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Etats-Unis: le costume de pom-pom girl face aux juges de la Cour suprême

Les pom-pom girls de l'équipe de basket des Los Angeles Lakers, le 13 octobre 2016.

Les pom-pom girls de l'équipe de basket des Los Angeles Lakers, le 13 octobre 2016. - Ethan Miller / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

La Cour suprême américaine se penche ce lundi sur une question un peu inattendue: les droits d'auteurs entourant les tenues des pom-pom girls.

Coïncidence du calendrier, le dossier arrive à l'agenda de la Cour suprême des Etats-Unis le jour d'Halloween. En ce 31 octobre, les huit sages de la haute juridiction s'apprêtent à discuter panoplies et déguisements, et sont plus particulièrement appelés à trancher une question originale de copyright à propos du costume de pom-pom girl, en se demandant si oui ou non cette panoplie emblématique de la culture américaine peut être protégée par le droit d'auteur.

Le leader mondial accuse son rival de copie 

Moins anecdotique qu'il n'y parait, l'affaire oppose très sérieusement Star Athletica et Varsity Brands, deux fabricants de vêtements destinés aux équipes de supportrices sportives qui enflamment les campus américains depuis plus de 120 ans. 

Varsity, premier fabricant mondial, reproche à son rival Star Athletica d'avoir copié certains de ses motifs de panoplies de pom-pom girls. Selon la loi fédérale, un design peut être protégé par un droit d'auteur s'il est possible de le dissocier de la fonction utilitaire de l'objet auquel il est attaché. Dans le cas visé, Varsity assure que les motifs à chevrons sur ses maillots et jupettes de pom-pom girls sont une création conceptuelle séparable de la fonction de l'uniforme. Star Athletica maintient le contraire.

La Cour suprême va donc explorer les frontières entre esthétique et utilité. Sa décision pourrait redéfinir le droit d'auteur et avoir d'importantes conséquences économiques.

Les cosplayers inquiets

L'affaire agite en particulier les adeptes du "cosplay" -les jeux de costumes- qui adorent se déguiser en personnages empruntant leurs accessoires aux mangas, jeux vidéo et autres univers. En confectionnant leurs panoplies, les cosplayers (ou "costumédiens") utilisent souvent des éléments protégés légalement: uniformes, insignes militaires, logos, etc. Ils redoutent que la Cour suprême n'entrave leur liberté créatrice.

"Le déguisement est une forme artistique et les costumiers ont recours dans leur travail créatif à des éléments graphiques répandus dans des genres divers, parmi lesquels la science-fiction et le fantastique, les BD, les dessins d'animation japonais ou encore les habits historiques", explique Philip Gust, président de l'International Costumers Guild (ICG). Il serait inconcevable, cite-t-il en exemple, de protéger par un brevet les galons et les insignes géométriques des costumes de Star Trek. 

Car "ces designs se retrouvent dans chaque pilote spatial de science-fiction, de Buck Rogers à Battlestar Galactica". "Varsity tente de faire passer des motifs de forme géométrique sur des uniformes de pom-pom girls pour des oeuvres d'art distinctes, mais on ne peut pas plus les séparer que les éléments des maillots de Star Trek", poursuit-il. 

Susan Scafidi, fondatrice du Fashion Law Institute à l'université de Fordham, espère elle au contraire que la haute Cour affirmera la légitimité du copyright pour les motifs sur des tissus, en notant qu'une bonne partie sont déjà tombés dans le domaine public, dans la mode ou les vêtements historiques. "Un designer qui souhaite recréer un chevalier médiéval ou une midinette des années 20 est libre et restera libre de le faire", insiste-t-elle. 

A.S. avec AFP