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Brigitte Lahaie: la loi sur la prostitution "ne va pas résoudre grand-chose"

La pénalisation des clients de la prostitution a été définitivement votée mercredi au Parlement. Olivier Truchot a réuni dans BFM Story l'animatrice radio RMC (qui appartient au même groupe que BFMTV.com) et Frédéric Robert, le porte-parole du réseau Zéromacho, pour commenter cette nouvelle loi.

La violation de l'interdiction de l'achat d'actes sexuels est désormais passible d'une contravention de 3.500 euros. La pénalisation des clients de prostituées a été définitivement adoptée par le Parlement, ce mercredi. La France a suivi l'exemple de la Suède, qui applique cette mesure depuis 1999. Brigitte Lahaie et Frédéric Robert, réunis sur le plateau de BFM Story, n'ont pas accueilli ce changement de la même manière. Le porte-parole du réseau Zéromacho y est très favorable tandis que l'animatrice radio émet des critiques.

Une entrave aux libertés

L'ancienne actrice porno avait lancé une pétition contre la pénalisation des clients de prostitués dès 2013. Brigitte Lahaie pense que cette mesure ne va pas résoudre grand-chose et risque de marginaliser encore plus les prostituées. L'animatrice a du mal à comprendre comment on peut autoriser la prostitution et condamner ceux qui y ont recours. Le véritable ennemi se situe, à son avis, du côté des réseaux de proxénètes. Et sur un plan sociétal, elle estime que cette loi est assez inquiétante et entrave les libertés.

Frédéric Robert lui répond que son réseau est précisément pour la liberté sexuelle et qu'elle passe par le libre consentement. Il rappelle que 90% des prostituées sont des sans-papiers. "On a du mal à imaginer qu'elles aient fait tout le voyage en France pour venir se prostituer dans les banlieues des grandes villes", avance-t-il. La vertu de cette loi est donc de rappeler aux hommes que d'avoir des rapports sexuels avec des personnes qui ne le désirent pas, "c'est d'une violence inouïe!". Il déplore une banalisation de la prostitution voire une glamourisation. "Il suffit d'aller dans les quartiers où se pratique la prostitution pour voir que cela n'a rien de glamour", assure-t-il.

"Un continuum qui est le viol"

Pour Brigitte Lahaie, si des femmes viennent de force en France pour exercer ce métier, il faut s'attaquer à la source. Elle avoue avoir même une certaine admiration pour des femmes qui viennent de pays "lointains pour nourrir leur famille dans la détresse". L'ancien actrice regrette qu'on place toujours les femmes en position de victimes en rappelant son combat pour que les femmes soient libres sexuellement. "Je sais ce que c'est que de faire du sexe pour de l'argent", explique-t-elle. "Plus on met les femmes en victimes et les hommes en bourreaux, plus notre société va aller mal". Brigitte Lahaie se défend toutefois de faire l'apologie de la prostitution et reconnaît toutes les souffrances qu'elle implique.

Frédéric Robert, lui, y voit plutôt un symbole. "A partir de moment où on banalise, auprès des hommes, l'idée d'acheter un acte sexuel, on banalise le fait que les femmes soient à leur disposition avec un continuum qui est le viol", avance-t-il. L'idée que des personnes viennent à se prostituer parce qu'elles n'ont pas le choix ne peut pas être une justification, plaide-t-il. Le militant souligne que les pays qui ont réglementé la prostitution comme l'Allemagne ont favorisé l'explosion de la prostitution illégale. A l'inverse, les réseaux de traites des humains se sont détournés des pays qui pénalisent les clients, comme en Suède. 

Partisane de la non-pénalisation des clients, Brigitte Lahaie considère que cette loi va favoriser les riches et défavoriser les pauvres, persuadée que les hommes qui recherchent des escort-girls sur Internet vont pouvoir continuer. Pour la prostitution de luxe "ça ne va changer grand-chose", lâche-t-elle. L'animatrice rapporte également que des policiers avec qui elle a pu échanger n'étaient pas favorables à cette loi. "C'est moins dangereux de pénaliser un client de prostituée que d'attaquer un terroriste", ironise-t-elle. Brigitte Lahaie redoute aussi que les hommes prennent des maîtresses et que cela provoque encore plus de divorces. Dernier argument avancé qu'il sera difficile d'évaluer.

Elise Maillard