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Essai – Kia Stinger, la Nissan GT-R coréenne

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Le constructeur coréen s’est servi dans la banque d’organes mécaniques du groupe Hyundai-Kia pour concevoir une berline sportive, loin de ses modèles habituels. Profondément inutile, et par là même immensément belle, la Stinger est une réussite.

À côté du cocktail et du missile, le patronyme "Stinger" désigne désormais une berline. Afin de s’imposer face aux maître-étalons du domaine -Audi, BMW et Mercedes- Kia propose un mélange détonnant de design français et de mécanique allemande. Pour un prix trop explosif? 

La Kia Stinger, nouvelle grande berline du constructeur coréen est un mélange détonnant de design français et de mécanique allemande.
La Kia Stinger, nouvelle grande berline du constructeur coréen est un mélange détonnant de design français et de mécanique allemande. © Pauline Ducamp - BFM Auto

Mais pourquoi... la Kia Stinger ? 

Une berline coupé sportive dans la gamme Kia, le concept surprend. Pour minimiser l’effet incongru, le storytelling de la marque coréenne est bien rodée. "La Stinger est un hymne à la route, résume Marc Hedrich, directeur général de Kia France. Les clients perçoivent doucement le changement opéré par Kia, vue comme une marque au bon rapport qualité/prix. La Stinger est un travail d’image."

Une berline coupé sportive dans la gamme Kia ... cela à de quoi surprendre.
Une berline coupé sportive dans la gamme Kia ... cela à de quoi surprendre. © Pauline Ducamp - BFM Auto

Dans le groupe Hyundai-Kia, les berlines sont en effet plutôt l’apanage de Hyundai. A cette dernière, les grosses berlines très longues prisées des patrons coréens, à Kia, l’image de marque jeune, loin de la berline classique. Sous un prisme moins européen, Kia offre déjà des berlines aux États-Unis, mais avec une image plus branchée.

"Aujourd’hui, un généraliste comme Kia est dans une position compliquée, dans le creux de la vague. La seule solution est soit de monter en gamme, avec un véhicule plus cher, soit de descendre en gamme", souligne Frédéric Martinez, expert en marketing automobile. Kia a clairement choisi la première solution. "Kia veut entrer dans l’access premium, et montrer qu’il peut vendre autre chose qu’une Rio, avec de l’émotion et du plaisir de conduite", poursuit Frédéric Martinez.

Kia aspire désormais à vendre "de l'émotion et du plaisir de conduite"
Kia aspire désormais à vendre "de l'émotion et du plaisir de conduite" © Pauline Ducamp - BFM Auto

Officiellement, la Stinger n’a pas la dénomination de berline, mais de "grand coupé". Ce nouveau type a été inventé par les constructeurs afin de proposer des coupés, hautement monétisables, mais peu pratiques. Avec 4,83 mètres, la Stinger se place dans le même wagon que la Volkswagen Arteon, tout en étant aussi grande qu’une Peugeot 508 ou une Renault Talisman. Mais les vraies cibles de la Kia Stinger se nomment Audi A5 et BMW Série 4 Gran Coupé. Le constructeur coréen a donc débauché Albert Biermann, ingénieur créateur de nombreux modèles M pour créer sa berline. Qui, sur la route, a tout de la BMW fantasmée.

La ligne de la Kia Stinger est signée Albert Biermann, père de nombreuses BMW M.
La ligne de la Kia Stinger est signée Albert Biermann, père de nombreuses BMW M. © Pauline Ducamp - BFM Auto

Au volant

Se souvenant des sièges en hauteur des SUV, le conducteur aura presque l’impression d’être assis sur le bitume dans une Stinger. La berline ne mesure qu’1,40 mètre de haut, mais calé comme dans un fauteuil, le conducteur a cependant accès facilement à toutes les commandes, comme sur une voiture de circuit : les aides à la conduite judicieusement placées à gauche du volant sous les aérateurs, comme sur le petit SUV Stonic, les modes de conduite (Eco à Sport +) au centre de la console avec une molette, ou encore les commandes au volant.

Pour ne pas tout concentrer dans l’écran tactile (uniquement disponible en version 8 pouces en France), Kia résume les différentes fonctionnalités par des boutons piano placés en-dessous, de la radio à la navigation. Un mot résume l’ensemble : intuitivité.

