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Irak-Syrie: les raffineries, nerf de la guerre

Des images diffusées par le Département d'Etat américain le 25 septembre montrent la raffinerie de Gbiebe, dans l'Est de la Syrie, détruite par des frappes aériennes.

Des images diffusées par le Département d'Etat américain le 25 septembre montrent la raffinerie de Gbiebe, dans l'Est de la Syrie, détruite par des frappes aériennes. - US Department of Defense

En frappant les raffineries et les puits de pétrole tombés aux mains des jihadistes de Daesh, en Irak et en Syrie, la coalition cherche à assécher l'une des principales sources de financement du groupe islamiste.

La coalition américaine poursuit ses opérations de destructions de raffineries contrôlées par l'Etat islamique (EI) en Syrie. Dimanche, de nouvelles frappes ont touché quatre raffineries de taille modeste tombées aux mains du groupe jihadiste. Ces derniers jours, la coalition menée par les Etats-Unis avait déjà visé au moins douze raffineries tenues par Daesh (l'acronyme arabe de l'EI, ndlr). Objectif: assécher la manne financière que représente l'or noir pour les jihadistes.

> Jusqu'à 2 millions de dollars par jour

Le carburant est en effet devenu essentiel pour l'effort de guerre de l'Etat islamique. Le groupe jihadiste, qui contrôlerait une vingtaine de puits de pétrole en Syrie et en Irak, et qui s'est notamment emparé des champs pétrolifères des provinces de Raqqa et Deir ez-Zor, les plus importants de Syrie, a développé une véritable industrie de l'or noir, à petite et grande échelle.

Ainsi, il commercialise le brut et les produits pétroliers directement auprès des populations locales dans les zones sous contrôle, et les exporte vers des marchés régionaux. Des activités qui rapportaient jusqu'à 2 millions de dollars par jour (1,57 millions d'euros) à l'EI, avant les frappes de la coalition.

> Des prix bien inférieurs au cours du marché

Ce pétrole de contrebande est exporté par le biais de filières clandestines vers la Turquie, où il est acheté par des sociétés russes, caucasiennes ou encore indiennes, à très bon marché: le prix du baril de brut provenant des zones contrôlées par l'Etat islamique oscille ainsi entre 20 et 60 dollars (soit entre 16 et 47 euros), selon Le Monde, un coût bien inférieur au cours du marché. Entre 30.000 et 70.000 barils, selon les sources, seraient produits chaque jour.

Des images diffusées par le Département d'Etat américain le 25 septembre montrent la raffinerie de Gbiebe, dans l'Est de la Syrie, détruite par des frappes aériennes.
Des images diffusées par le Département d'Etat américain le 25 septembre montrent la raffinerie de Gbiebe, dans l'Est de la Syrie, détruite par des frappes aériennes. © US Department of Defense

> Principale source de financement

L'objectif premier des frappes de la coalition sur les installations pétrolières est donc d'assécher les finances de l'Etat islamique, dont les revenus proviennent en grande partie de l'or noir, afin de l'affaiblir. Le pétrole a en effet permis au groupe jihadiste de réussir à s'auto-financer. "L'Etat islamique fonctionne comme une mafia", explique ainsi au Monde Valérie Marcel, spécialiste des questions pétrolières à Chatham House, un cercle de réflexion britannique. "La contrebande de pétrole est sa principale source de revenus, avec le racket. Les champs pétroliers lui rapportent beaucoup plus d'argent que les donations privées en provenance du Golfe".

Depuis le début des frappes de la coalition sur les sites pétrolifères, le pompage dans les champs contrôlés par Daesh a pratiquement cessé. Dimanche, la coalition a également frappé le principal complexe gazier syrien, tombé aux mains de l'Etat islamique, afin de pousser les jihadistes à abandonner l'installation.

Adrienne Sigel