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L'institut français de Kaboul visé par un attentat

Des forces de sécurité afghanes devant le lycée Esteqlal, à Kaboul, le 11 décembre.

Des forces de sécurité afghanes devant le lycée Esteqlal, à Kaboul, le 11 décembre. - Shah Marai - AFP

Un attentat suicide a eu lieu jeudi au lycée français de Kaboul, faisant plusieurs morts et une quinzaine de blessés, d'après un premier bilan.  Selon nos informations, aucun Français ne se trouve parmi les victimes. Il s'agit du deuxième attentat de la journée dans la capitale afghane, théâtre d'une recrudescence de violences à l'approche du retrait de l'Otan.

Un kamikaze a commis un attentat suicide, jeudi, lors d'un événement organisé au lycée Esteqlal de Kaboul, qui abrite également un centre culturel français, tuant plusieurs personnes et faisant de nombreux blessés, selon le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius. "Un kamikaze s'est fait exploser dans la foule au lycée Istiqlal", avait déclaré un peu plus tôt déclaré Sediq Sediqqi, le porte-parole du ministère afghan de l'Intérieur. Aucun Français ne se trouve parmi les victimes, a indiqué le Quai d'Orsay à BFMTV.

Le président de la République François Hollande a condamné, en fin d'après-midi, un attentat contre la "culture et la création". De son côté, le Premier ministre Manuel Valls a estimé, dans un communiqué, que "cet acte lâche renforce la France dans sa détermination à lutter contre la barbarie", avant de préciser que"la France poursuivra sans faillir son action en faveur de la culture et de l'éducation en Afghanistan".

Explosion pendant une représentation théâtrale

Selon le site d'information afghan Tolonews, l'attentat s'est produit pendant la représentation d'une pièce de théâtre, au cours de la soirée de jeudi, heure locale, et alors que l'auditorium était plein de spectateurs, d'après des témoins. Des officiels afghans cités par Tolonews ont indiqué que le kamikaze serait un adolescent, âgé de 15 ou 16 ans. Selon un journaliste afghan sur Twitter, le jeune homme assistait lui-même à la pièce, avant de se faire exploser au milieu de la foule, au cours de la représentation.

Des images tournées à l'intérieur du lycée français après l'attentat ont été diffusées sur Internet.

Un journaliste indépendant présent sur place a quant à lui posté des photos prises sur les lieux de l'attaque, sur son compte Twitter.

Une attaque "symbolique"

Cette attaque perpétrée dans le centre de la capitale afghane fait suite à un attentat suicide des talibans plus tôt en journée contre un autobus militaire ayant tué six soldats, selon les autorités.

Pour Karim Pakzad, spécialiste de l'Aghanistan et chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), interrogé par BFMTV, cet attentat contre le lycée français est "symbolique". "La France n'est pas plus visée que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou d'autres pays. Mais le centre culturel et le lycée français de Kaboul sont perçus comme des joyaux culturels dans la capitale afghane. C'est la raison pour laquelle je pense que cette attaque est symbolique", a-t-il ainsi estimé.

Le centre culturel franco-afghan de Kaboul se trouve dans le centre de la capitale, non loin du palais présidentiel. Il est installé à l'intérieur du complexe abritant le lycée franco-afghan Esteqlal, financé par la France et qui a appris le français à plusieurs générations d'écoliers afghans dont le plus célèbre fut le héros de la résistance contre les Soviétiques et les talibans Ahmad Shah Massoud.

Réhabilité par la France à la fin des années 2000, le centre culturel avait rouvert ses portes flambant neuf en septembre 2010. La France avait également auparavant réhabilité les lycées franco-afghan Esteqlal (garçons) et Malalaï (filles). Inauguré en 1970, le centre culturel fut fermé entre 1983 et 2002 à cause des conflits successifs qui agitèrent le pays, avant de rouvrir ses portes au public en 2003 après la chute des talibans.

Regain de tension à l'approche du retrait de l'Otan

Pour l'ancien représentant de la France pour l'Afghanistan et député UMP Pierre Lellouche, invité à réagir sur BFMTV, la France n'était "pas plus visée que tous les Occidentaux" dans cette attaque. "Le lycée Esteqlal est une vitrine de la présence occidentale à Kaboul, c'est même l'une de nos plus belles réalisations. En ce moment, dans la capitale afghane, les forces occidentales et la coalition internationales se replient, l'Otan se replie. Le gros des forces américaines partent, il ne doit plus rester qu'une douzaine de milliers d'hommes qui forment l'armée afghane. On est donc au moment d'un rendez-vous qui est celui du départ de la coalition internationale, treize ans après le début de l'intervention. Les talibans montrent qu'ils sont toujours là", analyse Pierre Lellouche.

Plus tôt dans la journée, ce jeudi, un attentat suicide des talibans contre un autobus militaire a tué six soldats dans un quartier excentré de la capitale, selon les autorités. Au cours des dernières semaines, les attentats sanglants se sont multipliés à travers l'Afghanistan, notamment à Kaboul et contre les étrangers.

Fin novembre, les talibans avaient même lancé une attaque contre une résidence occupée par une famille sud-africaine établie depuis douze ans dans le pays, dont le père travaillait pour une organisation active dans le domaine de l'éducation et la mère dans un centre médical. L'essentiel des forces de l'Otan, qui ont compté jusqu'à 130.000 soldats en 2010, doit finir de plier bagages d'ici la fin du mois.

Adrienne Sigel, avec agences