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Tintin, Valérian, le Marsupilami, Corto Maltese... Comment faire revivre des personnages cultes de BD

Corto Maltese, Valérian et Laureline ou le Marsupilami, héros cultes de la BD

Corto Maltese, Valérian et Laureline ou le Marsupilami, héros cultes de la BD - Casterman - Dargaud - Little Urban

Plusieurs dessinateurs racontent à BFTMV.com leur méthode pour dessiner un héros culte de la bande dessinée.

Corto Maltese vu par Ruben Pellejero & Juan Díaz Canales

Corto
Corto © Pellejero Canales Casterman 2017

Pour ses 50 ans, Corto Maltese revient avec Equatoria, une nouvelle aventure qui le conduit de Venise à l'actuel Soudan du Sud. Deux ans après Sous le soleil de minuit, le duo Ruben Pellejero et Juan Díaz Canales se sent plus à l’aise avec le personnage. Corto troque pour l’occasion sa célèbre vareuse contre une saharienne. "Il se change parce qu’il voyage: quand tu voyages, tu utilises plusieurs vêtements", rigole Pellejero. "Corto a plusieurs manières de s’habiller. Dans Corto en Sibérie, il a par exemple un manteau de fourrure. Et il ne peut pas voyager en Afrique avec son vêtement de Venise!"

Quand il s’agit de dessiner Corto, le plus difficile n’est pas de choisir sa tenue, mais de dessiner ses yeux, révèle Pellejero: "Ils changent beaucoup et il faut faire attention aux petites variations. J’ai fait des recherches. J’ai beaucoup dessiné Corto pour trouver l’esprit de Pratt". Lorsqu’il le dessine, il commence toujours par les yeux. Selon Pellejero, il est important aussi de "laisser la main libre, pour que le trait soit spontané": "cette spontanéité, c’est la chose la plus importante dans une histoire de Corto Maltese. Il est important que le trait soit spontané quand on dessine son visage". 

Corto Maltese, tome 14: Equatoria, Ruben Pellejero (dessin) et Juan Díaz Canales (scénario), 80 pages, 16 euros.

Valérian et Laureline vu par Lauffray & Lupano

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valerian © Dargaud 2017

Le dessinateur Mathieu Lauffray (Long John Silver) et le scénariste Wilfrid Lupano (Les Vieux fourneaux) ont grandi en lisant Valérian et Laureline, fascinés par la capacité de Christin et Mézières à imaginer une multitude de mondes et de créatures merveilleuses. Le duo allie aujourd’hui ses forces pour une relecture déjantée du classique du 9e Art qui évoque des problématiques très actuelles comme les paradis fiscaux. Lupano a suivi en cela le modèle de Christin, pour qui "la SF est un laboratoire qui sert à faire des expériences en grossissant certains traits de la société pour mieux comprendre ce qu’il s’y joue".

Selon Lauffray, Laureline est "espiègle", "indépendante". Pour la dessiner, le plus important est de bien comprendre "son caractère et ses expressions". Valérian, quant à lui, est "plus difficile à choper, parce qu’à la fois c’est le beau mec, il est déglingué et il fait connerie sur connerie", s’amuse Lauffray. "Dans cet album, c’est particulièrement réjouissant. Il est de bonne volonté, mais passe la moitié de l’album a essayé à réparer les machines et à fouiller l’estomac d’un poisson géant pour récupérer une tête de droïde bouffé par des mites. Il a une aventure pas très valorisante, pas très glorieuse".

Mézières lui-même confesse qu’il a toujours eu beaucoup de mal à dessiner Valérian. Sosie de Hugues Auffray dans les premiers albums, il ressemble par la suite à Gérard Lanvin… Le Valérian de Lauffray évoque quant à lui un étonnant mélange entre Han Solo, le Humphrey Bogart d’African Queen, Elvis et Kurt Russell…

Valérian vu par, Shingouzlooz Inc., Mathieu Lauffray (dessin) et Wilfrid Lupano (scénario), Dargaud, 56 pages, 13,99 euros.

