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Une Américaine condamnée pour avoir poussé son ami au suicide

Le tribunal de Taunton

Le tribunal de Taunton - Marcbela via Wikimedia Creative Commons

Un tribunal de l'Etat du Massachussets a déclaré coupable une jeune fille de 20 ans qui a poussé son petit ami à aller jusqu'au bout de son suicide en 2014. Cette condamnation marque un tournant dans l'histoire judiciaire américaine.

Deux adolescents perturbés, des dizaines de textos échangés, et finalement, un jeune garçon poussé au suicide par sa petite amie, jugée vendredi coupable d'homicide involontaire dans un verdict qui pourrait faire date aux Etats-Unis. Après huit jours d'audiences devant le tribunal pour enfants de Taunton, dans le Massachusetts (nord-est), le juge Lawrence Moniz a déclaré coupable la jeune fille, aujourd'hui âgée de 20 ans, mais de 17 seulement au moment des faits.

Son petit ami, Conrad Roy, 18 ans à l'époque, avait été retrouvé mort dans sa camionnette le 12 juillet 2014, garé dans le parking d'un supermarché près d'une pompe qu'il a utilisée pour remplir son véhicule de monoxyde de carbone. Au final, ce ne sont pas les nombreux textos dans lesquels la jeune fille a encouragé Roy - aux tendances suicidaires avérées - à se donner la mort qui semblent avoir emporté la conviction du juge, mais un coup de téléphone entre les deux adolescents. 

Le comportement "vicieux et dangereux" de la jeune fille selon le juge

Conrad Roy avait déjà commencé à passer à l'acte, en emplissant sa camionnette de monoxyde carbone, a souligné le juge Moniz lors d'une audience retransmise en direct par les télévisions locales. Mais alors que l'air dans le camion devient irrespirable, il en sort et les deux jeunes se parlent longuement au téléphone: "Retourne dedans!" lui intime alors Michelle Carter, selon la retranscription de leur conversation produite par l'accusation. Ce qu'il fera, tout en restant en ligne avec elle. Elle l'entend commencer à tousser, se sentir mal, mais ne préviendra personne, ni la police, ni sa famille dont elle avait pourtant les coordonnées. 

Le juge a estimé que c'était ce comportement "vicieux et dangereux" qui avait "causé la mort de M. Roy". Il a déclaré Michelle Carter "coupable du chef d'accusation d'homicide involontaire". Un verdict salué par le père de Roy, qui s'est dit "heureux" après "une période très difficile pour notre famille." L'accusée, impeccablement habillée pendant tout le procès, pleurait elle en silence. 

Un verdict marquant

Le procès a brossé le sombre portrait de deux adolescents perturbés, sous traitement médicamenteux, qui s'étaient rencontrés lors de vacances en Floride en 2012 mais dont la relation s'était résumée ensuite essentiellement à des échanges par textos et coups de téléphone. La défense comptait beaucoup sur le témoignage du psychiatre Peter Breggin, qui a décrit en détails les médicaments que prenait Michelle Carter, traitée dès l'âge de 14 ans pour dépression. Elle a ainsi pris le célèbre anti-dépresseur Prozac pendant huit mois, avant que la dose ne soit réduite, puis le traitement arrêté et recommencé à nouveau. Selon ce médecin, le traitement l'aurait "involontairement intoxiquée", causant chez la jeune fille des délires mégalomanes qui l'incitaient à penser qu'elle seule pouvait mener Conrad Roy vers la mort. Mais le juge Moniz a estimé que ce témoignage ne suffisait pas à oblitérer "l'intentionnalité" du comportement de Michelle Carter.

La salle du tribunal de Taunton était pleine vendredi pour l'annonce du verdict. Le suspense était d'autant plus grand que l'Etat du Massachusetts n'a pas, contrairement à d'autres Etats américains, de loi pénalisant l'encouragement au suicide. La décision du juge Moniz a surpris de nombreux experts, qui s'attendaient à un acquittement. "Le verdict reflète la volonté de la justice d'étendre la responsabilité juridique en cas de suicide d'une autre personne, alors que par définition cet acte reflète un choix complètement indépendant", a estimé Danny Cevallos, expert en droit, sur CNN. Michelle Carter devrait connaître sa sentence le 3 aout. Elle encourt jusqu'à 20 ans de prison en cas de condamnation. 

R.V. avec AFP