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Pour l'Allemagne, la Turquie cherche à se poser "en victime"

Le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière, le 7 mars 2017 à Berlin

Le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière, le 7 mars 2017 à Berlin - Markus Schreiber, POOL/AFP

Pour le ministre de l'intérieur allemand Thomas de Maizière, le gouvernement turc cherche à se poser "en victime" avec ses provocations contre l'Europe. Depuis plusieurs jours, Recep Tayyip Erdogan multiplie les déclarations contre plusieurs gouvernements européens, après l'annulation de meetings pro-Erdogan aux Pays-Bas et en Allemangne.

Le gouvernement turc cherche par ses "provocations" contre l'Europe à se poser "en victime" pour peser sur le résultat du référendum sur l'extension des pouvoirs du chef de l'Etat, a accusé mardi le ministre allemand de l'Intérieur.

Les dernières critiques du pouvoir turc "sont absurdes" et "n'ont qu'un objectif, placer la Turquie en position de victime pour susciter un mouvement de solidarité chez ceux qui se montrent peut-être critiques" à l'égard du référendum du 16 avril, a déclaré Thomas de Maizière à la presse à Berlin.

"Pratiques nazies"

Le président Recep Tayyip Erdogan a multiplié les attaques à l'égard de l'Allemagne notamment à la suite de l'interdiction de rassemblements de soutien à sa personne dans le pays. Il l'a accusée de "pratiques nazies" et s'en est aussi pris personnellement lundi à la chancelière Angela Merkel, l'Allemagne abritant selon lui des militants de la cause kurde et des putschistes présumés impliqués dans le coup d'Etat avorté du 15 juillet en Turquie.

Ces accusations "sont sans fondements", a répliqué le ministre allemand de l'Intérieur. "Lorsqu'un pays tiers cherche à avoir une influence politique ici, cela devrait tous nous alarmer", a-t-il ajouté. Le ministre a reproché à la Turquie "de discréditer" l'Allemagne "par des comparaisons irrespectueuses avec le nazisme" et de chercher à "attiser les conflits intra-turcs chez nous", alors qu'une diaspora turque d'environ 3 millions de personnes vit dans le pays, dont 1,4 million sont habilités à voter le 16 avril.

Plusieurs réunions pro-Erdogan pourraient se tenir

"Je le dis très clairement, il y a des limites très nettes à ma tolérance", a mis en garde le ministre, s'insurgeant aussi contre un rassemblement électoral pro-Erdogan il y a une semaine à Hambourg (nord), lors duquel le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu a été vu faisant le salut de l'organisation des Loups Gris, un mouvement nationaliste turc radical, considéré en Allemagne comme dangereux par le Renseignement intérieur.

Thomas de Maizière a réitéré qu'il n'était personnellement "pas favorable" à ce que des campagnes électorales pour des scrutins à l'étranger se déroulent en Allemagne, ajoutant que "cela vaut particulièrement" lorsque le scrutin en question "vise à valider une évolution éloignée de notre conception du pluralisme et de la démocratie".

Il a toutefois confirmé que plusieurs réunions électorales pro-Erdogan pourraient prochainement se tenir en Allemagne, en vertu de la liberté d'expression, après que les autorités turques en ont dûment informé Berlin à l'avance.

G.D. avec AFP