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Une étude montre qu'un immense empire de l'Antiquité s'est effondré à cause d'un changement climatique

Archers assyriens.

Archers assyriens. - Oeuvre néo-assyrienne, photo de Capillon via Wikimedia Creative Commons.

Une étude scientifique, parue en début de semaine et relayée mercredi par le Guardian, a souligné, données à l'appui, le rôle joué par une sévère et très longue sécheresse dans l'effondrement brutal de l'empire néo-assyrien à la fin du VIIe siècle avant Jésus-Christ.

Pendant trois siècles, de 900 ans avant Jésus-Christ environ à -600, l'empire néo-assyrien s'est affirmé comme l'Etat le plus puissant au monde. En -671, année de son apogée, il s'étendait de l'Anatolie aux confins de l'Egypte et du Proche-Orient à la Mésopotamie, tandis que le cœur de l'ensemble battait dans le nord de l'Irak. Pour l'orient du bassin méditerranéen de la haute Antiquité, l'empire néo-assyrien était un tel colosse que sa capitale, Ninive, effraye le malheureux Jonas dans la Bible. Il s'enfuit en effet sur la mer, après que Dieu lui a lancé: "Lève-toi, va à Ninive, la grande ville païenne, et proclame que sa méchanceté est montée jusqu’à moi" (Livre de Jonas, chapitre 1, verset 2). Une désobéissance qui lui vaut dans un premier temps d'être avalé par un poisson avant qu'il ne se résolve à accomplir sa mission et à cheminer vers Ninive, que le Livre de Jonas décrit comme "extraordinairement grande", qu'il fallait "trois jours pour traverser" (3 ; 3). 

Pourtant, dans notre histoire, Ninive a été mise à sac en -612 et l'empire néo-assyrien s'est éteint, éclaté en de nombreux Etats, en l'espace de trente ans, entre -630 et -600. Des chercheurs menés par le professeur Ashish Sinha, paléoclimatologue de l'université de Californie, ont publié ce lundi dans la revue scientifique Science Advances une étude, relayée mercredi par le site du Guardian. Dans cette étude, ils ont exposé une nouvelle piste expliquant cet effondrement perdu dans le fond des âges: l'humidité, qui avait permis la naissance et la croissance de l'empire, s'est changée soudainement en une sécheresse longue de plus d'un siècle. Cette pénurie d'eau a présenté un défi fatal à cette civilisation certes densément urbanisée mais reposant sur une économie essentiellement agricole. 

L'empire néo-assyrien.
L'empire néo-assyrien. © Carte établi par ningyou via Wikimedia Creative Commons à partir de données d'une carte de l'Atlas des terres bibliques.

La méthodologie employée 

La sécheresse n'a pas provoqué seule la chute néo-assyrienne. La mort du roi Assurbanipal a ouvert une querelle de succession qui a généré une litanie de guerres civiles. A l'extérieur, les Mèdes, alliés à une armée de Cimmériens prête à croiser le fer et aux Scythes, ont infligé défaite sur défaite aux troupes du vieil Etat. Mais selon les scientifiques, ce revirement climatique a justement pu causer ces turbulences politiques. 

Pour établir la réalité de cette sécheresse dramatique, les savants ont prélevé deux stalagmites dans la grotte de Kuna Ba dans le nord de l'Irak. Une fois cette première opération menée à bien, ils ont examiné les taux d'atomes isotopes à l'intérieur des dépôts minéraux formés par l'infiltration d'eau dans la caverne. Ils ont soumis ces résultats à la datation au thorium -230. Ce procédé a montré deux périodes bien distinctes pour le climat de cette région entre -925 et -550. D'abord, entre -925 et -725, et particulièrement pour l'ère s'étendant de -850 à -740, les précipitations ont été plus fortes et plus nombreuses que la moyenne. Tandis qu'entre -675 et -550, une terrible sécheresse s'est abattue sur la région. "Si vous rencontrez ces fortes et sévères sécheresses, elles ont tendance à affecter une province bien plus grande que cette simple localisation", a commenté Ashish Sinha. 

Des données satellites collectées ont par ailleurs souligné la vulnérabilité de la production agricole dans le nord de l'Irak aux variations du climat. 

Le précédent hittite 

Cette rapide et violente décadence néo-assyrienne n'est pas un cas isolé dans la région. Vers -1180, l'empire hittite, qui a dominé des siècles durant de vastes espaces courant du Liban actuel au centre de la Turquie, s'est fragmenté en petits territoires dirigés par des roitelets. Longtemps, cette déchéance a paru mystérieuse aux experts qui évoquaient cependant un déclin commercial ajouté à une invasion lancées par les "peuples de la Mer" (selon leur désignation dans des récits égyptiens de l'Antiquité).

Mais en 2013, des scientifiques ont publié dans la revue Plos One un article, intitulé Racines environnementales de la crise de l'âge du bronze, prouvant qu'une sécheresse sévissait alors dans ces contrées, les affaiblissant du même coup. 

Robin Verner