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Australie: une jurée sur Instagram a failli provoquer l'annulation d'un procès

L'application Instagram.

L'application Instagram. - Santeri Viinamäki via Wikimedia Creative Commons

Tous les jours, une jurée australienne, convoquée à un procès jugeant un homme accusé du meurtre d'une jeune femme, racontait ses états d'âmes sur le site Instagram. Une indiscrétion qui a failli entraîner l'annulation de la procédure.

La Cour suprême de Brisbane, dans l’Etat du Queensland en Australie, était réunie pour juger Gable Tostee, un jeune homme accusé d’avoir tué une touriste néo-zélandaise Warriena Wright, le 8 août 2014, après l’avoir rencontrée via l’application Tinder. Il a finalement été acquitté le 19 octobre dernier, un jugement validant l’explication donnée par le prévenu d’une chute accidentelle de la victime depuis son balcon. Mais le procès a été pollué par une affaire dans l’affaire.

"Le procès n'est pas joli-joli"

En effet une des jurées a capté une partie de l’attention de l’opinion en multipliant les publications sur le site de partages de photos, Instagram. Pourtant soumise à un devoir de réserve tant que le verdict n’avait pas été rendu, l’Australienne s’est mise en scène sur le réseau social à plusieurs reprises durant les délibérations.

La photo montrait invariablement un gobelet de café à emporter, plus ou moins joliment décoré. En vis-à-vis de cette image, la jurée saluait ses 2.500 abonnés puis racontait ses états d’âmes. Par exemple, la veille de la sentence, elle écrivait:

"Salut tout le monde! Encore une journée à faire son devoir de juré, encore une balade sur le pont Goodwill, encore un délicieux café dans un superbe gobelet!" 

Ou encore: "Je suis tellement contente de trouver ces gobelets tous les jours…parce que le procès, lui, n’est pas joli-joli…"

Certes, ces commentaires ne volent pas très haut et paraissent anodins. Ils ont tout de même paru suffisants à la défense de Gable Tostee pour demander, sitôt découverts, une annulation du procès. La cour a finalement décidé de le maintenir et de se prononcer, arguant que ces publications, bien que "préjudiciables", n’avaient rien dévoilé de la teneur des délibérations.

Vers une restriction de l'accès aux réseaux sociaux des jurés?

Si cette indélicatesse n’a donc pas entravé le cours de la justice, certains observateurs craignent qu’avec l’essor des réseaux sociaux ces incidents soient de plus en plus fréquents. Dans les colonnes d’ABC Brisbane, James Morton, un avocat, explique qu’il est selon lui nécessaire de réviser les textes afin de prendre des mesures pour prévenir ce genre de comportements indiscrets.

"Je pense que l’utilisation des téléphones portables et l’accès aux réseaux sociaux des jurés doivent être restreints pendant les délibérations."

La jurée aux clics trop faciles l’a en tout cas échappé belle. Si les magistrats avaient sanctionné son bavardage informatique, elle aurait pu, non seulement provoquer l’annulation du procès, mais aussi entraîner l’instruction du sien. En Australie, un juré sortant de sa réserve risque en effet deux ans de prison.

R.V.