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Le néo-nazi norvégien Anders Behring Breivik justifie sa radicalisation par son isolement

Anders Behring Breivik lors de son procès qui l'oppose à l'État norvégien sur ses conditions de détention le 10 janvier 2017

Anders Behring Breivik lors de son procès qui l'oppose à l'État norvégien sur ses conditions de détention le 10 janvier 2017 - Lise Aaserud-AFP

Le néo-nazi norvégien Anders Behring Breivik, qui a tué 77 personnes en 2011, a imputé ce jeudi sa radicalisation en prison à son isolement prolongé, un point central du procès qui l'oppose à l'État norvégien sur ses conditions de détention.

Ces propos ont été interprétés comme "de la pure tactique" visant à obtenir un allègement des restrictions sur ses contacts avec le monde extérieur, notamment avec ses sympathisants d'extrême droite. 

"Je suis devenu plus radical. J'étais radical au départ mais ces cinq dernières années, je suis devenu beaucoup plus radical", a affirmé Anders Behring Breivik dans sa déposition au troisième jour de l'examen de l'appel de l'État, condamné l'an dernier pour violation de ses droits.

La Norvège condamnée pour traitement "inhumain" 

Le 22 juillet 2011, déguisé en policier, il avait traqué pendant plus d'une heure les participants d'un camp d'été de la Jeunesse travailliste piégés sur l'île d'Utøya et abattu 69 d'entre eux, pour la plupart adolescents. Un peu plus tôt, le néo-nazi avait tué huit autres personnes en faisant exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo.

L'auteur des attaques les plus sanglantes d'après-guerre sur le sol norvégien a été condamné en août 2012 à une peine de vingt-et-un ans de prison susceptible d'être prolongée indéfiniment. En prison, il jouit de conditions matérielles confortables, disposant de trois cellules dotées de téléviseurs, de jeux vidéo et d'appareils de musculation.

La Norvège a pourtant été condamnée en avril 2016 pour traitement "inhumain" et "dégradant" en violation de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme. En cause: l'isolement prolongé d'Anders Behring Breivik, incarcéré pour des raisons de sécurité à l'écart des autres prisonniers depuis cinq ans et demi.

"De la pure tactique"

Ce régime de détention rend le détenu "mentalement vulnérable", selon son représentant, qui réclame notamment pour son client la possibilité de côtoyer d'autres prisonniers. "Je suis lourdement affecté par l'isolement et la radicalité est peut-être la séquelle la plus grave de mon isolement", a insisté le prisonnier à la barre.

Ces nouvelles déclarations contrastent avec le portrait brossé la veille par le procureur général chargé de représenter l'État. Il avait décrit un détenu dans "une forme physique et psychologique extraordinaire" qui a même écrit une lettre de remerciement au personnel pénitentiaire l'an dernier.

Un professeur de psychiatrie y a vu "de la pure tactique". "Si la Cour reconnaît qu'il souffre, elle doit lui accorder plus de contacts avec les autres, et ces autres sont ses sympathisants", a-t-il dit à la radiotélévision NRK.

L'État conteste la notion d'isolement en évoquant les multiples activités qui lui sont proposées, sa correspondance très soutenue et ses nombreuses interactions avec les surveillants, le personnel médical, des pasteurs, ses avocats ou encore un visiteur de prison.

Un salut nazi

L'extrémiste a affirmé ce jeudi avoir renoncé à instrumentaliser son procès pour chercher à propager son idéologie comme il l'a fait dans le passé au grand dam des proches de ses victimes. Cela ne l'a pas empêché de faire un salut nazi au premier jour de la procédure et de se présenter comme responsable d'un parti qui n'existe pas. Malgré les questions insistantes du procureur général, il a aussi refusé d'exprimer des remords pour les attaques de 2011.

Délocalisée pour des raisons de sécurité dans la prison de Skien (sud) où Anders Behring Breivik est incarcéré, la cour d'appel d'Oslo doit se prononcer sur un autre point, soulevé par le prisonnier. En avril, la juge avait donné raison à l'État, qui filtre étroitement sa correspondance afin de l'empêcher de former un réseau capable de perpétrer de nouvelles attaques. Lui estime que cela viole l'article 8 de la Convention des droits de l'homme sur le droit à une vie privée. Le procès doit durer jusqu'au 18 janvier, avec un jugement attendu en février. 

C.H.A. avec AFP