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Meurtre d'Agnès au Chambon-sur-Lignon: début d'un procès "sensible"

Le procès de Mathieu doit durer jusqu'au 28 juin.

Le procès de Mathieu doit durer jusqu'au 28 juin. - -

La cour d'assises des mineurs de Haute-Loire juge, à partir de mardi, un jeune homme accusé du meurtre d'une collégienne de 13 ans, en novembre 2011. La famille de la victime pointe d'autres responsabilités.

"C'est une enfant qui voulait jouer à la grande et qui, pour son malheur, est tombée sur un individu extrêmement dangereux qui n'aurait jamais dû être dehors." C'est ainsi qu'Armel Marin résume, dans Le Parisien, l'histoire de sa petite fille, Agnès, tuée au Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), en novembre 2011, alors qu'elle avait 13 ans.

Ce mardi, s'ouvre le procès de son meurtrier présumé. Matthieu, 17 ans à l'époque, sera jugé par la cour d'assises des mineurs du Puy-en-Velay pour le meurtre et le viol d'Agnès. Quelques jours après la disparition de l'adolescente scolarisée au collège-lycée Cévenol, le jeune homme avait été placé en garde à vue. Il avait alors avoué avoir tué et violé la jeune fille alors qu'il l'avait emmenée en forêt, à la recherche de champignons hallucinogènes.

Mathieu avait ensuite indiqué aux enquêteurs un ravin dans lequel le corps d'Agnès, partiellement carbonisé, avait été retrouvé trois jours après sa disparition. L'autopsie avait alors révélé 17 coups de couteau, au thorax et à la tête, ainsi que des violences sexuelles.

A l'ouverture du procès, la famille demandera que les débats soient publics. Mais, mineur au moment des faits, Mathieu devrait bénéficier d'un huis-clos.

Le fait d'un récidiviste

"Nous voulons que le public sache", clame Armel Marin, le grand-père d'Agnès. Pour lui, ce procès ne doit pas seulement être celui de Mathieu, "cet effroyable bonhomme". "Il y a eu des dysfonctionnements", s'indigne-t-il, pointant du doigt l'établissement où la victime et l'accusé étaient scolarisés et la justice qu'il accuse d'avoir "tué (s)a petite-fille".

Elève de première au collège-lycée Cévenol, un établissement protestant sous contrat avec l'Etat, Mathieu avait intégré un an plus tôt l'internat, dans le cadre d'un contrôle judiciaire strict, après le viol d'une jeune fille de 16 ans dans le Gard en août 2010, affaire pour laquelle Mathieu doit être également jugé à partir de mardi. Le jeune homme avait purgé 4 mois de détention provisoire et avait été remis en liberté, après l'avis favorable d'un expert psychiatre. Il avait alors rejoint le Cévenol.

La direction de l'établissement, qui ne s'exprime plus sur l'affaire, avait expliqué à l'époque des faits qu'elle n'était pas au courant de la nature des faits reprochés et qu'elle n'avait jamais entendu parler de viol. "Chacun a fait son travail mais nous avons pâti d'un manque de communication", expliquait le directeur du collège-lycée dont la politique était d'offrir une seconde chance aux élèves. "On n'a pas le droit de demander le casier judiciaire d'un élève", insistait Jean-Michel Hieaux, le vice-président du collège-lycée, sur BFMTV.

L'institution judiciaire pointée du doigt

"Il y a eu un dysfonctionnement de l'institution judiciaire", renchérit Me Francis Szpiner, avocat de la famille Marin. "Vous n'empêcherez jamais les parents d'Agnès de penser que si la justice, la première fois, n'avait pas libéré aussi rapidement l'accusé, il aurait été en prison et leur fille serait vivante", a-t-il déclaré au micro de France Bleu Pays d'Auvergne.

L'expert psychiatre, Claude Aiguesvives, qui avait conclu à la non-dangerosité du jeune homme se dit "aujourd'hui catastrophé de la situation". Dans un entretien accordé à La Montagne, il explique: "ma part de responsabilité, c'est d'avoir fait des recommandations sur un dossier que j'ai partagé avec le juge d'instruction. J'ai eu un contact avec les parents, j'ai eu connaissance du rapport de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). J'ai donc fait confiance au mineur, au projet porté par la PJJ et le magistrat de l'instruction: celui de le faire sortir assez rapidement de prison, afin de lui donner une seconde chance. C'est ce que l'on fait souvent pour un mineur de 16-17 ans".

Mathieu, examiné par d'autres experts au cours de l'instruction, est présenté comme "une personnalité psychotique de type schizoïde", indique Libération. S'il reconnaît les faits qui lui sont reprochés, il le fait "sans le moindre sentiment de culpabilité ni de honte", écrit un autre psychiatre.

Un procès hors-normes

Environ 80 journalistes accrédités, 70 témoins, des débats retransmis en vidéo-projection, l'ensemble du Palais de justice réquisitionné, le procès a été classé "sensible" par le ministère de la Justice. Il a nécessité des installations particulières, comme celle d'un box pare-balles ou la remise à niveau des équipements audio et vidéo, relate L'Eveil.

Le verdict est attendu le 28 juin.


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