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La taxation des CDD au cœur des dernières négociations entre syndicats et patronat

En 2012, deux tiers des contrats signés étaient des contrats courts, un cihffre en hausse constante

En 2012, deux tiers des contrats signés étaient des contrats courts, un cihffre en hausse constante - -

Jeudi et vendredi, syndicats et patronat vont se rencontrer une dernière fois pour tenter de trouver un accord sur la réforme du marché du travail. Au cœur des enjeux : la taxation des CDD, condition sine qua non pour les syndicats.

Vont-ils réussir à se mettre d’accord ? Le gouvernement avait proposé aux partenaires sociaux de s’emparer de la réforme du marché du travail, un vaste sujet que patronat et syndicats ont négocié ces dernières semaines sans réussir à trouver un compromis. Avant la date butoir fixée à vendredi soir par le gouvernement, les partenaires se retrouveront donc jeudi et vendredi pour une rencontre de la dernière chance.
La patronne du MEDEF Laurence Parisot se dit « très pessimiste » en raison « de nombreux points durs » et d' « une surenchère inacceptable », alors que la CGT et FO appellent à manifester devant le siège du Medef. Au cœur des disputes, la taxation des contrats courts dont quatre des cinq syndicats (CGT, CFDT, CFTC et FO) font un impératif, alors que le Medef n’en veut pas.

« Fort développement de la précarité »

Les entreprises semblent en effet avoir de plus en plus recours aux CDD sans forcément qu’il y ait de justification économique. « Chaque année, vous avez à peu près 21 millions de contrats signés, dont 14 millions de contrats de moins d’un mois, soit deux tiers de CDD extrêmement courts, relève Eric Heyer, économiste à l’OFCE. En 2000, ça ne représentait qu’un tiers, et c’est une augmentation qui est continue. Donc effectivement, il y a un fort développement de cette précarité, avec ces emplois très courts ».

« On a le loyer, les factures, on n’est pas tranquilles »

Maelle, 24 ans, connaît bien cette précarité. Elle a signé trois CDD de suite dans l’entreprise pharmaceutique où elle travaille comme commerciale. « Quand j’ai cherché du boulot, je n’ai pas vu beaucoup d’offres pour des CDI. Tous mes amis qui ont commencé à bosser, ça a été des CDD. J’ai un pote qui a commencé avec un CDD de six mois, là on le prolonge avec un CDD de 6 mois, la boite lui dit qu’ils veulent le garder, mais ils le prolongent ! Quand on ne sait pas ce qu’il y a derrière le CDD, il y a de l’inquiétude, parce qu’on a le loyer, les factures à payer, on n’est pas tranquilles. Je n’ai pas envie, dans un an, d’être renouvelée pour un CDD d’un an ».

« Un système de bonus-malus »

C’est pour éviter cette situation que les syndicats se battent contre les CDD. Stéphane Lardy, qui mène les négociations pour Force ouvrière, regrette que des entreprises « utilisent les CDD pour pourvoir durablement à l’activité permanente de l’entreprise. Elle pourrait embaucher des CDI, mais elle ne le fait pas, parce qu’elle préfère avoir une main d’œuvre précaire ». La solution défendue par les syndicats : « un système de bonus-malus. Une entreprise qui abuse de CDD va payer un malus, ceux qui jouent le jeu ont un bonus, c’est-à-dire qu’ils payent moins de cotisations à l’assurance chômage ». Mais pour l’instant, le patronat n’en veut pas.

« Tester quelqu’un avant de le prendre en CDI »

Stéphane Brousse, chef d'entreprise et président du MEDEF en PACA, reconnaît qu’il y a un problème. « C’est vrai que beaucoup de jeunes ne sont plus embauchés directement en CDI, mais en CDD, pour une période probatoire qui devrait être une période d’essai, c’est ça le problème à régler. Et je pense qu’avec un certain nombre de syndicats, on est d’accord là-dessus ». En revanche, pas question, selon lui, de taxer les CDD. « Après, on ne l’est pas sur le remède. Ça ne sert à rien de les taxer, ce n’est pas parce que vous allez le faire que vous aurez moins besoin de souplesse. Moi, mon problème, c’est de tester quelqu’un avant de le prendre de façon définitive en CDI. C’est ça, notre problème à régler ! »

Mathias Chaillot avec Antoine Perrin