BFMTV

Maison de l'horreur en Californie: comment expliquer l'emprise des parents sur les enfants?

La maison de l'horreur, à Perris, en Californie, où 13 enfants ont été séquestrés par leurs parents, le 15 janvier 2018

La maison de l'horreur, à Perris, en Californie, où 13 enfants ont été séquestrés par leurs parents, le 15 janvier 2018 - Bill Wechter-AFP

Treize frères et sœurs ont été retrouvés malnutris, enfermés par leurs parents dans un pavillon de Californie. Des spécialistes expliquent à BFMTV.com pourquoi les enfants majeurs du couple n'ont pas dénoncé plus tôt les mauvais traitements qu'ils subissaient.

Treize frères et sœurs ont été retrouvés enfermés, affamés et certains attachés à leur lit dans un pavillon de Californie, à Perris, au sud-est de Los Angeles. Ils étaient séquestrés par leurs parents dans ce qui est présenté comme la maison de l'horreur.

Lorsque les secours sont arrivés et ont vu ces jeunes personnes "mal-nourries et très sales", ils ont cru qu'elles étaient toutes mineures. En réalité, sept d'entre elles sont âgées de 18 à 29 ans. Comment se fait-il que les enfants du couple majeurs n'aient pas alerté les secours plus tôt?

"Un état de dissociation et d'anesthésie totale"

Rien d'étonnant à ce que ces enfants aient survécu si longtemps dans de telles conditions sans dénoncer leurs parents, estime pour BFMTV.com Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie. Selon elle, ils ont développé des stratégies de survie afin de rendre tolérables leurs mauvais traitements.

"Ils ont connu un niveau de maltraitance particulièrement élevé depuis qu'ils sont petits et n'ont connu que ça pendant des années, voire depuis leur naissance. Pour pouvoir survivre, le cerveau déconnecte et bloque les émotions. L'individu devient alors un automate dans un état de dissociation et d'anesthésie totale, j'appelle cela une hémorragie psychique. Ils ne ressentent plus rien, ils sont comme des zombies."

C'est également le point de vue de Pierre Sabourin, psychiatre et psychanalyste à Paris et auteur de la préface de l'ouvrage Dans la maison de l'ogre, quand la famille maltraite ses enfants. "Ce n'est pas la première fois que l'on découvre des enfants séquestrés et abusés depuis des années, maintenus dans une domination complète", analyse-t-il pour BFMTV.com.

"Ces enfants, même majeurs, sont écrasés par des parents qui défendent une idéologie ou bien ont une attitude du type sectaire. Souvent, les apparences sont maintenues, les parents sont intégrés et camouflent leurs activités criminelles."

Une emprise parentale toxique

Marie Andersen, psychologue et psychothérapeute dans le Tarn, considère que ces enfants, conditionnés, ne se sont certainement pas rendus compte à quel point ils vivaient hors normes. Et estime qu'ils étaient sous une emprise parentale toxique, analyse-t-elle pour BFMTV.com.

"Pour un enfant maltraité, des parents, même défaillants, sont synonymes de sécurité. Ils pourvoient, même mal, à leurs besoins, les nourrissent, leurs offrent à l'occasion de jolis vêtements, comme en témoignent des photos de famille publiées sur les réseaux sociaux. De leur point de vue, ébranler cet édifice, même malfaisant, c'est prendre le risque de tout perdre."

Ils excusent leurs parents

Autre explication: les enfants maltraités "vont très loin dans l'excuse de leurs parents, ils les pardonnent aussi pour les protéger", ajoute Marie Andersen, également auteure de La manipulation ordinaire: reconnaître les relations toxiques pour s'en protéger.

C'est l'une des sœurs, âgée de 17 ans, qui a mis fin au cauchemar. Elle est parvenue à s'échapper et à appeler dimanche matin les secours depuis un téléphone portable trouvé dans la maison. "C'est absolument extraordinaire qu'elle ait réussi à s'extraire de son conditionnement et de cet état qui est presque de l'ordre du coma vigile", poursuit Muriel Salmona.

Si elle ne connaît pas encore les détails de l'affaire, cette professionnelle précise que les enfants maltraités parviennent parfois à alerter les secours "non pas pour eux-mêmes mais pour un tiers. Dans ce cas-là, peut-être pour l'un de ses petits frères ou sœurs".

L'immaturité psychique "profonde" des parents

Cette adolescente était "un peu maigre" et semblait n'avoir que 10 ans, selon le communiqué de presse de la police. Muriel Salmona pointe les retards de croissance physique et psychologique qu'une telle détention a sans doute provoqués. "Ces enfants ont été comme mis en sommeil. Ils vont peut-être sembler en déficience mentale, il risque d'y avoir des atteintes neurologiques importantes." Mais, précise-t-elle, "ils peuvent récupérer. Cela va prendre du temps et il risque d'y avoir des séquelles psychologiques et neurologiques". 

Les parents, David et Louise Turpin, âgés respectivement de 57 ans et 49 ans, ont été "incapables d'expliquer pourquoi leurs enfants étaient retenus de cette manière", selon les forces de l'ordre. Certains d'entre eux étaient enfermés dans le noir "dans une odeur pestilentielle". Pour Marie Andersen, ces parents sont certainement "dans une immaturité psychique profonde".

"Je ne peux faire que des hypothèses mais il est probable que ce qu'on devine aujourd'hui, c'est l'ultime étape d'un processus qui a dû se mettre en place depuis le début de leur vie commune."

Tous deux ont été incarcérés pour torture et mise en danger d'enfants.

Céline Hussonnois-Alaya