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Frigide Barjot et la Manif pour tous, un avenir politique loin d’être acquis

La porte-parole du collectif de la Manif pour tous, Frigide Barjot

La porte-parole du collectif de la Manif pour tous, Frigide Barjot - -

L’ancienne porte-parole du collectif de la Manif pour tous souhaite passer à la "phase politique" de la contestation. Un terrain sur lequel elle n’est pour l’instant pas attendue.

"C'est la fin du temps des manifestations et je pense que la Manif pour tous a fait son temps. (…) La loi s'applique, il faut passer à une phase politique de contestation des changements de la loi parce que l'on change de civilisation". Frigide Barjot a tourné dimanche la page de la Manif pour tous, à la fois par ses propos sur BFMTV mais aussi par son absence, hautement symbolique, à la manifestation organisée dimanche contre le mariage homosexuel et présentée comme la dernière.

En enterrant ainsi le mouvement dont elle a été la porte-parole très médiatique, Frigide Barjot prépare la mutation politique de son combat. Mais la Manif pour tous, ou ce qui lui succèdera, a-t-elle sa place sur l’échiquier politique français?

L'impossible parti "Frigide Barjot"

"La difficulté pour ce type de mouvement est de se structurer et d’exister au-delà de son principal thème de contestation (ici, le mariage homosexuel), souligne Eddy Fougier, politologue spécialiste des mouvements contestataires à l’Iris. La Manif pour tous se base sur une logique idéologique qui a perdu de sa substance puisque la loi a été promulguée, qu’elle est relativement acceptée par les Français et que les premiers mariages homosexuels vont être célébrés."

En clair, vidé de sa substance, le combat des militants de la Manif pour tous semble condamné. A moins de trouver un second souffle, plus large et sous une autre forme. "A part contester le mariage homosexuel, qu’a-t-elle à proposer?", a ainsi lancé Marine Le Pen lundi matin sur BFMTV, résumant de fait l’impasse dans lequel se trouve désormais le mouvement. Muer en parti politique, à la manière du Tea Party auquel la Manif pour tous a souvent été comparé? La question semble tranchée. "Je doute que la Manif pour tous parvienne à se transformer en parti sous la houlette de Frigide Barjot", poursuit Eddy Fougier, qui s’interroge d’ailleurs sur la réalité de l’ambition politique de Frigide Barjot. "Elle a été prise à son propre piège de la notoriété, qui lui a valu ces derniers jours des menaces et une mise sous protection policière. Pas sûr qu’elle veuille encore rester la passionaria de ce combat."

Alliances locales et récupération politique

De la rue aux urnes, l’autre alternative, plus probable selon Eddy Fougier, consiste à pactiser avec certaines personnalités politiques. C’est tout l’enjeu du site "Avenir pour tous", nouveau mouvement présenté lundi matin sur RFI par Frigide Barjot et autour duquel elle compte fédérer "les gens de bonne volonté", dont Ségolène Royal.

Car si Frigide Barjot ne convainc pas sur son seul nom, elle pourrait toutefois tirer parti des prochaines échéances électorales pour peser localement. "Les élections municipales et européennes sont souvent favorables à l’opposition, souligne Eddy Fougier. Or, les politiques ne sont pas restés insensibles au discours de la Manif pour tous. Les partis traditionnels risquent donc fort de tenter de récupérer cet élan conservateur."

La danse du ventre a déjà commencé. Marine Le Pen a ainsi raillé lundi matin Jean-François Copé, le président de l’UMP "venu avec son carnet d’adhésion" à la manifestation dimanche, tandis que Guillaume Peltier veut faire de la position sur le mariage homosexuel un enjeu pour les municipales à Paris, quitte à mettre en danger la candidate favorite de la primaire UMP, Nathalie Kosciusko-Morizet. Pour une raison simple: "L'UMP, qui a besoin d'un renouvellement générationnel de sa base, va être obligée de prendre langue avec ces militants associatifs très actifs", estime ainsi Pascal Perrineau, cité par Le Monde (article payant).

Au point que certains politologues estiment que les militants Manif pour tous d’aujourd’hui pourraient être les cadres UMP de demain. "Les militants les plus engagés et les plus brillants de La Manif pour tous peuvent devenir des cadres UMP", selon le politologue Thomas Guénolé qui cite en exemple le PS dont plusieurs responsables (Harlem Désir, David Assouline, Bruno Julliard...) ont émergé lors de mouvements sociaux.

L'avenir politique du mouvement ne passerait donc que par sa disparition.

Sandrine Cochard