Le Marsupilami vu par Benjamin Chaud

marsupilami
marsupilami © 2017 Benjamin Chaud Little Urban

Toute sa vie, Benjamin Chaud a lu Gaston. "C’est un personnage magnifique", dit-il. "Je connais presque tous les albums par cœur". De Franquin, il apprécie également les Idées noires, mais aussi le Marsupilami, dont il conserve pourtant un souvenir plus vague. Désigné pour reprendre le personnage pour deux albums jeunesse, Le Nouveau nid des Petits Marsus et L’École des Petits Marsus, il a préféré "ne pas relire les albums, pour ne pas copier et essayer de voir de mémoire ce qu’[il] en retenait".

Contre toute attente, son attention ne s’est pas focalisé sur la célèbre queue du Marsu, à la fois ressort et gant de boxe, mais sur son nez qu’il a dessiné à la manière de celui de Gaston. Chez le Marsupilami, le plus important reste la queue, qui "permet de donner des indications sur ce que ressentent les personnages", explique Benjamin Chaud. Comme il montre dans la vidéo ci-dessous, il la dessine d’un seul tenant pour conserver "une souplesse de poignet".

Dans le nid du Marsu, attention toutefois à ne pas s’emmêler les queues: "J’ai été corrigé sur plusieurs pages où j’en avais mis trop ou pas assez. Sur la couverture, j’en avais dessiné six alors que les Marsus ne sont que cinq!". Autre difficulté: les faire toutes rentrer dans l’image. Autant de contraintes qui stimulent l’auteur. Benjamin Chaud a dessiné son Marsu à son image: calme et doux. Il ne pousse pas de colère homérique comme chez Franquin, mais affronte des problématiques bien actuelles, comme la perte de son logement après une tempête. Tout en évoquant la crise des migrants et le réchauffement climatique, le Marsu de Benjamin Chaud émerveille les enfants.

Le Nouveau nid des Petits Marsus / L’École des Petits Marsus, Benjamin Chaud (scénario et dessin), Little Urban, 32 pages, 13,50 euros.

Tintin, Lucky Luke, Astérix vu par Blutch

La reprise de Lucky Luke par Blutch
La reprise de Lucky Luke par Blutch © Blutch Dargaud 2017

Blutch, Grand Prix d’Angoulême 2009, sort Variations, un ouvrage grand format où il réinterprète une trentaine de planches de classiques de la BD: Tintin, Lucky Luke, Astérix, Blake et Mortimer, Gaston, Valérian et Laureline, Blueberry… "Ce ne sont pas des souvenirs ou des œuvres qui ont marqué mes années de formation, il y a aussi des lectures d’adulte", précise-t-il. Il ne faut surtout pas y voir de la nostalgie ou un hommage: "les hommages, c’est la nouvelle peste de la bande dessinée", souffle-t-il. Des variations, Blutch en a toujours fait. Sa première histoire, déjà, "commençait comme un décalque d’Hergé".

Dans Variations, Blutch a revisité Les 7 boules de cristal, choisissant une planche où Tintin apparaît dans une seule case, tapi dans l’ombre. Il a choisi le même parti pris pour ses variations de Lucky Luke et de Michel Vaillant. Pour Tintin, Blutch a préféré se concentrer sur un fugace personnage de l’œuvre d’Hergé, la "troublante et marquante madame Clairmont", une blonde hitchcockienne qui apparaît dans seulement quatre cases. Le trouble, c’est ce qui guide Blutch. Quand il choisit une planche de Gaston, c’est pour remplacer les posters de Marsupilami qui tapissent les murs du journal Spirou par des affiches de femmes nues. Il imagine aussi Gaston dans la peau de Monsieur de Mesmaeker.

Dans sa reprise de Blueberry, le célèbre cow-boy devient une femme noire, tandis que Laureline disparaît complètement de celle de Valérian "pour éviter de faire ce qu’il y a de plus évident". Une des planches les plus troublantes de l’album reste celle inspirée de La Grande traversée d’Uderzo et Goscinny. Blutch y dessine Astérix et Obélix affamés, amaigris, en pleine décomposition, brûlés par le soleil.

Variations, Blutch (dessin), Dargaud, 64 pages, 29,99 euros.

Jérôme Lachassse