L'écran 8 pouces du GPS est tactile, mais par souci de simplicité, Kia a ajouté des boutons reprenant ses principales fonctionnalités.
L'écran 8 pouces du GPS est tactile, mais par souci de simplicité, Kia a ajouté des boutons reprenant ses principales fonctionnalités. © Pauline Ducamp - BFM Auto
Dans cette Kia Stinger, le conducteur a facilement accès à toutes les commandes nécessaires... comme sur une voiture de circuit.
Dans cette Kia Stinger, le conducteur a facilement accès à toutes les commandes nécessaires... comme sur une voiture de circuit. © Pauline Ducamp - BFM Auto

L’influence d’Albert Biermann transpire à chaque instant, une fois pressé le bouton "Start/stop engine". La Stinger n’est pas qu’une œuvre design, c’est un jouet. Le V6 ronronne, avant de se faire bestial à chaque accélération. Les vibrations inexistantes à bas régime résonnent alors dans le plancher à plein régime, tandis que la Stinger semble se rassembler sur elle-même comme un félin prêt à jaillir. Certes, la berline est puissante (370 chevaux), mais c’est surtout le couple monstrueux de 510Nm qui lui donne cette impression de bestialité (et fait oublier son poids: 1,8 tonne en moyenne). 

Bestiale, la Stinger se montre aussi confortable, avec des suspensions souples, même en mode Sport+. Elle joue pleinement sur l’image du grand coupé: le confort au quotidien, mais de réelles performances. Albert Biermann lui a en effet offert un châssis réactif, et une direction précise. En manœuvre comme sur les petites routes sinueuses, les 4,83 mètres de la Stinger se placent toujours où veut le conducteur, en point de corde ou bien serrée dans une allée. A l’accélération ou en reprise, elle chasse légèrement en reprise, juste de quoi faire regretter l’absence de version en propulsion sur la motorisation V6. 

La Kia Stinger et son V6 3.3 de 370 chevaux s'offrent une double sortie d'échappement
La Kia Stinger et son V6 3.3 de 370 chevaux s'offrent une double sortie d'échappement © Pauline Ducamp - BFM Auto

"LE" truc en plus : le Launch Control 

En plus de son comportement routier, la Stinger offre de nombreux équipements de série comme ce Launch Control. Ce dispositif électrique apporte un boost lors de l’accélération, en mode Sport. La Stinger dispose ainsi du système anti collision, de l’alerte au franchissement de ligne avec correcteur de trajectoire ou encore le lecteur de panneaux, et le régulateur de vitesse adaptatif. En résumé, la Stinger est suréquipée, ce qui lui permet de changer d’identité : berline tranquille le jour, sportive énervée le week-end.

La dotation d'équipement de la Kia Stinger est plutôt généreuse.
La dotation d'équipement de la Kia Stinger est plutôt généreuse. © Pauline Ducamp - BFM Auto

"LE" chiffre : 59.900

C’est en euros, le prix catalogue de notre version à l’essai, auxquels il faudra rajouter le malus de 10.500 euros dès le 1er janvier 2018. Avec 27 chevaux-fiscaux (CV), la Stinger échappera cependant à la future nouvelle taxe sur les voitures de luxe. Le premier prix pour une version diesel de 200 chevaux débute elle à 44.400 euros. Ce qui amène vite une question : le client sera-t-il prêt à mettre 60.000 euros dans une Kia ? Pas sûr.

Il peut certes mettre une certaine somme dans une Nissan GT-R, mais cette dernière se montre moins éloignée du reste de la gamme Nissan que la Stinger de Kia. Et finalement, une telle somme pour seulement 370 chevaux, est-ce raisonnable ? A 500 ou 510 chevaux, certainement oui, mais à moins de 400 chevaux, une Ford Mustang EcoBoost vaut financièrement plus le coup. Si on ajoute la question de la décote à la revente, difficile de trouver un intérêt à acheter cette Coréenne plutôt que ses rivales, au moins en France. Kia ne compte d’ailleurs pas sur les volumes de vente. Mais avec son allant, sa ligne, son côté joueur et jouet, la Stinger reste une magnifique proposition automobile, pour ceux qui veulent se démarquer de leurs voisins propriétaires d’allemandes.

Avec son V6 3.3 délivrant 370 chevaux, la berline-coupé de Kia n'échappe pas au malus écologique.
Avec son V6 3.3 délivrant 370 chevaux, la berline-coupé de Kia n'échappe pas au malus écologique. © Pauline Ducamp - BFM Auto

Notre version à l’essai

Kia Stinger GT 3,3 litres V6 T-GDI 370 chevaux ISG BVA8 4 roues motrices à 59.900 euros (+ 750 euros en déclinaison Rouge Performance)

Pauline Ducamp