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Ce que Trump doit dire à la tribune des Nations unies

Le  Washington Post a accusé mercredi Donald Trump de mener une "opération de nettoyage diplomatique" pour préserver Ryad.

Le Washington Post a accusé mercredi Donald Trump de mener une "opération de nettoyage diplomatique" pour préserver Ryad. - LUDOVIC MARIN / AFP

Donald Trump s'exprimera ce mardi en milieu d'après-midi, selon les horloges françaises, devant l'Assemblée générale de l'Organisation des nations unies. Les lignes directrices de son discours sont déjà connues: prise de distance avec la communauté internationale, dureté vis-à-vis de l'Iran, célébration de son bilan.

Le discours de Donald Trump est au centre de la journée onusienne ce mardi. L'an dernier, devant l'Assemblée générale des Nations unies, il avait repris son slogan de campagne, "l'Amérique d'abord", expliquant que les intérêts de son pays prévaudraient sur l'avenir de la coopération internationale.

Douze mois plus tard, à New York, et devant la même institution, il devrait confirmer cette approche isolationniste des relations extérieures lors de cette prise de parole qui a lieu dans l'après-midi, selon l'heure française, et dont les grands axes sont déjà connus des observateurs politiques américains. 

  • S'en tenir à "l'Amérique d'abord" 

Le président américain doit ainsi annoncer qu'il a l'intention de prendre ses distances avec la communauté internationale et les pactes qui lient sa nation à ses partenaires, pose ainsi CNN, qui surnomme cette semaine remplie de rendez-vous internationaux le "Super Bowl de la diplomatie".

Il faut dire que cette orientation a dirigé son action sur la scène mondiale depuis son premier passage devant l'Assemblée générale de l'ONU. En un an, Donald Trump a rompu avec l'Accord de Paris sur le climat, le Pacte mondial (engageant les entreprises à adopter une attitude socialement responsable), a coupé les subsides américains aux agences onusiennes aidant les Palestiniens, s'est éloigné de la Commission sur les droits de l'Homme ainsi que du Partenariat transpacifique, entre autres. Peu d'instances internationales ont par ailleurs été exemptes de ses critiques, le G7 et l'OTAN en essuyant un certain nombre. 

  • L'Iran, ennemi désigné 

"Il veut parler de la protection des Etats-Unis, de leur souveraineté, de l'aide internationale, de la générosité américaine, mais il veut aussi signifier que nous ne serons généreux qu'avec ceux qui partagent nos valeurs et veulent travailler avec nous, pas avec ceux qui disent leur haine des Etats-Unis", avait énoncé jeudi Nikki Haley, l'ambassadrice américaine à l'ONU devant la presse.

Et aux rangs des ennemis désignés, les oreilles persanes risques de siffler. Alors que Donald Trump avait profité l'an dernier de cette tribune pour vitupérer contre "rocket man" Kim Jong-un, il devrait se saisir de l'occasion pour s'en prendre cette fois à l'Iran, après avoir mis fin à l'accord conclu par son prédécesseur sur le nucléaire. "Il va dire que l'Iran est une influence maligne au Moyen-Orient, qu'il s'ingère dans les affaires de la région, et promeut le terrorisme", a estimé Nic Robertson, chef du service international de CNN. 

  • "Leadership puissant" et promotion du bilan 

Passer à l'offensive. Voilà aussi ce qu'attend de Trump son administration, à en croire les propos tenus par le secrétaire d'Etat, Mike Pompeo, lundi. "Les Américains veulent que les Etats-Unis affirment un leadership puissant sur la scène planétaire, reflétant nos valeurs, et sous le mandat de Donald Trump nous sommes clairement aux avants-postes", a-t-il lancé. Nikki Haley a aussi fait noter que la harangue présidentielle serait mise à profit par le tribun pour mettre en évidence ses réussites diplomatiques, parmi lesquelles il pourrait vouloir ranger le dossier nord-coréen. 

Pas sûr cependant que cette témérité soit payante, maintenant que les dirigeants mondiaux ont appris à connaître Donald Trump. 

  • Trump s'expose à la réplique de ses partenaires 

En effet, ses auditeurs, s'ils écouteront attentivement ce que le président américain a à leur dire, joueront leur propre partie. Jon Alterman, directeur du Centre pour les études internationales et stratégiques pour le Moyen-Orient, a analysé auprès de ABC News:

"L'an dernier, il y avait une forte incertitude autour de la manière dont Trump se comporterait, agirait et autour de la manière de traiter avec lui. Je pense que les responsables ont maintenant compris comment faire, et négocier avec lui". 

L'intervention d'Emmanuel Macron apparaîtra comme un premier élément de réponse sur ce point, le président de la République française s'exprimant lui devant ce prestigieux parterre à 17h (heure hexagonale), soit peu après son homologue américain. Mais il existe plusieurs façons de répliquer à la politique étrangère de Donald Trump. Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, le fera aussi discrètement que clairement en rencontrant Hassan Rohani, le président iranien, à New York, au cours d'une rencontre en marge du sommet. "Ce geste est interprété par les analystes de Tokyo, et à juste titre à mon avis, comme un acte de défiance vis-à-vis du président Trump; une sorte de déclaration selon laquelle, comme tous les autres leaders mondiaux, Abe fera ce qu'il veut", a commenté Michael Green, spécialiste du Japon et de l'Asie pour le compte du Centre pour les études internationales et stratégiques. 

A trop vouloir hausser le ton et mener sa politique internationale à marche forcée, Donald Trump prend donc le risque de n'être pas suivi. 

Robin Verner