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L’UFC-Que Choisir remet en question l’efficacité des "probiotiques"

Ces micro-organismes ont pour vertu de pouvoir rééquilibrer les microbiotes, notamment humains, et d'être bénéfiques pour la santé. Mais la grande variété et complexité de ces organismes vivants rend leur prescription médicale délicate.

"Probiotiques: notre microbiote peut s'en passer" titre Que Choisir dans son numéro de décembre 2019. Le mensuel de l'association Union fédérale des consommateurs publie un dossier s'attaquant à la commercialisation des "probiotiques" qui se vantent de prendre soin de notre santé, via notre microbiote. 

Le microbiote est "l'ensemble des micro-organismes - bactéries, virus, parasites, champignons non pathogènes, dits commensaux - qui vivent dans un environnement spécifique", ici dans notre organisme, explique l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).
  • Qu'est-ce qu'un probiotique?

Les probiotiques sont des micro-organismes vivants qui, ingérés en quantité suffisante, peuvent avoir un effet bénéfique sur la santé en améliorant notre flore intestinale. Cette dernière est constituée de 2kg de micro-organismes. Le microbiote intestinal "joue un rôle dans les fonctions digestive, métabolique, immunitaire et neurologique" précise l'Inserm.

"Pour certaines infections intestinales récalcitrantes aux antibiotiques en transplantant le microbiote d’une personne saine à un malade, on parvient à le guérir quasi instantanément", écrit Que Choisir, qui précise que le microbiote peut également influer sur des maladies auto-immunes telles que des cancers ou des maladies neurologiques. 

  • "Aucune allégation de santé n’est à ce jour autorisée pour ces bactéries"

Mais si la science a mis en avant ces capacités de micro-organismes vivants, les "probiotiques" distribués en pharmacie ne sont pas pour autant vus d'un bon oeil. Dans un rapport sur les compléments alimentaires, la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), pointe du doigt "l’usage d’allégations de santé portant sur les micro-organismes (telles que le terme 'probiotiques')". 

"Ces affirmations visent les fonctions immunitaires, la digestion et sont quelquefois associées aux enfants. Or, aucune allégation de santé n’est à ce jour autorisée pour ces bactéries", écrit la DGCCRF.

Le monde du micro-organisme est particulièrement complexe, et le microbiote intestinal est propre à chaque individu, si bien que "les données issues de décennies de recherches sur l’efficacité des probiotiques dans la prévention et le traitement des maladies demeurent contradictoires, controversées et déroutantes", explique à Que Choisir le Pr Philippe Marteau gastro-entérologue à l’hôpital Saint-Antoine de Paris.

Il précise également qu'il "faut raisonner au cas par cas". Certains individus seraient par exemple "hospitaliers" vis-à-vis de certaines bactéries probiotiques et d'autres non.

  • Des compléments alimentaires et non des médicaments

Les souches microbiotiques mises en vente n'ont ainsi ni le droit de porter le nom de "probiotiques", ni de se vanter de leurs effets sur la santé. Ils apparaissent comme compléments alimentaires, sous des noms aux consonances se rapprochant parfois fortement du mot "probiotique".

Or "comme ce sont des compléments alimentaires, les fabricants n'ont pas à faire la preuve de l'efficacité avant la mise sur le marché contrairement aux médicaments", explique à BFMTV Fabienne Maleysson, journaliste auteure de l'étude pour Que Choisir. "En fait les fabricants ne prennent pas souvent la peine de mener ces études parce qu'elles sont très chères et ce n'est pas nécessaire puisque finalement ça se vend sans qu'il y ait besoin de ces preuves".

Ainsi, les chercheurs proposent que les probiotiques soient catalogués comme des médicaments non comme des compléments alimentaires, afin que leur efficacité puisse être testée avant leur mise sur le marché. La direction marketing de PiLeJe, leader du secteur des ventes de souches microbiotiques, assure à Que Choisir avoir "l’adhésion des médecins et des pharmaciens" dans ses ventes et avoir "plusieurs études cliniques en cours".

  • Des effets dangereux sur la santé?

Dans une étude de 2012, des chercheurs de l'Inra (institut national de la recherche agronomique) explique que la bactérie l’Escherichia coli Nissle 1917, utilisée parfois chez les patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, peut également s'avérer toxique et "augmenter le risque déjà élevé pour ces patients de développer un cancer du côlon". "Cette découverte démontre l’importance d’une meilleure connaissance des modes d’action des probiotiques", écrivent les chercheurs.

Plus récente, une étude de 2018 du "Medical College of Georgia at Augusta University", menée par des neurogastroentérologues, a étudié 30 patients. Les 22 qui ont signalé des problèmes de confusion ou encore des difficultés de concentration prenaient tous des probiotiques. La consommation de ces bactéries avait entraîné chez eux la sur-création d'acide lactique dans leur intestin, ce qui avait entraîné les problèmes cérébraux.

Cela ne signifie pas qu'ingérer des probiotiques est forcément dangereux pour la santé, mais il s'agit d'une automédication à ne pas prendre à la légère, et qui peut avoir des effets secondaires sur la santé.

Salomé Vincendon