a des cafés super sympas. Il y a une ambiance qui n’existait pas il y a cinq ans. C’est dans la bonne évolution de Paris. Les gens critiquent beaucoup Paris, mais je ne suis pas d’accord. Je trouve que Paris évolue bien. 

Dans vos films, et en particulier dans Deux moi, il y a la volonté d’être très précis dans la description géographique.

J’aime la cohérence géographique. Quand j’ai fait Paris, j’étais parti du cimetière du Père Lachaise et j’avais ensuite gravité autour. Dans Chacun cherche son chat, il y a une poignée de rues: rue de Charonne, rue Keller, le faubourg Saint-Antoine et la rue des Taillandiers. Avec Deux moi, j’avais envie d’aller dans un quartier que je ne connais pas bien. Je voulais tourner rue Stephenson [où vivent les personnages de Ana Giradot et François Civil, NDLR], qui est assez particulière, parce que les immeubles donnent à la fois sur la rue et sur les rails de la Gare du Nord. Il y a deux façades. Ça définit comme une espèce de micro-quartier qui n’est ni la Goutte d’or, ni le quartier de la Gare du Nord, ni celui de la Porte de la Chapelle. On est entre tout ça. Le film se déroule aussi rue Marx Dormoy, où il y a l’épicerie. C’est un quartier où on est obligé de passer sur des ponts, au-dessus des rails [de la gare] pour aller un peu partout. Je trouvais que c’était assez cinématographique.

Les immeubles contigus où vivent les deux personnages existent-ils?

Celui d’Ana existe vraiment et celui de François est recomposé en 3D. C’est un immeuble qu’on a pris ailleurs. On voit partout dans Paris des immeubles années 70 situé à côté d’immeubles haussmanniens. Rue Stephenson, on n’a pas réussi à retrouver les bons immeubles, donc on les a re-fabriqués en 3D. 

Pourquoi la danse occupe-t-elle une place importante dans Deux moi?

Il y a un mouvement dans le film avec des gens qui sont dans une bulle. On dit qu’ils sont dans une dépression. Ils sont bloqués au niveau de la parole. Dans un premier temps, c’est la parole qui va les libérer en allant voir des psys. Pour nous, avec le scénariste, il y avait un autre niveau, qui est le rapport des corps: la danse est plus forte que la parole. C’était important pour moi de dire que le personnage de François, quand il est seul chez lui, regarde des corps qui bougent. Quand il rêve de femmes, il rêve de femmes qui dansent - et de couples qui dansent ensemble.

Deux moi est aussi une histoire d’amour rythmée par une chanson, L’Histoire d’un amour. Comment l’avez-vous choisie?

Ce que racontent les paroles est central [à l’intrigue]. Ce film pourrait s’appeler C’est l’histoire d’un amour. C’est un beau titre, car il met en évidence le fait qu’une histoire d’amour est avant tout une histoire. Dans ce film, c’est la préhistoire d’un amour. La version originale de Gloria Lasso, utilisée dans le film, est très poétique. En écoutant ce morceau, on s’envole alors qu’elle évoque quelque chose de très prosaïque. C’était parfait pour Deux moi et pour raconter qui sont les deux personnages.

Votre mise en scène est devenue plus dépouillée, presque zen. On est loin des films des années 2000, où il y avait beaucoup d’effets. 

Je suis d’accord. À un moment, j’ai été gêné par ça. Il y avait un côté surexcité. J’ai eu envie d’aller vers de la simplicité. Zen est le bon mot. J’aime bien tendre vers une forme de minimalisme. J’ai découvert l’autre jour cette phrase de l’architecte Tadao Andō, connu pour ses constructions minimalistes: "Une architecture réussie, c’est une architecture qui réussit l'impossible de rassembler quelque chose de très simple avec quelque chose d'extrêmement compliqué". C’est un peu ce que je pense de ce film. C’est à la fois très simple et très compliqué. Je pense que Ce qui nous lie (2016) m’a mis sur cette voie-là. Ma part du gâteau (2011) était déjà une façon de calmer les choses, mais je pense que je l’ai plus réussi dans Ce qui nous lie que dans Ma part du gâteau.

"Madame Renée Le Calm", un hommage à la comédienne morte en début d’année.

Elle est devenue connue après Chacun cherche son chat en tant que Madame Renée. C’est un clin d’œil. Elle n’était pas prévue dans le film. Très peu de temps avant le tournage, j’ai été à son anniversaire de 100 ans et je me suis dit que ce n’était pas possible qu’elle ne soit pas dans le film. Elle ne pouvait plus bouger de chez elle. On a donc tourné là en équipe réduite. On était trois. C’était beaucoup d’improvisation. J’ai réussi à incorporer ça dans le scénario qui existait déjà. En fonction de ce qu’elle a joué, on a tourné une semaine plus tard avec François Civil. Ils n’ont pas joué ensemble. 
Jérôme Lachasse