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80 km/h: le principal échec d'Edouard Philippe?

Edouard Philippe lors de l'annonce des 80 km/h, début 2018.

Edouard Philippe lors de l'annonce des 80 km/h, début 2018. - Brightcove

La mesure impopulaire mais assumée par le Premier ministre a finalement fait long feu, obligeant l'éxecutif à faire machine arrière en autorisant les départements à revenir à 90 km/h.

Les 80km/h, un pari politique perdu par Edouard Philippe? Le désormais ex-Premier ministre d'Emmanuel Macron avait fait de cette mesure son cheval de bataille. Pour certains observateurs, l'idée était de reproduire ce qu'avait obtenu Jacques Chirac avec la mise en place des radars automatiques. Une mesure impopulaire mais qui rapporte énormément chaque année à l'Etat... et a fini par être intégrée par les Français, reconnaissant dans l'ensemble les effets de ces petites cabines sur les comportements au volant, avec la baisse du nombre de morts sur les routes constatée.

La mesure qui a embrasé les radars

Ironie de cette histoire, l'impopularité de la limitation à 80 km/h sur le réseau secondaire, mise en place sur près de 400.000 km de route le 1er juillet 2018, a finalement provoqué une réaction de colère à l'encontre de ces fameux radars. La France a en effet connu une vague sans précédent de dégradations des cabines, plus ou moins liée au mouvement des gilets jaunes qui prend forme à partir du 17 novembre de cette même année.

En s'inspirant de Jacques Chirac, Edouard Philippe a donc en quelques sortes détruit son œuvre. "En 10 ans, entre 2003 et 2012, les radars ont permis de sauver 23.000 vies", indique le site officiel de la sécurité routière. En décembre 2018, avec 60% de radars hors service, la mortalité s'affiche pourtant à un niveau historiquement bas, souligne la Ligue de Défense des Conducteurs. Le lien de causalité entre installation des radars et réduction du nombre de morts, mis en avant depuis près de 20 ans par l'exécutif, ne paraît plus si évident.

"Une connerie", difficile à rattraper

L'entêtement d'Edouard Philippe aurait en outre agacé Emmanuel Macron. "Les 80 km/h, je n'y suis pour rien, c'est mon Premier ministre. C'est une connerie", aurait lâché le président de la République à Laurent Wauquiez, indiquait fin janvier 2019 un article du Parisien.

Quelques jours plus tôt, lors de l'ouverture du grand débat national, Emmanuel Macron avait entamé un début de revirement, se disant ouvert à "des aménagements". Edouard Philippe ne peut plus vraiment faire semblant d'ignorer les critiques: le 16 mai, dans une interview à Franceinfo, il donne un avant-goût de ce qui sera confirmé un peu plus tard: "Si les présidents de conseil départemental souhaitent prendre leurs responsabilités, je n’y vois aucun inconvénient", déclare le locataire de Matignon.

Ce sera en effet la formule retenue pour ce rétropédalage, laissant le choix aux départements de revenir aux 90 km/h. Une sortie de crise qui n'en est pas vraiment une. Cette décision est notamment critiquée comme l'expression d'une certaine forme de lâcheté politique, créant au passage de la confusion sur la règle générale à suivre sur les routes concernées: les départementales à double sens et sans séparateur central. Deux ans presque jour pour jour après la mise en place des 80km/h, 15.000 km de routes sont déjà repassées à 90 km/h.

https://twitter.com/Ju_Bonnet Julien Bonnet Journaliste BFM Auto