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Municipales: ces villes sur lesquelles le RN place ses billes

Le logo du Rassemblement national (illustration).

Le logo du Rassemblement national (illustration). - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Ambitionnant d'élargir leur palmarès de 2014 sans pour autant donner trop d'importance au scrutin, le parti de Marine Le Pen s'investira essentiellement dans des bastions frontistes du Nord et de la région Paca.

Forte des intentions de vote en sa faveur pour la prochaine élection présidentielle, Marine Le Pen sait qu'il lui sera impossible de faire un carton aux municipales. "J'ai évidemment de grandes espérances, mais (...) une municipale, c'est énormément de critères qui entrent en ligne de compte", se contentait de rappeler la présidente du Rassemblement national sur RTL jeudi.

"Ce que nous voulons démontrer, c'est que nous continuons notre implantation locale, que nous sommes en dynamique", ajoutait-elle.

Ce scrutin, où les étiquettes pèsent moins et où la prime au sortant pénalise les partis ne disposant pas d'un solide maillage d'élus, sera au mieux l'occasion pour le Rassemblement national de renforcer son assise. En clair, de s'emparer de nouvelles communes sans pour autant enregistrer, au niveau global, de score mirobolant.

Le RN présent dans 600 villes

Ce dimanche, les cadres du partis se réunissent pour une convention à Paris consacrée au sujet. Après des ateliers thématiques, des interventions de candidats et de maires sortants, Marine Le Pen doit prononcer un discours donnant le coup d'envoi officiel de la campagne.

Le RN est sur la ligne de départ avec 12 villes déjà dans son escarcelle, parmi lesquelles Fréjus (Var), Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), Beaucaire (Gard) ou Le Pontet (Vaucluse). Toutes des bastions où la liste conduite par Jordan Bardella est arrivée largement en tête aux élections européennes de mai 2019. Dans la commune dirigée par Steeve Briois, vice-président du parti, le RN a recueilli près de 56% des suffrages exprimés.

Lors d'une conférence de presse mercredi, le porte-parole Sébastien Chenu - lui-même tête de liste à Denain (Nord) - affirmait que le parti présenterait "à peu près le même nombre de listes" qu'en 2014, soit environ 600. Avec, dans l'esprit de la patronne, le besoin absolu d'avoir des maires sortants qui transforment l'essai en se faisant réélire.

Perpignan, premier objectif?

Logiquement, Marine Le Pen visera par ailleurs à s'emparer de villes situées pour l'essentiel dans les régions Hauts-de-France et Provence-Alpes-Côte-d'Azur, mais pas que. Une des exceptions notables à ce quadrillage méthodique est Perpignan, où le député des Pyrénées-Orientales Louis Aliot est en position de force face au maire sortant Les Républicains, Jean-Marc Pujol. Comme le rappelait récemment France Inter, l'ex-compagnon de Marine Le Pen ne s'y présentera pas avec le logo RN afin de jouer la carte locale.

Dans un sondage publié mercredi par La Semaine du Roussillon et Sud Radio, le candidat recueillait 26% des intentions de vote au premier tour. Il devance ainsi l'édile LR, situé à 18%, et la vice-présidente de la région Occitanie, Agnès Langevine, évaluée à 14,5% sous une bannière commune Europe Écologie-Les Verts/Parti socialiste.

Un jeu plutôt ouvert donc, dans une ville de 123.089 habitants qui deviendrait, en cas de victoire de Louis Aliot, le plus grand fief local du RN. Aux européennes, le parti y a dépassé les 30% des voix. "On n'en fait pas notre premier objectif", assure un cadre auprès de BFMTV.com, avant de reconnaître quelques minutes plus tard:

"Imaginons que nous gagnions Perpignan et très peu de mairies à côté, on dira que c'est un grand succès. Donc ça ne sert à rien d'établir un seuil de nombre de villes à conquérir."

Enracinement dans le bassin minier

Quel que soit ce nombre, il y en a une bonne douzaine où le RN peut raisonnablement espérer l'emporter. D'abord dans le bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais, où la direction du parti fonde "de gros espoirs". Denain, par exemple, ville de près de 20.000 habitants, l'une des plus pauvres de France (plus de 35% de taux de chômage), tenue successivement par les communistes et les socialistes, est une cible prioritaire. Le RN y a recueilli 44% des voix aux européennes et le député local, Sébastien Chenu, sillonne le terrain depuis son élection à l'Assemblée nationale en 2017.

Toujours dans le Nord, le parti de Marine Le Pen est bien placé à Saint-Pol-sur-Mer, commune associée à Dunkerque, et à Maubeuge, où se présente l'ancien assistant parlementaire de Sébastien Chenu.

