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Cas de peste en Chine: peut-on craindre un retour de la maladie?

La bactérie de la peste bubonique

La bactérie de la peste bubonique - CDC - AFP

La multiplication ces dernières années de cas de la maladie pourrait laisser penser à un retour en force de la peste. Un scénario pourtant bien éloigné de la réalité.

Faut-il avoir peur d’un retour en force de la peste? En fin de semaine dernière, les autorités sanitaires chinoises ont annoncé le déclenchement d’une alerte de niveau 3, sur une échelle qui en compte 4, après la découverte d’un cas de peste bubonique en Mongolie intérieure, une région au nord de la Chine.

Si les causes de cette contamination sont pour l’heure inconnues, de forts soupçons se portent vers les habitudes culinaires locales. Comme le signale l’agence de presse chinoise Xinhua, il a en effet été expressément demandé de ne plus consommer d’animaux susceptibles de transmettre la maladie, entre autres la marmotte, dont la viande consommée crue est selon certaines croyances censée apporter bonne santé. De plus, les habitants sont appelés à signaler toute découverte de ces animaux, et d'autres rongeurs, malades ou morts.

Pour autant, contacté par BFMTV. com. Jean-Paul Stahl, professeur de maladies infectieuses et tropicales au CHU de Grenoble, tient immédiatement à rassurer sur une éventuelle résurgence au niveau mondial et ses conséquences.

"La peste est devenue assez banale, c'est une bactérie qui se traite très bien, elle n'est pas bénigne mais elle se traite assez facilement", assure-t-il.

Deux formes de peste persistent

Selon l'OMS, il existe en réalité deux types de peste. La peste bubonique, identique à celle repérée en Chine ces derniers jours, qui est la forme la plus courante de la maladie, mais aussi la moins "grave." Elle est causée par la piqûre d’une puce infectée sur un rongeur, qui profite de sa morsure pour pénétrer dans l’organisme du patient et développer une bactérie nommée Yersinia pestis. Les symptômes sont les suivants: les ganglions s’enflamment et terminent par s’ulcérer et suppurer.

Deuxième type, bien plus grave et virulent, la peste pulmonaire, qui est également la plus rare. A la différence de la peste bubonique, cette dernière peut se transmettre d’individu à individu par les gouttelettes respiratoires et peut être bien plus fréquemment mortelle. Si la prise en charge médicale est rapide, dans la journée qui suit les premiers symptômes, elle est toutefois guérissable. La peste bubonique peut, si elle n’est pas prise à temps en charge, se transformer en peste pulmonaire.

"Dans les cas de forme pulmonaire de la peste, la maladie commence comme une pneumonie particulièrement sévère (fièvre, toux, douleurs dans la poitrine), qui évolue très rapidement vers une septicémie, qui est une infection généralisée, mortelle en quelques jours… et surtout très contagieuse", détaille de son côté le docteur Jean-François Lemoine, auprès du site spécialisé Pourquoi Docteur.

Si cette maladie est à ce point redoutée, même encore de nos jours, c'est pour sa place laissée dans l'imaginaire collectif. Au XIVe siècle, la pandémie appelée peste noire avait, de manière extrêmement violente, touché une large partie de l'Europe, de l'Afrique et de l'Eurasie, faisant, dans une estimation large, entre 75 et 200 millions de morts. Pour le simple continent européen, il est estimé que 30 à 50% de la population d'alors avait disparu.

Possibilité d'un retour en France?

Pour autant, la peste n'est pas un fléau qui appartient complètement au passé. Ces dernières années, plusieurs foyers de la maladie ont été recensés et entre 2010 et 2015, 3248 cas ont été recensés dont 584 mortels, rapporte encore l'OMS. Particulièrement touchée, l'île de Madagascar, où une épidémie avait fait plus de 100 morts en l'espace de quelques semaines en 2017. L'année d'après, la maladie était de nouveau réapparue, à un degré moindre, et plusieurs décès avaient malgré tout été rapportés sur l'île.

"L’une des explications pourrait être la baisse de la vigilance des autorités de santé au fil des ans. Tant qu’un pays se sait infecté par la peste, de nombreuses mesures de surveillance sont mises en place et les traitements antibiotiques mis en place. Avec ces précautions, l’épidémie ne prend pas. Mais comme les cas deviennent rares, certains pays baissent la garde", avance Jean-François Lemoine, toujours dans les colonnes de Pourquoi Docteur.

La Chine, outre les récents cas, est également fréquemment citée comme étant un foyer de la peste. L'année passée, Midi-Libre faisait état de deux cas recensés à Pékin, la capitale, ainsi que d'un troisième, dans le nors du pays. Ce dernier aurait consommé un lapin qu'il venait de chasser.

Cependant, ces différentes alertes ne seraient pas synonymes d'une résurgence violente de la peste. "Il y en a même aux États-Unis dans les parcs nationaux, c'est une bactérie qui est connue", tempère encore Jean-Paul Stahl. Quant à un possible retour de la maladie en France, il ne serait possible "que par des cas importés", ajoute encore ce dernier.
"La dernière grande épidémie en France date d’il y a 3 siècles ! Entre 1720 et 1723, une épidémie de peste à Marseille et sa région avait fait près de 120.000 morts sur les 400.000 habitants que la région comptait à cette époque!", souligne encore Jean-François Lemoine, qui assure cependant que la multiplication des rats à Paris pourrait, à moyen et long terme, devenir un problème de santé publique.

Une maladie facilement soignable

Ainsi, la peste, si elle connaît encore quelques résurgences éparses, ne semble pas sur le point de redevenir un problème sanitaire majeur. D'autant que si le diagnostic est posé à temps, une simple prise d'antobiotiques permet de soigner totalement de la maladie.

"Le bacille de la peste est toujours sensible aux antibiotiques, ce qui a permis avec des mesures d’hygiène de ne plus avoir ces terribles vagues épidémiques. Mais encore faut-il avoir accès à ces médicaments, ce qui n’est pas toujours le cas dans certaines régions", précise le docteur Jean-François Lemoine.

A l'heure actuelle, des vaccins existent bien, souligne l'OMS, mais leur injection n'est pas sans conséquences, en raison de forts effets secondaires.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV