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Coronavirus: en Île-de-France, la tension s'accentue dans les services de réanimation

Désormais, près de la moitié des lits de réanimation disponibles dans la région sont occupés par des patients Covid, ce qui oblige les hôpitaux à ouvrir d'autres lits et à déprogrammer des opérations.

Le risque de saturation des services de réanimation pèse à nouveau sur les hôpitaux d'Île-de-France. Désormais, plus de 40% des lits de la région sont occupés par des patients traités pour le Covid-19, ce qui représente 449 malades. Résultat, les hôpitaux doivent ouvrir des lits de réanimation supplémentaires, ce qui les oblige mécaniquement à déprogrammer d'autres opérations. En d'autres termes, faire de la place.

"On retombe à l'état de guerre qu'on espérait éviter cette fois-ci", a constaté ce mardi sur BFMTV Jean-François Timsit, chef du service de réanimation à l'hôpital Bichat. La tension, "elle nous arrive dessus, très, très fort, avec des flux de patients incessants et plus de place du tout", s'est-il alarmé.

"Chaque fois qu'on ouvre quatre lits, ils sont pleins dans les quatre heures, (...) la situation est extrêmement tendue", a-t-il expliqué. "Généralement ça commence toujours dans le nord de Paris, pour aller vers le sud. (...) Pour l'instant le sud a encore un tout petit peu de réserve. Et donc on a encore les moyens de passer des malades là-bas, mais la situation va clairement s'aggraver très vite et on est très inquiets"

Une tension forte sur les soignants

D'après notre consultant santé Alain Ducardonnet, il y a d'abord un phénomène mathématique, lié au fait que parmi les patients hospitalisés pour des cas de Covid-19, environ 20% vont passer en réanimation à un moment ou à un autre.

"Deuxième élément, on arrive aujourd'hui (à la) situation où on est habituellement en décembre-janvier, où (...) on a la grippe qui occupe les lits", ajoute-t-il.

Pour pallier ce risque, il y a d'abord les mesures de restriction et de distanciation annoncées par les autorités à Paris et en petite couronne, censées freiner la propagation du virus, mais dont les effets ne pourront se mesurer que dans une douzaine de jours.

Il est par ailleurs nécessaire de "s'adapter à la situation actuelle", estime Alain Ducardonnet. "Ça veut dire travailler sur les personnels (de santé), essayer de les retenir, parce que c'est le problème de l'hôpital; essayer d'avoir des nouveaux personnels, c'est le problème de la formation", précise-t-il.

"L'enjeu principal est celui des ressources humaines", notait ce lundi Aurélien Rousseau, directeur général de l'Agence régionale de Santé d'Île-de-France. "Nous sommes équipés en respirateurs, nous sommes équipés en médicaments, nous sommes équipés en équipements de protection individuelle pour les soignants, mais évidemment la tension sur les ressources humaines est extrêmement forte."

"Personnel fatigué"

De son côté, Jean-François Timsit le confirme, certains hôpitaux parisiens sont "saturés". "On a ouvert des lits supplémentaires, on a déprogrammé des blocs opératoires, on ne sait pas comment s'en sortir", prévient-il, évoquant le système de transfert de malades mis en place par l'AP-HP.

Celui-ci se met toutefois en place "avec beaucoup plus de difficultés" que par le passé, "avec clairement pas la même motivation": "L'ensemble du personnel est fatigué."

"On est en train d'entrer dans une situation d'alerte assez forte" même si, dit-il, "on va y arriver d'une manière ou d'une autre".

Et la saturation des hôpitaux franciliens pourrait encore s'aggraver. "Dans les 15 prochains jours, nous savons que nous arriverons autour de 50% des lits de réanimation occupés par des patients Covid", déclarait ce lundi Aurélien Rousseau.

Jules Pecnard Journaliste BFMTV