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Belgique: déferlement raciste après la mort d'un adolescent d'origine marocaine

Une manifestation contre le racisme en hommage aux victimes des attentats à Bruxelles le 17 avril 2016

Une manifestation contre le racisme en hommage aux victimes des attentats à Bruxelles le 17 avril 2016 - Thierry Charlier - AFP

Torrent de haine sur les réseaux sociaux belges. Après la mort samedi d'un jeune homme d'origine marocaine lors d'un accident de quad au Maroc, les commentaires racistes ont inondé Internet. La classe politique belge s'est indignée, la justice va s'en mêler.

La mort samedi d'un jeune Belge d'origine marocaine lors d'un accident de quad durant ses vacances au Maroc a suffi pour provoquer un déferlement de commentaires racistes sur les réseaux sociaux en Belgique. 

Ramzi Mohammad Kaddouri était un adolescent âgé de 15 ans domicilié à Genk, dans la province de Limbourg, au nord-est de la Belgique, en région flamande. Il était bénévole pour un mouvement de jeunesse et décrit comme quelqu'un de "serviable, respectueux", "le cœur sur la main", selon Le Soir et le site 7 sur 7.

"Est-ce que c'est cela le Flamand type aujourd'hui?"

A l'origine de ce torrent de haine: la page Facebook de la Ligue de défense flamande, une association ultranationaliste. Lundi, elle a publié un article -supprimé depuis- évoquant le décès du garçon avec ce commentaire: "Est-ce que c'est cela le Flamand type aujourd'hui?" Une étincelle qui a donné libre cours à toutes les dérives, que nous ne relaierons pas.

Le parquet d'Anvers enquêtait déjà sur ce groupuscule après une première plainte déposée l'année dernière. Les signalements qu'il a reçus à la suite des commentaires racistes ont été joints au dossier. Il a fait savoir qu'il y aurait des poursuites.

"A vomir"

Ce déluge de xénophobie a provoqué l'indignation générale. Le ministre flamand de la Culture et des médias a dénoncé un "racisme dégueulasse et maladif".

"Les commentaires parfois haineux sur les médias sociaux montrent qu'il y a encore beaucoup de travail pour parvenir à une citoyenneté partagée et à une société inclusive. Les personnes qui utilisent un tel langage offensant feraient mieux de se regarder dans un miroir", a pour sa part déclaré le ministre-président de la région flamande. 

"Comment la mort d'un jeune garçon peut engendrer de telles remarques ignobles? Qu'est-ce qui cloche dans ce monde?", s'est interrogée une députée flamande membre du parti socialiste. "A vomir", a réagi une autre. Le secrétaire d'État à l'Asile et aux migrations a estimé que les gens qui prennent du plaisir à la mort d'un enfant sont "malades". Le bourgmestre de Genk a par ailleurs déclaré qu'on "ne peut permettre cela" et envisage de porter plainte.

Plusieurs plaintes ont déjà été déposées auprès du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme, un service public indépendant qui combat les discriminations. 

"Le racisme sans honte"

L'indignation s'est affichée à la une des journaux belges. Le quotidien néerlandophone De Morgen a titré mercredi "Le racisme sans honte", reprenant quelques-uns des commentaires les plus choquants qui ont été diffusés sur internet. Pour son éditorialiste, "Ramzi est mort deux fois", la première fois lors de son accident, la seconde lors de son lynchage.

Le grand quotidien francophone Le Soir a également fait sa une sur ce déchaînement raciste.

Le journal De Standaard estime que "le racisme rance fait rougir la Flandre".

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Ils ont "soufflé sur les braises"

Mais pour certains élus, cette vague de commentaires n'est que le résultat d'un climat politique délétère. Après les attaques terroristes de Bruxelles en mars dernier, le ministre de l'Intérieur -nationaliste- avait affirmé que des musulmans "ont dansé" pour fêter les attentats et "ont jeté des pierres sur la police" au moment de l'arrestation de Salah Abdeslam. Ou encore le même secrétaire d'État à l'Asile et la migration qui s'interrogeait il y a deux ans sur "la valeur ajoutée des diasporas marocaine, congolaise ou algérienne".

"Après avoir soufflé sur les braises et normalisé une parole indigne, certains pleurent des larmes de crocodile", a dénoncé la co-présidente du parti écologiste.

Tout comme le second co-président du parti Ecolo: "Le NVA (parti nationaliste d'extrême droite dont sont membres le ministre de l'Intérieur et le secrétaire d'État à l'Asile, ndlr) sème la xénophobie à tous vents et s'étonne de récolter du racisme."

C.H.A.