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Sea Shepherd: 5 militants arrêtés pour avoir tenté d'empêcher un massacre de dauphins

Les images sont choquantes. Mais les autorités danoises laissent se perpétuer une cruelle tradition des Iles Féroé: le massacre de dauphins. Cinq activistes de l'ONG Sea Shepherd, dont un Français, ont été arrêtés pour s'être interposés. De leur côté, les autorités locales affirment défendre "une chasse régulée, durable et faisant partie intégrante du mode de vie féringien".

Le dauphin globicéphale encore appelé "baleine pilote" est une espèce protégée, mais certaines traditions de pêche locales s'affranchissent de cette considération. Ainsi, jeudi des habitants des Iles Féroé, qui dépendent du Danemark, ont exterminé en deux fois, vers 16 et 20 heures, quelque 283 cétacés rabattus vers la plage de Thorshavn par une quarantaine de bateaux.

L'ONG Sea Shepherd, qui s'est donné pour mission de défendre la faune et la flore marine, avait tenté d'empêcher ce massacre qui n'a épargné aucun des mammifères marins pourchassés. Les cinq militants, de nationalités française, sud-africaine, belge, italienne et luxembourgeoise, ont tous été arrêtés par les autorités locales. "Nous attendons des nouvelles de notre avocat cet après-midi", explique à BFMTV.com Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France. Après que la "législation locale s'est durcie après nos actions de l'année dernière, ils (les militants Sea Shepherd, Ndlr) risquent jusqu'à deux ans de prison contre quatre mois auparavant, pour s'être interposés dans une opération de pêche légale", explique-t-elle.

Les cris des dauphins massacrés

La page Facebook de l'ONG montre des images de cette curée, dans une mer rougie par le sang de ces "dauphins pilotes" connus pour suivre l'étrave des bateaux. Une séquence mise en ligne sur YouTube montre aussi comment la flottille a forcé les animaux à s'échouer pour tomber dans un piège mortel. Comme le précise l'organisation, ces images accompagnées des cris des cétacés sont "difficiles".

Dans un courrier adressé à BFMTV.com, le bureau de Kaj Leo Johannesen, Premier ministre des Iles Féroé, convient que "la chasse à la baleine pilote est tragique et sanglante de par sa nature". Et d'expliquer: "Des troupeaux entiers de baleines sont tués sur les côtes et dans les baies peu profondes à vue ouverte. Naturellement, il en résulte une grande quantité de sang dans l'eau."

Le dauphin globicéphale, comme dix autres espèces de delphinidés, est pourtant "strictement protégé par les conventions internationales de Berne (1979, Ndlr) et de Bonn (1979 aussi, pour les espèces migratrices, Ndlr) que le Danemark a ratifiées". Mais alors comment expliquer l'appui des forces de l'ordre et l'arrestation des militants de défense des animaux? "Les massacres de dauphins sont autorisés, car le Danemark a obtenu une dérogation pour les Îles Féroé".

Là encore, les autorités féringiennes justifient qu'"il s'agit d'un droit du peuple féringien à utiliser ses ressources naturelles". Et que cette chasse de fait en "conformité avec le droit international". Un point que, du reste, Sea Shepherd ne conteste pas.

"Ces massacres ont eu lieu pendant des siècles"

Devant la violence des images et la participation enthousiaste de dizaines d'habitants la question qui s'impose est simplement: "Pourquoi?" "Ils le font essentiellement par tradition", explique Lamya Essemlali. "Ces massacres ont lieu pendant des siècles et ils ont dû avoir une certaine forme de nécessité par le passé, mais ils ne sont plus justifiés du tout. Les Iles Féroé bénéficient d'un des plus hauts niveaux de vie en Europe et sont très correctement approvisionnées". Et "contrairement à ce qui se passe au Japon", une concurrence supposée des mammifères envers les pêcheurs n'entre pas ici en ligne de compte.

Cette version est vivement contestée par l'administration féringienne. Selon elle, cette "espèce est abondante dans l'Atlantique Nord". "Les captures pratiquées aux Iles Féroé sont durables, réglementées et respectueuses du bien-être animal", explique encore le communiqué qui renvoie vers le site
"Whaling.fo" valorisant cette pratique.

Une viande quasiment impropre à la consommation

Comment justifier une telle tradition, aussi cruelle soit-elle? Les Féringiens sont-ils particulièrement friands de viande de dauphin? "Ils ne le peuvent plus", explique en substance l'activiste. "Le taux de mercure et de PCB contenu dans la viande est dix fois supérieur au seuil toléré en Europe. Le corps médical féringien a largement déconseillé de consommer cette viande après de multiples problèmes de retards mentaux chez les enfants et de maladie neurodégénérative, comme la maladie de Parkinson. Le mercure attaque directement le système nerveux". Sans surprise, les autorités féringiennes protestent soutenant que "la viande et la graisse fournissent un complément précieux pour les ménages des Iles Féroé".

Quant à savoir si l'espèce est réellement en danger, Lamya Essemlali qui travaille sur ce sujet depuis des années avoue ne pas disposer "de données suffisantes" pour l'affirmer de manière définitive. "Une recherche scientifique serait nécessaire pour établir le nombre de dauphins actuel", précise-t-elle. Avant de faire remarquer qu'outre ces massacres, ces cétacés "sont victimes de la surpêche, du réchauffement climatique et que les populations sont très clairement en déclin". "Dans quelle mesure exactement, on ne le sait pas", conclut-elle.