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Libération des otages: la France a-t-elle versé une rançon?

Thierry Dol, Daniel Larribe, Pierre Legrand et Marc Féret ont été libérés mardi.

Thierry Dol, Daniel Larribe, Pierre Legrand et Marc Féret ont été libérés mardi. - -

Selon "Le Monde", la libération de Thierry Dol, Daniel Larribe, Pierre Legrand et Marc Féret a été obtenue par le versement d'une rançon d'environ 20 millions d'euros. Pourtant, depuis mardi, le gouvernement niait en bloc cette hypothèse.

La France a-t-elle payé pour permettre la libération de Thierry Dol, Daniel Larribe, Pierre Legrand et Marc Féret, libérés mardi après trois ans de captivité? La question intrigue, alors que le retour en France des anciens otages est attendu mercredi matin. "Vous savez la doctrine qui est la nôtre, il n’y a pas de paiement de rançon", a très vite indiqué mardi soir Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères.

Mais selon Le Monde.fr, une rançon a bien été versée: "Selon une source française, une 'contrepartie' de 'plus d’une vingtaine de millions d’euros' a été versée (...). L’argent a été prélevé sur les fonds secrets alloués aux services de renseignement." Une source proche des négociateurs nigériens a pour sa part affirmée à l'AFP que la somme était comprise entre 20 et 25 millions d'euros.

Aqmi avait demandé une rançon

Une affirmation qui entre en contradiction totale avec les propos tenus mardi par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian: "Il n'y a eu de paiement d'une rançon. On ne joue pas à cela". Il convient de rappeler qu’en mars 2011, Al Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi) avait demandé le versement d’une somme d'"au moins 90 millions d’euros" pour la libération des quatre Français. Cette condition avait été rejetée par la France.

Selon le gouvernement, ce dénouement heureux doit beaucoup au président du Niger, Mahamadou Issoufou. "Il y a eu une initiative prise par les réseaux du président Issoufou qui a permis une libération sans heurt", a expliqué Jean-Yves Le Drian, tout en ajoutant que la force n'a pas non plus été utilisée.

Areva a déjà payé pour d'autres otages

Seulement, ce scénario est contesté par Jean-Charles Brisard, spécialiste du terrorisme interrogé par BFMTV: "Il est illusoire de croire que l’on puisse obtenir la libération d’otages, sans aucune contrepartie, [notamment car] les intermédiaires qui agissent sur le terrain doivent être rémunérés pour leur action".

"On se doute bien que c'est Areva qui a payé pour la libération des otages d'Arlit", estime Pascal Lupart, président du comité de soutien de Serge Lazarevic, un Français toujours retenu en otage après son enlèvement au Mali. Cette hypothèse est plausible, comme le souligne Dorothée Moisan, auteur de Rançons, enquête sur le business des otages (Fayard): "Pour les trois premiers otages d’Areva-Vinci qui ont été libérés en février 2011, une rançon de quelque 13 millions d’euros a bien été payée par Areva et Vinci".

Quoi qu’il en soit, il y a peu de chances que l’Etat français communique davantage sur la question. Car comme le souligne Samuel Laurent, spécialiste du terrorisme, "moins on en sait, moins on en dit, mieux c’est (…) pour les prochains otages, car cela peut donner des idées aux islamistes". Selon les spécialistes, la libération d’un otage coûterait en moyenne 5 millions de dollars, soit 3,6 millions d’euros.

M.K. avec AFP