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Décapitations, exécutions de masse: la terreur façon Etat islamique

Des images diffusées le 30 juin 2014 montrent des jihadistes de l'Etat islamique parader dans les rues de Raqqa, en Syrie.

Des images diffusées le 30 juin 2014 montrent des jihadistes de l'Etat islamique parader dans les rues de Raqqa, en Syrie. - Welayat Raqa - AFP

La vidéo de l'exécution du journaliste américain James Foley par l'Etat islamique, diffusée mardi soir sur Internet, résume la stratégie de communication et de propagande développée par le groupe islamiste opérant en Syrie et en Irak.

La vidéo, intitulée "Un message à l'Amérique", est glaçante. Sur les images, un homme agenouillé au sol en tenue orange, rappelant celle des détenus de la prison de Guantanamo. Debout derrière lui, un individu masqué et vêtu de noir, couteau à la main. L'image se brouille au moment où l'arme s'approche de la gorge de la victime, avant de se figer sur un corps sans tête.

Par la force des réseaux sociaux, ce clip d'un peu moins de 5 minutes, montrant l'exécution par l'Etat islamique du journaliste américain James Foley, enlevé en Syrie fin 2012, a fait le tour du monde en l'espace de quelques heures. Démonstration à l'attention des démocraties occidentales des méthodes expéditives de l'organisation islamiste, il est également un redoutable instrument de propagande.

> EI et la stratégie de la terreur

Cette vidéo ne constitue pas une première pour l'Etat islamique. Le groupe islamiste s'est même fait une spécialité des mises en scène macabres diffusées sur la toile, entretenant ainsi sa réputation sanguinaire et appuyant, par cette stratégie de la terreur, sa conquête du territoire irakien.

En juin dernier, des photos présentées comme celles de l'exécution de masse de 1.700 soldats irakiens de confession chiite, revendiquée par l'EI, avaient ainsi été publiées sur un compte Twitter proche du groupe. Ces photos montraient, pour certaines, des hommes en civil alignés face au sol, menacés par des soldats pointant leur arme sur eux, et, pour d'autres, des corps gisants et maculés de sang (voir photo ci-dessous). Bien que ces images soient difficilement authentifiables, elles ont contribué à véhiculer la peur au sein de la population irakienne. Début août, le site du magazine Vice diffusait quant à lui un reportage filmé à Raqqa, bastion syrien de l'Etat islamique, dans lequel on peut voir des têtes -présentées comme celles de soldats de l'armée syrienne- plantées sur des poteaux de la ville, tels des trophées. 

> Des méthodes radicales, mais pas nouvelles

Pourtant, si ces images sont extrêmement choquantes, elles ne constituent en rien une nouveauté dans la stratégie des jihadistes. En 2002 déjà, la décapitation du journaliste américain Daniel Pearl par des membres d'Al-Qaïda, au Pakistan, avait été filmée. "Sous l'occupation américaine de l'Irak, après 2003, Abou Moussab al-Zarqaoui, alors chef d'Al-Qaïda dans le pays, avait inauguré une série macabre d'exécutions et d'égorgements de cette nature", rappelle par ailleurs Mathieu Guidère, spécialiste du monde arabe et des mouvements islamistes radicaux, sur BFMTV.

Plusieurs otages occidentaux avaient ainsi été victimes des méthodes expéditives de la branche irakienne de l'organisation islamiste. "Aujourd'hui, l'Etat islamique s'inscrit clairement dans cette filiation", juge Mathieu Guidère. "Toutefois, cette exécution représente un tournant car jusqu'à présent, l'EI n'avait menacé directement aucun pays occidental. Il avait comme agenda politique l'instauration du califat et l'unification des territoires syrien et irakien", précise l'expert.

> La caisse de résonance des réseaux sociaux

Si les exécutions ordonnées par Zarqaoui avaient été, elles aussi, publiées sur Internet, l'impact au milieu des années 2000 n'était pas le même qu'aujourd'hui. Dix ans plus tard, l'arrivée des réseaux sociaux a considérablement changé la donne. Ainsi, la vidéo de l'exécution de James Foley, diffusée mardi en fin de soirée sur Youtube, a très vite circulé sur Facebook et Twitter, à grand renfort de partages.

Une propagation éclair, qui a toutefois été rapidement stoppée par Youtube, qui a supprimé la vidéo et ses copies de sa plateforme. Du côté de Twitter, des captures d'écran ont largement été relayées, avant d'être également supprimées ce mercredi. Plusieurs comptes, dont celui du journaliste qui a tweeté le premier le lien de la vidéo, ont été suspendus. Les internautes ont, quant à eux, créé le hashtag (mot-clé) #ISISMediaBlackOut ("ISIS" est l'acronyme anglais pour "EI", NDLR) pour appeler à ne pas relayer d'images de l'exécution, afin de pas jouer le jeu de la propagande de l'Etat islamique. 

> Une propagande efficace?

La propagande de l'EI mise en effet largement sur les réseaux sociaux, pour diffuser au plus grand nombre son idéologie mais aussi, et surtout, pour le recrutement de nouveaux membres venus de l'étranger. Et contre toute attente, des images aussi violentes et insoutenables que celles de l'exécution de James Foley n'ont pas d'effets contre-productifs sur la stratégie du groupe islamiste. Bien au contraire. "Malheureusement, et aussi étonnant que cela puisse paraître, bien que ces images provoquent l'horreur chez la majorité des gens, elles ont également la capacité de susciter des 'vocations'", explique Alain Rodier, directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement, spécialiste du terrorisme, contacté par BFMTV.com.

"Ce message peut tout à fait séduire des jihadistes qui appartiennent à d'autres mouvements islamistes, en Syrie notamment, tentés de basculer du côté de l'EI parce qu'ils les trouvent plus combatifs. Cette vidéo va aller dans ce sens", poursuit le spécialiste. Quant à savoir si elle peut dissuader les Etats-Unis de poursuivre leurs frappes aériennes sur les positions des insurgés, en Irak, les experts sont formels: Barack Obama ne changera pas sa politique après cette exécution. La détermination américaine pour en finir avec l'Etat islamique devrait même être renforcée. Les nouvelles frappes aériennes menées ce mercredi en témoignent, quelques heures seulement après la diffusion de la vidéo.