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"Guaino a un vrai problème avec la justice"

Député UMP et ex-conseiller spécial de l'ancien président de la République, Henri Guaino a estimé sur Europe 1 que le juge bordelais Jean-Michel Gentil avait "déshonoré un homme, les institutions, la justice".

Député UMP et ex-conseiller spécial de l'ancien président de la République, Henri Guaino a estimé sur Europe 1 que le juge bordelais Jean-Michel Gentil avait "déshonoré un homme, les institutions, la justice". - -

Les syndicats de magistrats répondent aux propos "insupportables" tenus ce vendredi par l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, qui a mis en cause le juge Gentil chargé d'instruire l'affaire Bettencourt.

Les syndicats de magistrats ont fait part de leur indignation vendredi, après les critiques formulées par Henri Guaino à l'encontre du travail et de la personne du juge Gentil, le magistrat qui a mis en examen Nicolas Sarkozy, jeudi, pour abus de faiblesse commis au préjudice de Liliane Bettencourt. Invité de la matinale d'Europe 1, l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy a déclaré que le magistrat instructeur avait "déshonoré un homme, les institutions, la justice."

Indignation générale des syndicats

Ces propos, dans le concert de critiques qu'a suscitées à droite la mise en examen de l'ancien président de la République, ont entraîné une réaction outrée des deux syndicats de magistrats, l'Union Syndicale des Magistrats (USM) et le Syndicat de la magistrature. Les propos d'Henri Guaino sont jugés par les deux syndicats comme "proprement scandaleux", "excessifs", "abjects" ou "insupportables".

Christophe Régnard, président de l'USM, va jusqu'à répondre que c'est Henri Guaino qui "déshonore la République et [...] ses fonctions de député".

Quand un député méconnaît "la séparation des pouvoirs"

"Quand on est un parlementaire, on respecte la séparation des pouvoirs, on respecte les décisions de justice et surtout on fait confiance à la justice. On garde son calme et on attend que la décision de justice soit rendue sereinement", déclare-t-il.

Le son de cloche est le même du côté du secrétaire général du Syndicat de la Magistrature, Eric Bocciarelli. Selon lui, "Henri Guaino sait très bien l'importance de la séparation des pouvoirs". Autrement dit, l'attaque est d'autant plus indigne qu'elle provient d'un politique expérimenté.

Guaino, récidiviste des attaques contre les juges?

"Que monsieur Guaino arrête de tenir des discours démagogiques, surtout que ce n'est pas la première fois", continue Eric Bocciarelli. "Il est déjà intervenu plusieurs fois pour dénoncer la justice. Je me souviens de l'histoire de la poupée vaudou [de Nicolas Sarkozy, NDLR], quand il avait critiqué une décision judiciaire dans des termes insupportables. Monsieur Guaino a un vrai problème avec la justice".

Référence est faite ici à un jugement du 29 octobre du tribunal de Paris qui avait débouté Nicolas Sarkozy de sa demande de retirer du commerce une figurine à son effigie.

Attaquer Guaino ou ne pas alimenter la polémique

Sur la stratégie à adopter vis-à-vis d'Henri Guaino, les avis des deux syndicats s'opposent. Du côté de l'USM il est question de saisir la justice. Pour le Syndicat de la magistrature, il n'en est pas question. "Ce n'est pas dans l'esprit du syndicat" déclare Eric Bocciarelli. "On ne va pas chercher à alimenter ce combat. On a entendu parler de vengeance des juges, etc. C'est ridicule, c'est aberrant", résume-t-il.

Des attaques spécifiques de la droite?

L'inimitié de l'ancien président envers les juges n'est pas un secret. Patrick Balkany le rappelait sur BFMTV. Pour le Syndicat de la magistrature (lui-même plutôt ancré à gauche), l'arrivée de la gauche au pouvoir avait pourtant marqué un vrai changement d'attitude vis-à-vis de la magistrature. "On commençait à retrouver une certaine sérénité dans l'exercice de nos métiers de juges. Et là, d'un seul coup, il a suffi que la 17e mise en examen dans l'affaire Bettencourt soit celle de monsieur Sarkozy pour qu'on revienne en arrière et qu'on retombe sur les mêmes attaques que celles subies pendant une dizaine d'années", commente-t-il.

Pour sa part, Christiane Taubira, la garde des Sceaux, a assuré de son soutien les trois magistrats instructeurs de Bordeaux. Elle l'a rappelé ce vendredi dans un communiqué.


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David Namias et Sandra Gandouin (sujet vidéo)