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Catalogne: les indépendantistes remportent la majorité absolue

Le président indépendantiste sortant Artur Mas a revendiqué la victoire de son camp ce dimanche soir. Ce dernier est parvenu à transformer ce scrutin régional en plébiscite, promettant qu'en cas de victoire, lui et ses alliés mèneraient la Catalogne vers l'indépendance, en 2017 au plus tard.

Les partis indépendantistes ont remporté dimanche la majorité absolue des sièges aux élections régionales en Catalogne, selon des résultats des résultats quasi-définitifs, un succès qu'ils présentent comme un mandat pour mener cette riche région d'Espagne à la sécession. S'ils remportent une majorité absolue en nombre de sièges, le pouvoir de Madrid met en avant le nombre de voix plus important pour les partis opposer à l'indépendance.

La liste de la coalition "Junts pel Si" rassemblant des partis de gauche et de droite, ainsi que des associations pro-indépendance a obtenu 62 sièges, après dépouillement de plus de 99% des bulletins de vote, selon les résultats officiels diffusés par la région. La liste de La CUP (candidature d'unité populaire) a obtenu de son côté dix sièges. A elles deux, elles totalisent 72 sièges sur 135.

Le président indépendantiste sortant Artur Mas a revendiqué la victoire, en lançant: "Nous avons gagné!" en quatre langues - catalan, espagnol, anglais, français - devant près de 2.000 partisans rassemblés au centre de Barcelone qui scandaient "un seul peuple". "A partir de demain, la législation peut et doit être désobéi par les Catalans", a déclaré Antonio Baños, en appelant les habitants de la région à ne pas appliquer "les lois injustes pour les classes sociales catalanes". "A l'Etat espagnol, sans rancoeur, adieu", a aussi lancé sur son compte twitter le chef du petit parti indépendantiste de la gauche anticapitaliste CUP.

Plébiscite

Les partis coalisés derrière Artur Mas au sein d'"Ensemble pour le oui" doivent toutefois encore s'entendre avec la CUP pour former une majorité. Celle-ci a jusqu'à présent soutenu que l'indépendance ne pouvait pas être proclamée sans une nette majorité des voix.

Elle ne veut pas non plus reconduire au pouvoir le conservateur Artur Mas, auquel elle reproche sa politique d'austérité. Les autres partis ont appelés les indépendantistes à ne pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué, évoquant des surprises possibles après une participation exceptionnelle.

Selon les chiffres du gouvernement régional de Catalogne, la participation a atteint 76,75 %, dépassant de 9 points celle du dernier scrutin régional en 2012. Artur Mas est parvenu à transformer ce scrutin en plébiscite, promettant qu'en cas de victoire, lui et ses alliés mèneraient la Catalogne vers l'indépendance, en 2017 au plus tard.

Rajoy s'était personnellement investi dans la campagne

Depuis trois ans, Artur Mas n'avait cessé d'exiger un référendum d'autodétermination semblable à celui organisé en Ecosse il y a un an, où le non l'avait emporté. Mais Madrid a toujours refusé, arguant de son inconstitutionnalité. A l'annonce des résultats, le porte-parole du Parti populaire au pouvoir à Madrid a assuré que "la moitié des Catalans a rejeté l'indépendance". 

"Evidemment, demain, tout continue comme avant en Catalogne", préconise Pablo Cosado qui assure que'Arthur Mas "a échoué". "C'est la première fois que CDC et ERC n'ont pas la majorité absolue", poursuit le porte-parole, mettant en avant que la coalition indépendantiste n'a pas remporté la moitié des voix. 43% des Catalans ont voté pour la coalition indépendantiste, contre 57% pour l'autre camp.

A la faveur de la crise et de médiocres relations avec le pouvoir central, le nationalisme de nombreux Catalans fiers de leur culture a viré à l'indépendantisme. Le chef du gouvernement conservateur, Mariano Rajoy, s'est impliqué personnellement dans la campagne, plaidant pour une "Espagne unie", et dressant la liste des catastrophes qui, selon lui, guettent les Catalans en cas d'indépendance unilatérale: exclusion de l'UE, explosion du chômage, effondrement des retraites.

Les autres votes se seraient portés surtout sur les libéraux de Ciudadanos (19 à 21 sièges), résolument opposés à l'indépendance, qui deviendraient le second parti de Catalogne, le Parti socialiste (14 à 16 sièges) qui prône une révision de la Constitution pour accorder plus d'autonomie aux Catalans, et à la gauche radicale ralliée autour de Podemos, nouveau parti anticapitaliste allié du grec Syriza. Le Parti Populaire de Mariano Rajoy s'effondrerait et passerait de 19 sièges à 11 maximum.

Inquiétude

Si la Catalogne s'en allait, elle emporterait avec elle un cinquième du PIB de l'Espagne, quatrième économie de la zone euro, et un quart de ses exportations. L'éventualité inquiète banquiers et entrepreneurs, qui invitent au dialogue entre Madrid et Barcelone. Barack Obama, David Cameron et Angela Merkel ont également souhaité le maintien de l'unité.

Quel que soit le résultat final, ce scrutin fait entrer l'Espagne dans une zone de fortes turbulences, à trois mois des élections législatives. D'autant que le gouvernement a prévenu qu'il agirait contre tout acte "illégal".

Toni Valls, architecte de 28 ans, a voté à Barcelone, pour les indépendantistes: "C'est une question de dignité et de respect pour une culture différente qu'ils (le gouvernement) n'ont même pas cherché à comprendre", dit-il.

"Ce n'est pas le moment de nous séparer. Moi, cela va me toucher directement, s'il n'y a pas de retraites. Il faut rester en Espagne, mais avec un gouvernement plus autonome", estimait au contraire Mireia Galobart, retraitée de 70 ans.

la rédaction avec AFP