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Ebola: le "ChAd3", vaccin prometteur face à une situation critique en Afrique

Un médecin communique par gestes alors qu'il se trouve dans la zone confinée à haut-risque à côté d'une patiente, le 7 septembre 2017 à Monrovia, capitale du Libéria.

Un médecin communique par gestes alors qu'il se trouve dans la zone confinée à haut-risque à côté d'une patiente, le 7 septembre 2017 à Monrovia, capitale du Libéria. - Dominique Faget -AFP

Des expériences sur des singes ont montré l'efficacité d'un nouveau vaccin prometteur nommé ChAd3, pour protéger durablement des animaux et peut-être bientôt les hommes, contre le virus Ebola. Mais en Afrique de l'Ouest, la situation reste critique.

Comment vaincre le virus Ebola? Les annonces de traitements prometteurs et les cas de rémission se multiplient depuis quelques mois. Dernier en date, le ChAd3, vaccin prometteur, a été testé avec succès sur des singes. Les Etats-Unis vont par ailleurs envoyer des troupes pour aider les populations sur place. Car il ne faut pas s'y méprendre, la situation en Afrique de l'Ouest demeure critique. Selon l'OMS, près de 4.000 personnes ont été infectées depuis le début de l'année, et plus de 2.000 ont succombé. Le point sur la situation.

> Un vaccin procurant une "immunité durable"

Une injection d'un vaccin expérimental, renforcée par une piqûre de rappel, permet une protection "rapide et durable" contre Ebola chez des singes, selon une étude publiée dimanche qui vient conforter l'annonce de tests sur les humains. Une injection du vaccin, basé sur un virus du rhume des chimpanzés et administrée à des macaques, leur a procuré "une protection complète à court terme et partielle à long terme" contre Ebola, notent les auteurs de cette étude dans la revue Nature Medicine.

De plus, les animaux qui ont eu la piqûre de rappel dans le cadre d'un nouveau schéma vaccinal en cours d'étude ont développé une immunité "durable". Quatre singes, avec une seule injection du vaccin expérimental, étaient toujours immunisés cinq semaines plus tard.

L'effet protecteur s'amenuisant au fil du temps, seuls deux d'entre eux restaient protégés dix mois après. Les quatre singes qui ont eu la piqûre de rappel, huit semaines après l'injection initiale, restaient complètement protégés contre l'infection dix mois après, selon les chercheurs. Le rappel contient un composant différent (virus de la vaccine atténué).

> Début d'expérimentation chez l'humain en septembre

L'Institut américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID/NIH, recherche publique) a annoncé le 28 août que les essais humains de vaccins contre Ebola commençaient début septembre.

L'équipe de Nancy Sullivan du centre de recherche du NIAID a développé un vaccin basé sur un adénovirus (virus de rhume) de chimpanzé baptisé "ChAd3", qui sert de transporteur, ou vecteur, pour délivrer des fragments de matériel génétique du virus Ebola dans les cellules du sujet vacciné.

Ces fragments de matériel génétique ne sont pas infectieux, mais aident l'organisme à apprendre à reconnaître le virus Ebola pour s'en défendre. Les chercheurs ont opté pour un adénovirus de chimpanzé parce que beaucoup de gens sont immunisés contre la version humaine de ce virus de rhume, ce qui pourrait empêcher le vaccin expérimental d'agir.

> Réunion d'urgence du Conseil exécutif de l'Union africaine

Sur le terrain en Afrique la situation reste critique. Le Conseil exécutif de l'Union africaine (UA) tient ce lundi une réunion d'urgence à Addis Abeba pour discuter d'une stratégie commune face à Ebola.

L'UA discutera notamment de l'utilité des mesures de suspension de vols et de fermetures de frontières à l'encontre des pays les plus touchés. Des mesures de suspension de vols - déjà partiellement en place - et de fermeture des frontières maritimes et terrestres devraient notamment être discutées lundi dans la capitale éthiopienne, où l'UA a son siège.

> Sierra Leone: un confinement des populations controversé

Justement, l'initiative prise par la Sierra Leone de confiner sa population pendant trois jours chez elle, afin de permettre de mieux identifier les malades suscite la controverse. Cette mesure qui devait entrer en vigueur du 19 au 21 septembre est jugée inefficace par Médecins sans frontières (MSF). "Des mesures coercitives à une large échelle comme les placements en isolement forcés et les confinements" peuvent "compromettre la confiance entre la population et les professionnels de santé", "conduire à une dissimulation de cas (de maladie) et pousser les malades à se faire traiter en dehors du système de santé", a promptement réagi l'organisation Médecins sans frontières (MSF) dans un communiqué.

MSF dit "craindre que le confinement proposé ne soit pas la réponse appropriée à l'épidémie actuelle en Sierra Leone": "il sera extrêmement difficile aux agents de santé d'identifier présentement les cas à travers le porte-à-porte" parce que "cela nécessite une certaine expertise".

> Les Etats-Unis dépêchent des militaires pour aider sur place

Le président américain Barack Obama a annoncé dans une interview diffusée dimanche que les Etats-Unis enverraient des moyens militaires, dont des unités de mise en quarantaine, pour aider les pays d'Afrique à lutter contre le virus.

Ces pays - principalement la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia - "font des progrès significatifs" dans la lutte contre la maladie, a dit Barack Obama sur la chaîne NBC. "Mais ils n'avaient pas les infrastructures sanitaires adéquates. Et maintenant, ce problème, qui aurait pu être résolu, est hors de contrôle parce que les malades ne sont pas mis en quarantaine comme ils devraient l'être. Les gens ne sont pas formés comme ils devraient l'être. Il n'y a pas assez de personnels de santé publique".

La démarche des Etats-Unis vise aussi à se prémunir eux-mêmes contre une éventuelle importation de l'épidémie sur leur sol. Barack Obama prévient: "Mais même en faisant cela, plusieurs mois vont passer avant que le problème ne soit sous contrôle en Afrique (...). Et si rien n'est fait maintenant et si (le virus) se répand en Afrique et dans d'autres régions du monde, le virus pourrait muter". "Il se transmettrait plus facilement et représenterait un réel danger aux Etats-Unis", a encore averti le président américain, tout en assurant qu'à court terme, les Américains n'avaient rien à craindre.

David Namias avec AFP