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Trump pense au détecteur de mensonge pour débusquer la "taupe"

Après la publication dans le New York Times d'une tribune anonyme se faisant le relais d'une "résistance silencieuse" au président des Etats-Unis, Donald Trump envisage de faire passer les cadres du cabinet au détecteur de mensonges.

Douze, c'est le nombre des apôtres selon les Evangiles. C'est aussi le nombre de noms que comporte la liste des suspects établie par le tout premier cercle, et peut-être le dernier carré des fidèles, réuni autour du président des Etats-Unis, dans la recherche de la "taupe". Car, si la parenté entre Donald Trump et Jésus ne saute pas franchement aux yeux, le chef d'Etat se cherche bien un Judas. Et lui et ses conseillers veulent tout mettre en œuvre pour identifier le "traître", c'est-à-dire l'auteur de la tribune incendiaire publiée il y a deux jours par le New York Times, dans laquelle un membre anonyme de l'administration présidentielle se présentait comme le porte-parole d'une "résistance intérieure" et "silencieuse" sapant le travail du patron de la Maison blanche et contrecarrant ses "pires inclinations". 

La tentation du polygraphe 

Ce vendredi, le New York Times, où seuls les responsables de la section "Opinions" du journal connaissent le fin mot de l'affaire et le fin nom de l'auteur qui demeure étranger aux journalistes couvrant l'actualité de la présidence, a révélé dans un nouvel article les idées envisagées par Donald Trump et certains de ses conseillers pour dissiper cet anonymat rageant. Sur la suggestion du sénateur du Kentucky Rand Paul, ceux-ci ont ainsi discuté de la possibilité de faire passer les membres de l'administration ciblés au polygraphe, c'est-à-dire au détecteur de mensonges.

Si ce projet apporte un caractère rocambolesque nouveau à une affaire qui n'en manquait pourtant pas, ce n'est pas tout à fait la première fois qu'un tel expédient vient à l'esprit du sommet de l'Etat américain. Dans les années 1980, Ronald Reagan y avait pensé pour découvrir à quel haut fonctionnaire il devait la fuite dévoilant dans la presse des informations concernant des opérations militaires au Liban. Son chef de cabinet avait alors regimbé et Ronald Reagan avait dû renoncer. 

Déclaration et coups de fil 

Une autre option est à l'étude: demander aux cadres de la Maison blanche de signer une déclaration rejetant la paternité du texte et son contenu et pouvant être produite devant un tribunal le cas échéant. Des appels ont également été passés depuis la Maison blanche vers les différents ministères pour savoir si le titulaire du portefeuille n'avait pas quelque chose à se reprocher. 

Certains conseillers de Donald Trump sont même circonspects à l'endroit de Mike Pence. Et le démenti du vice-président des Etats-Unis ne les a pas plus satisfaits. Car, comme dans la chanson de Jacques Brel au lancinant refrain, c'est l'injonction "Au suivant!" qui a rythmé l'emploi du temps du gouvernement depuis la parution de la tribune. En plus de Mike Pence, les éminentes figures de l'exécutif ayant rejeté à tour de rôle la paternité du texte de la discorde sont, entre de nombreux autres: le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, le secrétaire à la Défense Jim Mattis, le secrétaire au Trésor public, Steven Mnuchin, le secrétaire à la Justice Jeff Sessions, la secrétaire à la Sécurité intérieure Kirstjen M. Nielsen, le conseiller à la Sécurité nationale, John Bolton et le directeur du Renseignement national, Dan Coats. 

Pour le moment, Donald Trump s'en est tenu, comme il l'a annoncé ce vendredi à des reporters, à demander à Jeff Sessions de lancer des investigations pour trouver la "taupe". 

"L'étoile de berger" 

La presse américaine, bien sûr, ne reste pas inerte et tente elle aussi de nommer celui qui est peut-être l'agent double le plus célèbre du monde désormais. Comme dans certaines enquêtes criminelles et les méthodes de profilage, la sémantique est l'une des pistes les plus populaires auprès des journalistes. L'emploi remarqué du terme "lodestar" ("étoile du berger", en français) attaché à une référence à John McCain dans la tribune du New York Times, ajouté à l'hommage appuyé qui y est adressé à l'homme politique récemment décédé ont poussé les médias à se pencher sur les maillons de l'administration de Donald Trump présents samedi dernier aux funérailles de l'ancien candidat républicain à l'élection présidentielle. Une curiosité renforcée par le fait que l'ex-secrétaire d'Etat Henry Kissinger avait lui-même utilisé le mot "lodestar" dans l'oraison funèbre qu'il avait prononcée. On trouvait ce jour-là sous les voûtes de la cathédrale de Washington: le chef de cabinet John Kelly, l'ambassadeur américain en Russie Jon Huntsman, Rudolph Giuliani, avocat de Donald Trump, John Bolton et Dan Coats, ainsi qu'Ivanka Trump et son époux, Jared Kushner. 

A l'heure qu'il est, toutefois, personne n'a été capable d'extirper le "résistant silencieux" de cet "intérieur" où il se dérobe aux regards. Et si ce dernier sortait du bois de lui-même? Tel est en tout cas l'intuition d'Alyssa Mastromonaco, ex-adjoint au chef de cabinet de Barack Obama qui, sur le site du quotidien new yorkais, a laissé entendre qu'il fallait miser sur la vanité de cet anonyme: "Cette tribune ressemble aux écrits d'un homme qui; en fait, a envie d'apparaître au grand jour, se révéler, et se faire canoniser".

"Judas" pour les uns, un "saint" pour les autres, ce franc-tireur de l'administration Trump se trouve en tout cas dans une position bien curieuse. 

Robin Verner