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Comment expliquer le boom des inscriptions sur les listes électorales?

Il ne reste que trois jours pour s'inscrire sur les listes électorales.

Il ne reste que trois jours pour s'inscrire sur les listes électorales. - Fred Tanneau - AFP

Jusqu'au 31 décembre, les Français peuvent s'inscrire sur les listes électorales s'ils désirent voter à la prochaine élection présidentielle ou aux élections législatives du mois de juin. Cette année, le boom des inscriptions est particulièrement significatif.

Dans trois jours, il sera trop tard. Les inscriptions sur les listes électorales se clôtureront le 31 décembre. Les Français encore non inscrits et souhaitant voter à la prochaine élection présidentielle, des 23 avril et 7 mai prochains, mais aussi aux législatives du mois de juin, ont encore trois jours pour y remédier. Comme chaque fin d'année précédant des échéances électorales importantes, des records d'inscriptions sont observés. Toutefois, les chiffres de cette fin 2016 sont plus importants que ceux observés en 2011, avant la présidentielle de 2012. Comment expliquer ce phénomène?

> Des inscriptions en plein boom

Les chiffres de l'Insee l'attestent: le nombre d'inscrits sur les listes électorales est en hausse en cette fin d'année 2016. A Paris, il a augmenté de 8% entre mars et décembre. 22.500 Parisiens se sont inscrits sur les listes en novembre, contre 14.700 à la même période il y a cinq ans, en novembre 2011, quelques mois avant la présidentielle de 2012. Paris bat même "un record d'inscriptions depuis 1978", indique la mairie. La capitale comptait à la mi-décembre un peu plus d'1,35 million d'inscrits (1,3 million en 1978) pour une population de 2,1 millions d'habitants.

Au niveau national, le même phénomène s'observe. Toujours selon l'Insee, au premier mars 2016, il y avait 44.834.000 inscrits sur les listes électorales en France, soit 1% de plus qu'en 2012. Le chiffre exact à la fin décembre ne sera connu qu'en mars 2017.

Le profil-type des nouveaux inscrits n'a pas été clairement établi, mais il s'agit globalement d'un public plus jeune que l'âge moyen des électeurs inscrits: des individus moins stables géographiquement, donc issus de la population jeune et active, les électeurs plus âgés étant davantage établis dans une commune fixe. 

> Comment expliquer cette hausse des inscriptions?

Comme le souligne l'Insee, des hausses d'inscriptions s'opèrent naturellement avant chaque élection importante. Si 2016 n'échappe pas à la règle, le contexte global entourant la présidentielle de 2017 a tout de même un effet sur les chiffres.

"Ce phénomène s'explique à la fois par l'engouement qu'a suscité la primaire de la droite et du centre en novembre, avec plus de 4 millions de votants à chacun des tours de scrutin, mais aussi par l'élection de Donald Trump le 8 novembre dernier aux Etats-Unis, qui a rappelé à un certain nombre d'électeurs que le fait de ne pas être inscrit, de ne pas pouvoir peser sur l'issue du scrutin, peut amener à des résultats qui ne sont pas ceux que l'on attend", fait valoir Yves-Marie Cann, directeur des études politiques de l'institut Elabe.

Par ailleurs, la perspective d'une qualification de Marine Le Pen au second tour, voire d'une victoire du Front national, ainsi que l'offre politique renouvelée pour 2017, qui n'est pas celle qui était attendue il y a quelques mois, peuvent aussi expliquer cet intérêt pour le vote à venir. "Tous ces critères peuvent provoquer un regain de participation, et avant cela, d'inscriptions sur les listes", résume Yves-Marie Cann. 

> A qui peut profiter ce boom du nombre d'inscrits?

Dès lors, ce nombre d'inscrits en hausse pourrait influer sur la participation à la présidentielle et aux législatives de 2017, qui sont déjà des scrutins qui mobilisent traditionnellement le plus d'électeurs. Mais de là à savoir à quel candidat profitera cette hausse, la conclusion est moins évidente. "Il est extrêmement difficile de faire des pronostics, car les facteurs de motivation pour s'inscrire peuvent différer selon les individus", avance Yves-Marie Cann.

"Il peut y avoir des facteurs de motivation politique, qui, pour le cas de Marine Le Pen par exemple, peuvent être une motivation à voter pour elle, mais aussi à voter contre elle", explique le spécialiste, pour qui le boom des inscriptions est surtout un "jeu à somme nulle". "Je ne suis pas certain que cela profite à un candidat en particulier", estime-t-il.

Mais pour le politologue Thomas Guénolé, le phénomène pourrait bénéficier à certains candidats. "La population qui s'inscrit moins d'habitude est en train de se mobiliser. Ce sont des individus plus jeunes, plus pauvres, plus précaires que la moyenne", fait-il valoir auprès de BFMTV.com. "C'est un électorat plutôt défavorable aux Républicains, plutôt favorable à Marine Le Pen, et encore plus à Jean-Luc Mélenchon, car leur profil correspond davantage à ses électeurs-type. Ce sera en tout cas défavorable à Emmanuel Macron, dont le message s'adresse aux gagnants de la mondialisation. Or l'électorat qui s'inscrit actuellement ne bénéficie pas de la mondialisation", développe Thomas Guénolé. 

> Qui sont les non-inscrits?

Au sein de la population française, 3 millions de personnes ne seraient pas inscrites sur les listes électorales, soit 7% de la population votante. Parmi elles, beaucoup de jeunes n'ayant pas fait la démarche de s'inscrire après avoir quitté le domicile familial, mais aussi des individus vivant en marge de la vie politique.

"Ce que l'on remarque en observant les données de l'Insee sur les non-inscrits, c'est que ce sont les personnes qui s'intéressent le moins à la politique, ou sont en situation de très forte défiance à l'égard de ce système politique: les catégories populaires, les classes d'âge intermédiaire, les jeunes", détaille Yves-Marie Cann. 

A ces non-inscrits s'ajoute un grand nombre de "mal inscrits", plus de 6 millions selon l'Insee, qui sont principalement des électeurs inscrits sur les listes, mais plus sur les bonnes, car ils ont oublié de faire le changement après un déménagement.