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A$AP Rocky: son procès pour violences s'ouvre aujourd'hui en Suède 

Le rappeur Asap Rocky

Le rappeur Asap Rocky - Dimitrios Kambouris - GETTY IMAGES NORTH AMERICA - AFP

Le rappeur américain avait été placé en garde à vue le 3 juillet à l'issue d'un concert, après une bagarre dans les rues de Stockholm. Il encourt jusqu'à deux ans de prison assortis d'une amende.

Star américaine du hip-hop au coeur de frictions diplomatiques entre la Suède et les Etats-Unis, le rappeur A$AP Rocky, jugé en Suède pour violences au côté de deux membres de son entourage, a plaidé la légitime défense ce mardi à l'ouverture de son procès.

L'artiste a été introduit menotté, vêtu d'un tee-shirt vert et d'un jogging, le visage fermé, dans une salle d'audience sécurisée du tribunal de Stockholm où ont pris place sa mère, Renee Black, et de nombreux médias internationaux, notamment américains.

Le rappeur américain de 30 ans, de son vrai nom Rakim Mayers, a été placé en garde à vue le 3 juillet à l'issue d'un concert, en compagnie de trois autres personnes (dont l'une a depuis été mise hors de cause), après une bagarre le 30 juin, dans les rues de la capitale suédoise. Le 5 juillet, un tribunal a ordonné son incarcération au motif qu'il existait "un risque de fuite" à l'étranger.

Ce mardi, à l'ouverture des débats, son avocat Slobodan Jovicic a déclaré qu'il avait agi en situation de "légitime défense". Toutefois, a-t-il dit, le rappeur "admet avoir jeté la victime par terre, il lui a marché sur le bras et lui a donné un coup de poing ou repoussé son épaule". 

Il encourt jusqu'à deux ans de prison

Sur une vidéo amateur d'abord diffusée par TMZ, l'artiste, en visite dans la capitale suédoise pour un concert dans le cadre de sa tournée européenne, met au sol un jeune homme de 19 ans puis lui assène des coups. Dans d'autres vidéos postées sur le compte Instagram du rappeur, A$AP Rocky demande à plusieurs reprises à deux jeunes hommes de cesser de le suivre.

Le parquet plaide l'acte volontaire, estimant qu'A$AP Rocky et ses deux co-accusés ont agressé de concert la victime. Le procureur Daniel Suneson a présenté mardi devant la Cour des éléments matériels qui selon lui accréditent ses réquisitions, dont des vidéos et des messages échangés entre les protagonistes.

Le procès doit se tenir sur trois journées, jusqu'à vendredi. Si les juges le déclarent coupable, A$AP Rocky encourt jusqu'à deux ans de prison assortis d'une amende. "C'est un cauchemar", a réagi la mère du prévenu après une demi-journée d'audience.

Une "injustice à caractère racial"

Des photos de la victime prises par les enquêteurs le 30 juin et diffusées au procès lors de l'exposé des faits par le procureur révèlent de profondes plaies sur plusieurs parties du corps, manifestement occasionnées par un objet coupant.

Un des deux plaignants (il n'en reste plus qu'un dans la procédure pénale) a également frappé un membre de l'entourage du rappeur et une enquête parallèle a été ouverte à son encontre, mais le parquet a abandonné les poursuites, affirmant qu'il n'avait fait que répondre à l'agression dont il était victime. 

Plusieurs élus du Congrès américain ont exhorté la Suède à libérer le musicien et un ancien ambassadeur américain à Stockholm, Mark Brzezinski, a fait savoir mi-juillet qu'il avait contacté le ministère suédois des Affaires étrangères et la maison royale, en dénonçant une "injustice à caractère racial". 

Une accusation balayée par l'avocat du rappeur new-yorkais, Slobodan Jovicic: la Suède n'est "pas une société raciste", a-t-il déclaré en conférence de presse.

Trump "très déçu"

Depuis son arrestation, amis et fans de l'artiste réclament sa libération et dénoncent un "acharnement" de la justice suédoise. Une pétition sur internet appelant à la libération du rappeur américain a pour le moment recueilli plus de 630.000 signatures. Sur les réseaux sociaux, une campagne a récemment été lancée pour inciter les fans de l'artiste à boycotter des marques suédoises comme Ikea.

La situation d'A$AP Rocky est venue aux oreilles de Donald Trump, qui était prêt à se porter "personnellement" garant du rappeur. Toutefois, contrairement aux États-Unis, la Suède n'a pas de système de libération sous caution et, selon la procédure du pays scandinave, un prévenu peut être placé en détention provisoire jusqu'au jugement.

Jeudi, à l'annonce du renvoi de l'artiste devant les tribunaux, le président américain a fait part de sa déception sur les réseaux sociaux.

"Très déçu par le Premier ministre suédois Stefan Löfven, qui n'a pas pu agir. La Suède a laissé tomber notre communauté noire américaine. J'ai regardé les vidéos d'A$AP Rocky, il était suivi et harcelé par des fauteurs de troubles", a-t-il écrit sur Twitter, en référence aux vidéos de l'agression. 

"Rendez sa liberté à A$AP Rocky", a-t-il exhorté, ne tardant pas à faire réagir la classe politique suédoise. Il a dépêché sur place son envoyé spécial chargé des Affaires liées aux otages, Robert O'Brien.

"Le président m'a demandé de venir ici pour soutenir ces citoyens américains et nous nous efforçons de les ramener le plus rapidement possible ", a déclaré ce dernier à l'AFP, refusant de commenter le dossier.

L'ancien Premier ministre conservateur suédois Carl Bildt a notamment souligné l'indépendance du pouvoir judiciaire du pays. "L'ingérence politique dans le processus (judiciaire) est absolument interdite!", a-t-il tweeté, reprenant l'argumentaire opposé depuis plusieurs semaines par le gouvernement de Stefan Löfven aux critiques américaines.

Nawal Bonnefoy avec AFP