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Anorexie: "Je mangeais juste une pomme par jour", témoigne l'ex-mannequin Victoire Dauxerre

L'ancienne mannequin Victoire Dauxerre a témoigné pour BFMTV de son expérience avec l’anorexie.

L'ancienne mannequin Victoire Dauxerre a témoigné pour BFMTV de son expérience avec l’anorexie. - BFMTV

L'Assemblée nationale vient d'adopter toute une série de mesures pour lutter contre l'anorexie, et notamment l'emploi de jeunes femmes trop maigres par les agences de mode. Sur BFMTV, l'ancienne mannequin Victoire Dauxerre est revenue sur les années où elle ne mangeait plus pouvoir défiler. Témoignage.

Elle a connu le crépitement des flashs, alors qu'elle posait pour de grands créateurs. Ainsi que l'adrénaline suscitée par le fait de défiler sur un podium de mode, sous les paillettes. Alors que les députés français sont partis à l'offensive contre l'anorexie en votant plusieurs amendements interdisant par exemple l'emploi de mannequins jugés trop maigres dans le cadre du projet de loi Santé, Victoire Dauxerre est venue témoigner ce vendredi soir sur BFMTV de l'enfer induit par la course à la maigreur dans son ancienne profession.

Bientôt âgée de 23 ans, cette jeune femme rappelle tout d'abord comment a débuté sa carrière dans le mannequinat. "J'ai d'abord été repérée dans la rue, parce que j'étais déjà très mince", explique-t-elle sur notre antenne. Sauf que dans ce milieu, plus les modèles sont maigres, mieux c'est. "Le problème c'est que tout de suite il y a une pression extrême pour entrer dans une taille 32 quand on fait 1m80", détaille-t-elle.

"Pour y arriver, il faut soit ne plus manger, soit prendre des laxatifs, soit se faire vomir." Débute alors un cercle vicieux. "Plus on est maigre, plus on défile. C'est ce que font toutes les mannequins", assure Victoire Dauxerre.

"Morphologiquement, ce n'est pas possible"

Les professionnels du monde de la mode demandent-ils clairement aux mannequins d'arrêter de se nourrir? Pas directement, selon la jeune femme. "Quand on nous demande d'entrer dans une taille si petite quand on est si grande, morphologiquement, ce n'est pas possible", insiste-t-elle. "Donc vous êtes obligée de ne pas manger."

Au pire de sa période anorexique, Victoire Dauxerre ne s'est jamais fait vomir pour perdre du poids. Ce qui ne l'a pas empêchée d'avoir recours à d'autres extrémités pour conserver sa maigreur absolue. "Je ne mangeais absolument pas", se remémore-t-elle. "Je prenais une pomme par jour, je buvais beaucoup de Coca-Light et mangeais beaucoup de chewing-gums car ça coupe la faim." Un comportement que toutes ses collègues adoptaient, selon elle.

"Avec la spirale des paillettes, c'est difficile d'en sortir"

Très vite soucieux pour la santé de leur fille, les parents de Victoire Dauxerre ont rapidement tenté de la convaincre d'arrêter ce métier. Mais, concède l'ancienne mannequin, ce n'était pas facile. "Très vite, c'est la spirale, ce sont les paillettes et c'est difficile d'en sortir."

D'ailleurs elle l'avoue sans mal, ce n'est pas la question de l'anorexie qui l'a décidée à tout quitter. "Ce qui m'a fait arrêter, c'est qu'on me traitait vraiment comme un objet", précise-t-elle. "Un jour, lors d'un shooting sous un pont à Paris, alors que j'étais en sous-vêtements en plein hiver, on m'a demandé d'attendre dans le froid. Ce que j'ai refusé de faire", raconte la jeune femme. "C'est alors que mon agence m'a contactée pour me dire: 'tu es mannequin, tu n'as pas à te plaindre, tu fais ce qu'on te demande ou tu quittes ce métier'." C'est qu'elle a finalement fait.

Les mesures votées vont-elles être efficaces?

Interrogée sur les nouvelles mesures adoptées par l'Assemblée pour lutter contre l'anorexie, Victoire Dauxerre salue un premier pas "merveilleux" et remercie Olivier Véran, le député PS de l'Isère, à l'origine de ce texte. 

Reste toutefois à faire évoluer certaines mentalités. "Ce sont pas les agences qui imposent ça, mais bien les créateurs qui ont une image idéale de la femme extrêmement maigre aujourd'hui", souligne-t-elle. "Il faut à l'avenir qu'ils recherchent des mannequins minces, et pas maigres. Ce n'est pas une question discriminatoire, juste une question de bonne santé", conclut-elle.

https://twitter.com/jmaccaud Jérémy Maccaud Chef d'édition BFMTV