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"Nègres", "fils de juifs": des policiers renvoyés en conseil de discipline pour leurs propos racistes et antisémites 

Policiers. - FRED TANNEAU / AFP

Policiers. - FRED TANNEAU / AFP - -

Plusieurs fonctionnaires de police de Rouen, mis en cause en décembre 2019 pour des propos racistes échangés en privé sur la messagerie Whatsapp, sont renvoyés en conseil de discipline dans le cadre de l'enquête disciplinaire ouverte à leur sujet. Une enquête préliminaire confiée à l'IGPN est par ailleurs en cours.

"La guerre civile raciale est inévitable", "travail de nègre", "putains de bougnoules de merde", "t'es une merde de gauche tu mérites de mourir", ou encore "les Juifs et les gauchistes dirigent ce pays". Un policier de Rouen, nommé Alex, a découvert au mois de décembre dernier que certains de ses collègues s'envoyaient ce type de messages vocaux sur un groupe WhatsApp privé, comme le rapporte l'enquête menée par Arte Radio et Mediapart dévoilée ce jeudi.

Les messages audio envoyés entre collègues, diffusés dans le podcast d'Arte Radio, témoignent de propos ouvertement et violemment racistes, antisémites, homophobes et sexistes. Certains visent directement Alex, un policier noir exerçant dans l’Unité d’assistance administrative et judiciaire (UAAJ). 

Les policiers renvoyés en conseil de discipline

Les faits avaient été rapportés le 23 décembre 2019 par Alex à sa hiérarchie, et une plainte avait été déposée contre six de ses collègues pour "provocation non publique à la discrimination", "diffamation non publique en raison de l'origine" et "injures non publiques en raison de l'origine, l'ethnie, la nationalité, la race ou la religion". Ils ont également été signalés à la justice par le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP).

Les fonctionnaires de police mis en cause vont être renvoyés en conseil de discipline à la suite de l'enquête disciplinaire confiée à la DDSP qui a été ouverte contre eux, a annoncé ce jeudi à l'AFP Frédéric Veaux, le patron de la police nationale. 

Le policier qui a donné l'alerte toujours pas entendu

Cette affaire a également donné lieu à une enquête préliminaire confiée à l'IGPN. L'inspection générale de la police nationale avait été saisie du chef de diverses infractions, notamment diffamation non publique aggravée et provocation non publique à la discrimination", comme l'avait indiqué en janvier 2020 à l'AFP le procureur de la République Pascal Prache.

"L'enquête disciplinaire qui avait été immédiatement engagée vient" de conclure au "renvoi de ces fonctionnaires devant le conseil de discipline", a déclaré Frédéric Veaux ce jeudi, assurant qu'il "veillerait à ce que toutes les conséquences administratives soient tirées de ces actes qui n'ont évidemment pas leur place dans la police nationale et appellent les réponses les plus sévères".

Cependant, depuis le dépôt de sa plainte, Alex n'a toujours pas été entendu, et les téléphones de ses collègues n’ont pas été saisis, comme le rapporte Mediapart. Ces derniers se seraient d'ailleurs vantés d’avoir effacé une grande partie des messages avant d'être convoqués. 

Des échanges d'une violence inouïe

Ce jeudi, Arte Radio a diffusé les propos de ces policiers, redonnant de l'écho à cette affaire au moment où la police française est accusée de violences et de racisme. Dans ces messages vocaux, un collègue reproche par exemple à Alex son "travail de nègre", tandis qu'un autre estime qu'il doit charmer à mort de la pute à nègres", "les filles qui aiment bien les bâtards".

"Vu que c'est les Juifs et les gauchistes qui dirigent ce pays, on fait en sorte que la fille aille vers le bougnoule ou le nègre. En Angleterre ou en Allemagne, c'est pas comme ça, t'éduques ta fille pour qu'elle continue dans la race aryenne", avance encore l'un d'eux. 

Et de poursuivre, avec la même violence: "Ce que ces putes n'ont pas compris, c'est que ça a beau être des racailles, des cassos, des putains de bougnoules de merde, tôt ou tard elles vont finir par le payer. Par exemple quand il y aura l'effondrement économique, ils sauront pas les protéger (...) Moi j'ai les armes par contre, donc avec les armes je serai capable de pouvoir défendre mieux qu'un gros bâtard qu'elle a choisi, mieux que son singe".

Sur ce groupe Whatsapp qui comptait 11 membres, selon Mediapart, six fonctionnaires de police passaient des heures à s'envoyer de tels messages vocaux relevant du suprémacisme blanc, se qualifiant eux-mêmes de "fascistes", de "gros fachos". Mais conscients que ces échanges ne devaient en aucun cas être rendus publics, les participants n'avaient ouvert ce groupe "qu'aux hommes, et tous les hommes de l'unité n'y ont pas forcément accès".

Jeanne Bulant