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Existe-t-il un risque de guerre entre la Corée du Nord et les Etats-Unis?

Des habitants de Corée du Sud regardent la télévision dans une station de train de Séoul, le 29 novembre 2017

Des habitants de Corée du Sud regardent la télévision dans une station de train de Séoul, le 29 novembre 2017 - JUNG YEON-JE / AFP

La nouvelle provocation de la Corée du Nord à l'encontre des Etats-Unis, après un nouveau tir de missile mardi, pourrait-elle conduire Washington à envisager des frappes contre le régime de Pyongyang? Donald Trump a prévenu à plusieurs reprises, depuis le début de la crise, que l'option militaire était sur la table.

Jusqu'où sont-ils prêts à aller? La tension entre les Etats-Unis et la Corée du Nord s'est encore renforcée mardi, après le nouveau tir de missile intercontinental nord-coréen, le plus puissant jamais mis en place par le régime de Kim Jong-un.

"Ce n'est pas bon du tout pour les Américains"

Un tir qui traduit "l'achèvement d'une force nucléaire d'Etat" selon Pyongyang, et qui représente "une menace partout dans le monde" d'après Washington. Une nouvelle menace qui ne doit pas être prise à la légère par les Etats-Unis, selon Ulysse Gosset, spécialiste des questions internationales de BFMTV:

"La capacité de projection de ce missile s'étend jusqu'aux Etats-Unis, jusqu'à Washington, et ça ce n'est pas bon du tout pour les Américains", avertit-il. "C’est le troisième test de ce type réalisé. Il s'agit cette fois-ci d'un missile balistique, un moyen de transport si j’ose dire. Mais il y a déjà eu six tests nucléaires avant". "La question c’est de savoir s’ils peuvent miniaturiser la bombe H pour la mettre à l’intérieur de ce missile, et si ce missile a la capacité réelle d’aller jusqu’aux Etats-Unis", poursuit-il. "Ce n’est pas prouvé mais ils sont en voie de le réussir, et surtout ils ne s’arrêtent pas."

La réaction de Donald Trump ne s'est pas fait attendre. Le président américain, dont les sorties médiatiques, toujours plus menaçantes, attisent les spéculations, a répliqué cette fois par un message moins explicite, en affirmant: "on va s'en occuper". De quoi relancer le débat sur les débouchés de cette crise, et sur la possibilité d'attaque nucléaire de la part de Pyongyang ou de frappes préventives depuis Washington, qui seraient synonymes d'un début de guerre. 

"Pas d'intérêt" de guerre

Selon Valérie Niquet, spécialiste de l'Asie, une guerre entre la Corée du Nord et les Etats-Unis reste toutefois très peu probable.

"D'un côté, la Corée du Nord ne va pas attaquer les Etats-Unis, du moins pas dans les prochains mois, ce serait suicidaire de sa part. Le pays s'exposerait à une riposte américaine à laquelle il ne pourrait pas faire face", explique-t-elle. "L'objectif de ces tirs de missiles pour les Nord-Coréens est uniquement de se crédibiliser auprès des Etats-Unis, de démontrer qu'ils ont des moyens en termes de missiles, de nucléaire, et ainsi de dissuader toute attaque des Etats-Unis", poursuit-elle. "Dans sa communication, la Corée du Nord affirme être sous la menace des Etats-Unis". "Pourtant, les Etats-Unis n'ont aucun intérêt à attaquer la Corée du Nord. Ils ont par ailleurs toujours déclaré qu'ils n'avaient pas de raison d'attaquer. Lorsque Donald Trump déclare qu'il peut frapper Pyongyang, c'est dans un cadre de dissuasion, ça ne traduit pas une réelle volonté de passer à l'acte".

L'objectif des Etats-Unis est ainsi "d'exercer une pression maximale" sur la Corée du Nord, afin de relancer les négociations dans le but de parvenir à une dénucléarisation du pays sur le long terme.

Les conséquences chaotiques d'une possible guerre

Seul un entêtement de la part de la Corée du Nord pourrait pousser les Etats-Unis à employer la force, analyse Valérie Niquet:

"Il n'y aura une attaque de la part des Etats-Unis que si la Corée du Nord continue. Une possibilité de frappes préemptives (réalisées dans la persuasion que la Corée du Nord va attaquer, et qu'il faut donc attaquer avant, NDLR) ou préventives (en réponse à une potentielle menace NDLR) reste dans ce cas envisageable", ajoute-t-elle.

Comme le rappelle Soufian Alsabbagh, spécialiste de la politique américaine au micro de BFMTV, Donald Trump pourrait passer à l'offensive dès qu'il le souhaiterait:

“Le président des Etats-Unis est le commandant en chef des armées et peut lancer une attaque à peu près n’importe quand. Il peut le faire sur des armes dites conventionnelles, mais également en matière nucléaire. Il lui faut quatre minutes pour activer l’arme nucléaire et la lancer n’importe où. Ce serait très compliqué de contrôler le président s’il décidait de lancer une action", précise-t-il.

Une décision qui aurait un impact catastrophique, autant sur le plan humain, économique et politique des deux pays, et qui impacterait également les pays limitrophes de la Corée du Nord.

"Si ces frappes devaient avoir lieu, elles entraîneraient une riposte certaine de la part de la Corée du Nord", explique Valérie Niquet. "Et la première menace pèserait sur Séoul, qui pourrait être touchée par des missiles en direction des bases militaires situées sur son territoire, tout comme pourrait l'être le Japon". "On ferait alors face à une escalade toujours plus importante entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, avec en point d'orgue une crise régionale très forte", s'inquiète-t-elle.

La Chine au centre du conflit?

Dans les prochains jours, les Etats-Unis devraient privilégier un renforcement des sanctions à l'encontre de Pyongyang pour tenter de calmer les ardeurs du régime nord-coréen.

"Les Etats-Unis vont continuer à rester dans un cadre de pression pour mettre un terme aux programmes nucléaires de la Corée du Nord. Et il ne faut pas relâcher cette pression maximale, car si c'était le cas, ça donnerait la capacité aux Nord-Coréens de les laisser croire que personne n'ose agir contre eux, qu'ils peuvent tout se permettre", alerte la spécialiste de l'Asie.

Pour donner une autre dimension à ces pressions, un autre acteur pourrait avoir un rôle important à jouer: la Chine. Le pays de Xi Jinping, qui a signé un "Traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle" avec la Corée du Nord en 1961, qui pourrait le rapprocher de Pyongyang en cas de frappes américaines, ne semble pas se satisfaire de la situation.

"La Chine fait des déclarations contradictoires au sujet de ce pacte. Et elle pourrait devenir une force pour les Etats-Unis - qui ont par ailleurs appelé Pekin à 'utiliser tous les leviers disponibles' pour faire plier Pyongyang ce mercredi, NDLR." "Les Américains le savent: les menaces de frappes qu'ils émettent sont aussi destinées à la Chine, pour lui faire prendre conscience des enjeux. Si les pressions sont suffisamment fortes du côté américain, Pékin pourrait interrompre cette passe d'armes, en restreignant notamment les exportations de pétrole de la Corée du Nord".

Le Conseil de sécurité de l'ONU, qui doit se réunir ce mercredi dans la soirée, s'apprête pour sa part à prendre de nouvelles mesures coercitives à destination de la Corée du Nord.

Céline Penicaud