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Des scientifiques s'inquiètent de la chaleur actuelle en Sibérie

Un jeune homme se rafraîchit dans une fontaine à Moscou, le 11 juin 2020.

Un jeune homme se rafraîchit dans une fontaine à Moscou, le 11 juin 2020. - Dimitar DILKOFF / AFP

Des températures record, atteignant les 30°C, ont été enregistrées dans le courant du mois de mai dans certaines régions de Sibérie, soit 10°C de plus que les normales saisonnières.

L'épisode de chaleur prolongé qui touche la Sibérie est "un signal alarmant", s'inquiètent les scientifiques spécialisés sur le réchauffement climatique. Les températures enregistrées en surface au mois de mai ont en effet été de 10°C supérieures à celles d'ordinaire observées sur cette période, rapporte CNN.

L'hiver 2019-2020 avait déjà été "le plus chaud en Sibérie depuis le début des relevés, il y a 130 ans, avec des températures moyennes jusqu'à 6°C au-dessus des normales saisonnières", explique Marina Makarova, météorologue en chef de Guidrometsentr, l'agence météo russe. Puis, "le printemps est arrivé nettement plus tôt, en avril, avec des températures dépassant facilement (parfois) les 30°C", poursuit-elle.

Début mai, la presse régionale publiait des photos de champs en fleurs avec un mois d'avance, tandis qu'en Sibérie méridionale, des précipitations en hausse d'un tiers par rapport à la moyenne ont été relevées, entraînant notamment des milliers d'évacuations dans le district de Touloun, proche du lac Baïkal.

Des incendies à répétition

Dans les régions septentrionales en revanche, la fonte précoce du manteau neigeux a laissé derrière lui une végétation et un sol desséchés, conditions propices à la propagation des feux, selon Alexeï Iarochenko, chef du contrôle des forêts de Greenpeace en Russie. Au total, de janvier à mi-mai les feux ont ravagé 4,8 millions d'hectares en Sibérie, dont 1,1 million de forêts boréales, selon la dernière étude de l'ONG, publiée début juin. La région avait déjà été décimée par des incendies exceptionnels pendant l'été 2019.

"Le réchauffement climatique provoque la multiplication des feux de forêts, ils ont doublé en dix ans", résume Viatcheslav Kharouk, chef du laboratoire de surveillance des forêts du département sibérien de l'Académie russe des sciences.

Selon son laboratoire, entre 2000 et 2009 quelque trois millions d'hectares de forêts brulaient chaque année. Entre 2010 et 2019, la moyenne a doublé à six millions d'hectares. Dans les années à venir, "la surface des feux sera multipliée de deux à quatre fois", prédit le scientifique. Or ces feux risquent de réduire la capacité des forêts boréales à retenir le dioxyde de carbone et le méthane, ce qui contribuerait à l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre et au changement climatique.

Un défoliateur ravageur

Autre plaie, les températures clémentes ont provoqué l'explosion de la population des chenilles d'une espèce de papillon sibérien, le Dendrolimus sibiricus, une vermine ravageuse. Ce défoliateur des résineux sibériens est redoutable, une colonie pouvant dévorer le feuillage d'un pin géant en quelques heures, rendant la forêt d'autant plus vulnérable aux incendies. Or la chaleur inhabituelle a favorisé l'accélération de leur cycle de vie.

"De toute ma longue pratique d'expert, je n'ai jamais vu de chenilles aussi énormes et ayant grandi si vite, en un an au lieu de deux", explique Vladimir Soldatov, le spécialiste de ces lépidoptères, qui met en garde contre des "conséquences tragiques" pour l'espace forestier. Déjà, l'espèce "a avancé 150 km vers le nord par rapport à son milieu habituel, et cela à cause du réchauffement" climatique, précise-t-il.

Dans le district de Krasnoïarsk, en Sibérie méridionale, plus de 120.000 hectares ont dû être traités pour tuer les chenilles, selon le Centre local de la protection des forêts. Les forêts sont aussi rongées depuis 2003 par un autre insecte, le coléoptère Scolytinae, qui s'est installé dans ces régions septentrionales à mesure que le climat s'y adoucissait.

D'une manière plus générale, l'expert Viatcheslav Kharouk relève que la région voit arriver de nouvelles espèces d'oiseaux et d'animaux: "Nos steppes verdissent, nos lacs se réchauffent, la Sibérie devient une région plus engageante, pour les animaux mais aussi pour nous".

Mélanie Rostagnat Journaliste BFMTV