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Italie: Matteo Renzi quitte la direction du Parti démocrate après sa défaite électorale

Matteo Renzi

Matteo Renzi - Alberto PIZZOLI / AFP

Le leader du Parti démocrate italien a reconnu "une défaite claire et évidente" lors des élections législatives de dimanche.

L'ancien chef du gouvernement italien Matteo Renzi a annoncé ce lundi soir qu'il quittait la direction du Parti démocrate (PD, centre gauche) après la défaite de son parti, qui a recueilli 18,7% des voix aux législatives de dimanche.

Le PD a subi "une défaite claire et évidente" et "il est évident dans ces conditions que j'abandonne la direction du parti", a-t-il déclaré à la presse en précisant qu'il ne se représenterait pas lors du prochain congrès du parti. Ce congrès, annoncé pour les prochaines semaines, devra choisir "non pas un régent désigné dans un boudoir mais un secrétaire élu par des primaires", a-t-il fait valoir.

"Oui à tout ce qui pourra servir l'Italie"

Avec la percée historique des mouvements populistes et d'extrême droite, désormais majoritaires en voix et en sièges, "l'Italie est confrontée à une situation qui veut que ceux qui ont gagné clairement les élections n'ont pas les voix pour gouverner", a-t-il relevé. Mais "le PD ne sera pas la béquille d'un gouvernement antisystème" et préfèrera être dans l'opposition, a-t-il assuré, promettant qu'il se contenterait de son nouveau rôle de sénateur de Florence.

Relevant plusieurs différences majeures avec la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite) et le Mouvement 5 étoiles (M5S, populiste) de Luigi Di Maio, en particulier sur l'Union européenne et la manière de faire de la politique, il a promis que le PD dirait "oui à tout ce qui pourra servir l'Italie". "Mais nous avons trois non clairs: non aux magouilles, non aux cabinets restreints, non à toute forme d'extrémisme", a-t-il insisté.

"Le leader politique le moins aimé d'Italie"

Aujourd'hui traîne une très faible cote de popularité après avoir été l'enfant chéri de la politique italienne. Aux élections européennes de 2014, le PD avait remporté 40% des voix sous l'impulsion de son bouillonnant leader. Mais dimanche, il est tombé à moins de 19%, un échec cuisant, même si ce score resterait enviable pour nombre de ses partenaires de centre gauche en Europe.

"Matteo est devenu en quelques mois le leader politique le moins aimé d'Italie", écrivait fin janvier l'hebdomadaire L'Espresso, pourtant proche du Parti démocrate (PD, centre gauche). "Je ne m'explique pas vraiment cette haine envers Matteo Renzi", confiait récemment Giovanni Orsina, professeur de sciences politiques à l'université Luiss de Rome.

Il y a certes la personnalité jugée souvent arrogante et un brin autoritaire de ce Toscan, qui a certes reconnu lundi sa "défaite", mais aussi beaucoup vanté les succès "extraordinaires" obtenus ces quatre dernières années. Il y a aussi ces promesses trahies, comme celle avancée en 2012 de faire de l'Italie "le pays où on trouve du travail parce qu'on connaît quelque chose et non parce qu'on connaît quelqu'un", avance L'Espresso. Or, il s'est surtout lui-même entouré de fidèles, souvent toscans comme lui, un "cercle magique" aujourd'hui source d'une partie de ses déboires.

"Esprit d'équipe"

Matteo Renzi a toujours nié tout favoritisme, affirmant avoir toujours choisi "les meilleurs" et assurant faire preuve "d'esprit d'équipe" quand d'autres l'accusent d'agir trop souvent seul, sans tenir compte des différentes sensibilités au sein de son propre parti. Il n'a ainsi pas pu empêcher des "frondeurs" du PD de claquer la porte l'an dernier pour créer un nouveau mouvement à gauche, "Liberi e uguali" (Libres et égaux).

Sa longue descente aux enfers a commencé en décembre 2016, quand son rêve d'une Italie "plus efficace et plus simple" s'est brisé sur le rejet sans appel de sa réforme constitutionnelle lors d'un référendum, qui le pousse à démissionner de son poste de Premier ministre.

Arrivé à la tête du PD fin 2013 alors qu'il n'était que maire de Florence, sans avoir jamais siégé au Parlement ou été ministre, il promettait de "mettre à la casse" les caciques de son parti, et quelques autres. Ce diplômé en droit, fier de ses années de scoutisme catholique, marié à une enseignante et père de trois enfants, a pour cela écarté des poids lourds comme l'ex-Premier ministre Massimo D'Alema, qui ne le lui a pas pardonné, ou l'ancien maire de Rome Walter Veltroni.

"Renzusconi"

En février 2014, il a pris la tête du gouvernement, poussant sans ménagement vers la sortie Enrico Letta, ex-N.2 du PD, auquel il avait pourtant tweeté un désormais fameux "Enrico stai sereno" ("Enrico, sois tranquille") moins d'un mois plus tôt.

Ultra dynamique, ambitieux, Matteo Renzi a gardé des airs d'éternel adolescent, avec un accent toscan teinté d'un léger zozotement. Grand utilisateur des réseaux sociaux, il est aussi infatigable, capable d'enchaîner les meetings du nord au sud de la péninsule, sans négliger les médias plus traditionnels où il est très présent.

Un temps allié avec Silvio Berlusconi sur la réforme des institutions, il ne pourra pas compter cette fois sur une alliance "europhile" à l'allemande avec le centre droit du vieux milliardaire, lui aussi délaissé par les électeurs. Selon les résultats presque définitifs, le pôle "Renzusconi" est loin du compte. Matteo Renzi a choisi de ne pas se représenter à la tête de son parti: "je ferai un travail qui me fascine, je serai simple sénateur". Ironie du sort, Matteo Renzi avait d'abord pensé supprimer le Sénat avant de se résoudre à en limiter les pouvoirs dans son projet de réforme constitutionnelle, rejetée par les Italiens.

P.L avec AFP