Autre membre du groupe RN au palais Bourbon, Ludovic Pajot sera également tête de liste aux municipales, à Bruay-la-Buissière. Dans la circonscription de Marine Le Pen, les communes de Carvin, Montigny-en-Gohelle et Méricourt sont aussi dans son collimateur. Non loin de là, à Billy-Montigny, le candidat UMP de 2014 se présente cette fois-ci sous l'étiquette RN.

À Calais, c'est Marc-Alexandre de Fleurian, ex-collaborateur parlementaire d'André Rougé à Bruxelles, qui a été investi. De quoi susciter l'amertume de Rudy Vercucque, Calaisien bien implanté et proche de Philippe Olivier, l'un des principaux conseillers de Marine Le Pen. Comme le raconte Libération, le postulant déçu a quitté le RN et rejoint un groupe dissident au conseil régional des Hauts-de-France. Quant à Marc-Alexandre de Fleurian, il peut espérer faire une percée mais aura fort à faire pour battre la maire sortante LR de Calais, Natacha Bouchard.

L'union des droites dans le Sud

Dans le Sud, où l'électorat LR est beaucoup plus dur qu'ailleurs, la stratégie de l'union des droites est à l'œuvre dans de nombreuses villes. Les yeux du RN sont notamment tournés vers Carpentras, dans l'ancienne circonscription de Marion Maréchal. Tête de liste en 2014, Hervé de Lepinau (qui avait d'ailleurs failli l'emporter à l'époque), a laissé la place au général Bertrand de La Chesnais. Profil à la fois société civile et martial, donc. Jusqu'à décembre 2017, Bertrand de La Chesnais était numéro deux de l'Armée de terre, où il a été auréolé par ses pairs

Ailleurs dans le Vaucluse, où 25 listes RN devraient se présenter, les communes de Mazan, Cavaillon, Bédarrides et Monteux paraissent "gagnables".

Dans l'Hérault, la ville de Béziers fait figure de cas particulier, dans la mesure où Robert Ménard, qui l'avait conquise en 2014 avec le soutien du RN, prend désormais ses distances avec les étiquettes afin, dit-il, de rassembler "toute la droite". Face à lui, les candidatures sont éparpillées. À Frontignan, le conseiller régional RN Gérard Prato veut adopter la même méthode avec, espère-t-il, le même résultat.

Le plus gros des objectifs héraultais demeure néanmoins Sète, où l'ancien président de la fédération départementale LR a viré sa cuti pour s'associer au camp de Marine Le Pen. Il portera une liste d'union des droites face au maire sortant, François Commeinhes, ex-LR soutenu par La République en marche. De quoi mettre en scène la ligne de fracture qui traverse la droite depuis des années.

Faire tomber les vieux briscards

À Vauvert, dans le Gard, c'est le médecin Jean-Louis Meizonnet qui portera les couleurs de la flamme. Son fils, Nicolas Meizonnet, était jusqu'à récemment le suppléant à l'Assemblée nationale de Gilbert Collard, élu au Parlement européen. À Nîmes, où se joue une guerre fratricide entre le maire sortant et le président de l'agglomération, le RN espère une quadrangulaire au second tour pour l'emporter. 

Dans le Var, où Fréjus constitue l'une des têtes de pont du frontisme municipal (ville gagnée par David Rachline en 2014), la commune de Puget-sur-Argens est convoitée par Franck Giletti, qui vise à faire tomber le maire sortant, Paul Boudoube, qui rempile à l'âge de 74 ans. 

Autre exemple similaire, cette fois dans les Bouches-du-Rhône: celui d'Allauch, où le RN est arrivé très largement en tête aux européennes et où l'édile en place, le socialiste Roland Povinelli, brigue un 9ème mandat à l'âge de 78 ans. 

Provoquer un maximum de triangulaires

Il y a bien évidemment de nombreuses autres communes où Marine Le Pen place ses billes. Comme le relevait Le Monde de façon détaillée en septembre dernier, le RN misera prioritairement sur les villes où il a obtenu plus de 40% aux élections européennes. Elles sont au nombre de 193, dont Calais est la seule à compter plus de 50.000 habitants. La grande majorité de ces communes en compte entre 3500 et 9999.

"Il y aura des victoires qu'on n'attend pas", prédit Gilles Pennelle, directeur de campagne du RN pour les municipales. "Avec des triangulaires ou des quadrangulaires, vous pouvez l'emporter avec 30-35%; dans un duel vous pouvez perdre avec 49%. À Avignon par exemple, ce sera difficile, mais avec une triangulaire, vous ne savez jamais."

En plus des potentielles victoires locales, le RN entend faire élire un maximum de conseillers municipaux dont beaucoup, un an plus tard, seront candidats aux élections départementales. "Pour ce scrutin-là et les régionales qui suivront, on a d'immenses ambitions", ajoute Gilles Pennelle.

Jules Pecnard