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La Marche des fiertés annulée à l'île Maurice sous la pression d'opposants

(Photo d'illustration)

(Photo d'illustration) - Gregor Fischer-AFP

Les organisateurs de la Marche des fiertés ont été contraints de se confiner dans un centre commercial samedi à l'île Maurice afin d'échapper à une virulente manifestation d'opposants aux personnes LGBT.

La Marche des fiertés annulée à l'île Maurice. La 13e édition de cet événement pour la défense des personnes LGBT devait se tenir samedi sur cette île de l'ouest de l'Océan Indien. Mais face aux nombreuses pressions et menaces, les organisateurs ont décidé de la remplacer par un simple rassemblement.

"Plus de 150" messages de menaces

"Nous avons dû capituler", regrette pour BFMTV.com Pauline Verner, porte-parole du Collectif arc-en-ciel organisateur de la Marche des fiertés. Elle a reçu de nombreuses menaces, y compris des menaces de mort. "Plus de 150, mais j'ai arrêté de compter." Des menaces qu'elle continue de recevoir aujourd'hui. Elle a porté plainte. Mais la Police refuse de lui donner une protection. 

"Ils nous disaient que si le défilé était maintenu, il y aurait un massacre et qu'il ne fallait pas prendre ces menaces à la légère, explique-t-elle. L'interdiction de la Marche n'est pas officiellement venue de la police mais nous avons dû nous y résigner."

Le "silence radio" du gouvernement

Elle regrette le "silence radio" du gouvernement. Si le ministre de la Justice a jugé les menaces "déplorables", comme le rapporte ION News, "la violence de leur rassemblement n'a pas été remise en question, ni son illégalité", dénonce Pauline Verner.

Samedi, plusieurs centaines d'opposants particulièrement virulents à cette Marche des fiertés ont manifesté dans un climat tendu à Port-Louis, la capitale, à l'endroit où devait se tenir la Marche. Scandant "Allahou akbar" ainsi que des slogans hostiles et homophobes, comme "Dites non aux LGBT, l'homosexualité c'est la bestialité", ou "LGBT attire la malédiction". 

"Ces personnes sont venues mettre à mal la démocratie"

Lors des deux dernières éditions, la Marche des fiertés avait déjà été la cible de jets de pierres de la part de quelques dizaines de manifestants et de tracts homophobes. Mais la jeune femme remarque cette année une inquiétante explosion de la violence. 

"Ces personnes-là sont venues mettre à mal la démocratie, ces personnes-là sont venues mettre à mal la sécurité d'êtres humains qui ont le droit de vivre comme tout un chacun, déclare-t-elle pour ION News. On est en train de déclencher une haine pour une histoire d'orientation sexuelle qui est privée (...) Le combat ne fait que commencer (...) J'espère que le droit va revenir du côté des personnes qui n'ont rien à se reprocher et qui sont là de manière pacifique."

Elle espère un changement de la loi. Si l'homosexualité est légale à Maurice, les discours haineux contre les personnes LGBT ne sont cependant pas interdits.

"Rien ne justifie la haine et l'homophobie"

Jean-Luc Romero, conseiller régional d'Île-de-France et parrain de l'événement, était là samedi et a participé au sit-in, qui s'est tenu par mesure de sécurité dans un centre commercial à ciel ouvert sécurisé.

"Face aux homophobes, les militants LGBT ont montré le visage de l'amour et la bienveillance", a tweeté le président de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité. "Rien ne justifie la haine et l'homophobie."

Céline Hussonnois-Alaya