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Affaire Arthur Naciri: après quatre reports, l'ouverture du procès des deux policiers attendue

Le jeune homme avait été blessé par des policiers au cours d'une manifestation contre la réforme des retraites en décembre 2019. Bilan: neuf dents cassées, la mâchoire fracturée et la cloison nasale déviée.

Décembre 2020, février 2021, septembre 2021, avril 2022 et désormais septembre 2022. Après quatre reports, le procès des policiers accusés d'avoir violemment frappé Arthur Naciri, un jeune homme de 23 ans au moment des faits, en marge d'une manifestation doit s'ouvrir ce jeudi à Lyon.

Plusieurs fois, la défense des deux fonctionnaires mis en cause, poursuivis pour "violences volontaires en réunion par personne dépositaire de l’autorité publique", a argué d'insuffisances dans l'enquête.

Les différents reports ont fini par éprouver la patience du jeune homme, avait-il reconnu à BFM Lyon en avril dernier, avant son dernier rendez-vous au palais de justice. Sa lassitude et sa colère n'ont fait que s'épaissir depuis.

"Comme si le temps s'était figé"

"Je suis toujours en attente de décision, en attente de tout, souffle-t-il aujourd'hui à notre micro. C'est comme si le temps s'était figé depuis deux ans et demi. Il ne s'est rien passé."

Sa première attente? Que les deux policiers mis en cause, qui nient les faits, "répondent à des questions". "Parce qu'on ne leur a toujours pas posé la moindre question", fustige-t-il. Son avocat, Me Thomas Fourrey, ne dit pas autre chose: "On attend avec impatience les explications, leurs premières explications dans un débat vraiment contradictoire, puisqu'ils avaient été interrogés par l'IGPN. Mais là, ils vont être confrontés à leur victime".

Le procès devra déterminer qui a réellement porté les coups au visage d'Arthur Naciri ce 10 décembre 2019, sur la place Bellecour, à la fin d'un rassemblement contre la réforme des retraites. Arthur Naciri n'était que de passage lorsqu'il a été pris dans le cortège.

La complexité d'identifier l'auteur du coup de matraque

"J'ai esquissé un sourire sur une blague qu'un syndicat CGT a lancée à l'encontre d'un CRS, avait-il retracé peu après l'agression sur RMC. (...) Je passais à portée de main et il m'a attrapé et ils m'ont tout simplement roué de coups. J'ai vu un coup de matraque partir du bas vers le haut et m'atteindre en pleine bouche." Bilan: neuf dents cassées, la mâchoire fracturée et la cloison nasale déviée.

Difficile cependant d'identifier précisément l'auteur des coups. Cette confusion est justement l'un des axes de défense des mis en cause.

"Quand on lit le dossier, on a le sentiment que les policiers fuient leurs responsabilités, nient leurs responsabilités, se cachent derrière l'effet de groupe", constate Me Thomas Fourrey.

"Que la vérité éclate"

"J'attends de voir la justice fonctionner", résume simplement Arthur Naciri, désireux de tourner la page. Cela ne pourra être totalement le cas que si la justice lui accorde un dédommagement à la hauteur des frais de soin auxquels il a consenti.

"De ma poche, j'ai dépensé 20.000 euros, calcule-t-il. J'ai été aidé par une cagnotte en ligne aussi, qui est arrivée à à peu près un quart de ce montant. Et aujourd'hui, je choisis entre soit me soigner et soit vivre à peu près normalement. J'ai besoin d'aide."

Et son avocat de compléter: "Il voudrait que la vérité éclate et que, surtout, ce qu'il a perdu soit reconnu. Ce qu'il a perdu quand il mange, les difficultés pour mâcher. Des choses simples, basiques, qu'il ne récupérera pas".

Maéva Commecy avec Florian Bouhot