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Le baromètre des éditorialistes - "Marion Maréchal-Le Pen est une star, c'est une tuile pour le FN"

Après l'annonce du retrait de Marion Maréchal-Le Pen de la politique, les éditorialistes de BFMTV analysent les raisons officielles et officieuses, ainsi que les conséquences de ce départ plusieurs fois évoqué mais inattendu.

Quelques jours à peine après la nette défaite de sa tante au second tour de la présidentielle, Marion Maréchal-Le Pen se retire temporairement de la vie politique, affaiblissant un peu plus le Front national et Marine Le Pen en vue des législatives. Ce mercredi matin sur notre antenne, nos éditorialistes Laurent Neumann et Christophe Barbier analysent les raisons plus ou moins officielles et les conséquences de cette décision, qui a fait l'effet d'un séisme dans le parti d'extrême droite.

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> Laurent Neumann: "C'est une tuile pour le FN, Marion Maréchal-Le Pen est une star"

"C’est une tuile pour le Front national, une tuile pour Marine Le Pen, pour une raison très simple: Marion Maréchal-Le Pen, c’est la star du Front national, elle est vécue comme ça par les militants de base, par toute une partie des électeurs. Et surtout elle permettait de rééquilibrer l’image de Marine Le Pen elle-même. Elle prend cette décision, dit-elle, pour des raisons personnelles, elle veut s’occuper de sa fille. Elle prend cette décision aussi pour des raisons politiques, elle lui envoie un message: on ne peut pas dire qu’on veut changer la politique, qu’il ne faut pas s’accrocher à son poste et qu’il faut changer les cadres de la politique et continuer à eux deux, le grand-père et la tante. La présidentielle est à eux deux, ce ne sont pas des novices de la politique. Elle dit 'je vais aller dans le privé, je vais aller prendre d’autres expériences, et je reviendrai'. C’est provisoire. Pour une raison simple, c’est qu’elle a quelque chose d’essentiel: elle a le nom, la marque. Et dans ce parti, le nom Le Pen est absolument indispensable. Or que s’est-il passé pendant cette campagne? Marine Le Pen a tout fait pour effacer le nom, effacer le Front national. Elle est même en train de préparer une transformation profonde où le mot Front national va définitivement disparaître. Alors Marion Maréchal-Le Pen attend de savoir quelles sont ces transformations, elle ne veut pas y participer parce que beaucoup, à l’intérieur du parti, la poussent à aller affronter sa tante. Elle ne veut pas de ça, c’est une famille d’Atrides, ils se sont tellement déchirés, qu’elle ne veut pas à nouveau s’opposer à elle. Elle reviendra, je vous en prends le pari".

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> Christophe Barbier: "Si elle revient à la politique ce ne sera pas forcément par le FN"

"Il y a des raisons politiques et des arrière-pensées derrière ce départ. Les raisons personnelles sont respectables, les raisons de carrière aussi. On reproche aux élus de s’accrocher toute leur vie, la politique ce n’est pas un métier, c’est un mandat. Pourquoi ne pas partir puis revenir? Mais il y a des raisons politiques, elle voit bien aussi que le plafond de verre est incassable. Le Front national n’y arrivera jamais tant qu’il n’aura pas complètement muté. Or elle se rend compte que cette mutation, elle ne pourra pas l’opérer. Prendre le pouvoir dans le parti, ça n’est pas possible avec une candidate, Marine Le Pen, qui a rassemblé 10 millions d’électeurs au second tour, même si elle a commis des erreurs énormes, dont le débat télévisé qu’elle a complètement raté.

Pour Marion Maréchal-Le Pen c’est un jet d’éponge. Les arrière-pensées à mon avis c’est que si elle revient, quand elle reviendra, ça ne sera pas forcément par le Front national. On voit bien que Marion Maréchal-Le Pen ne pourra faire carrière que si se crée quelque chose qui ressemble davantage à un bloc national, à un bloc des droites. C’est-à-dire où il y a de vraies collaborations avec la droite des Républicains. Donc elle doit attendre la décomposition de ce camp-là pour construire quelque chose. Le problème pour Marion Maréchal-Le Pen, c’était Marine Le Pen. Comme pour Marine Le Pen c’était Jean-Marie. Pour Marine Le Pen il y a un soulagement, elle n’est plus contestée à l’intérieur du parti. Seule sa nièce pouvait prendre de manière crédible la tête d’une fronde contre elle, contre la ligne incarnée par Florian Philippot. La mutation que Marine Le Pen a opérée au second tour, elle va pouvoir l’opérer tranquillement, avec, dans plusieurs mois, un congrès ordinaire."
C.V.