BFMTV

Le pape François, trois ans de gestes diplomatiques forts

Le pape François arrive à Séoul, en Corée du Sud, le 14 août 2014.

Le pape François arrive à Séoul, en Corée du Sud, le 14 août 2014. - Vincenzo Pinto - AFP

Le 13 mars 2013, Jorge Mario Bergoglio accédait à la tête de l'Eglise catholique et devenait le pape François. En trois ans, le souverain pontife d'origine argentine, le premier à être issu du continent américain, a imposé son style, faisant de l'ouverture vers l'international et du dialogue interreligieux des priorités. Retour sur ses rencontres et déplacements les plus marquants.

Un pontificat qui ne fait que commencer, et déjà plusieurs images historiques. Arrivé au sommet du Vatican le 13 mars 2013, il y a tout juste trois ans, le pape François a imposé son image de souverain pontife ouvert sur le monde, attaché au dialogue entre les religions et à l'oecuménisme. Premier pape non européen, Jorge Mario Bergoglio, d'origine argentine, a multiplié les déplacements et interventions symboliques, ainsi que les rencontres fortes, endossant le costume du pape diplomate, comme l'avaient fait avant lui Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul II. Retour en images sur les temps forts de la diplomatie du pape François.

> Juin 2014: prière commune au Vatican

Un peu plus d'un an après son arrivée à la tête de l'Eglise catholique, le pape François fait un premier geste fort. Le 25 mai 2014, en plein voyage en Terre sainte, François, alors à Bethléem, invite les présidents israélien et palestinien, Shimon Pérès et Mahmoud Abbas, à se rendre à Rome, pour célébrer une prière commune au Vatican. La démarche est inédite, et hors norme. Rendez-vous est pris quelques jours plus tard, le 8 juin. Les deux responsables politiques se rendent au Saint-Siège, pour prendre part à une prière juive, suivie d'une prière chrétienne, et d'une prière musulmane.

Plus forte encore: la poignée de main entre Shimon Pérès et Mahmoud Abbas, avant la plantation d'un olivier. Si la rencontre a été présentée comme un moment de communion entre les trois grandes religions monothéistes, l'image, hautement politique et symbolique, est venue concrétiser l'appel à la paix entre Israël et la Palestine, prononcé par le pape lorsqu'il se trouvait en Terre sainte. Et son attachement sans faille au dialogue interreligieux.

Le pape François pendant une prière commune avec les présidents israélien et palestinien, le 8 juin 2014.
Le pape François pendant une prière commune avec les présidents israélien et palestinien, le 8 juin 2014. © Filippo Monteforte - AFP

> Novembre 2014: discours face à l'Europe

Son déplacement n'a duré que quatre heures, le plus court effectué par un pape à l'étranger. Le 25 novembre 2014, Jorge Mario Bergoglio fait un aller-retour express à Strasbourg, pour prendre la parole devant le Parlement européen et le Conseil de l'Europe. C'est la première fois depuis vingt-six ans et la venue de Jean-Paul II en 1988, qu'un souverain pontife vient à la rencontre des institutions européennes. 

Accueilli très chaleureusement par les parlementaires, le chef de l'Eglise catholique adresse une feuille de route à l'attention de l'UE, évoquant pêle-mêle le "vieillissement" de l'Europe, l'"égoïsme" et la "désillusion" qui semblent s'être emparés des peuples européens, avant d'aborder la question de l'immigration, et d'appeler à lutter contre les extrémismes. Mais si l'image laissée est forte, le discours du pape se révèle également ferme, notamment sur les questions de l'euthanasie et de l'avortement, tranchant ainsi nettement avec l'image de pape ouvert qu'il véhiculait depuis le début de son pontificat. 

Le pape François devant le Parlement européen, à Strasbourg, le 25 novembre 2014.
Le pape François devant le Parlement européen, à Strasbourg, le 25 novembre 2014. © Remy de la Mauvinière - AFP

> Septembre 2015: rencontre avec Fidel Castro à Cuba

La visite du pape à Cuba n'a été confirmée que très tard, en avril 2015, greffée à son déplacement aux Etats-Unis. Elle intervient dans un contexte particulier: quelques mois plus tôt, le souverain pontife assurait un rôle crucial dans le dégel entre La Havane et Washington, en endossant le rôle d'intermédiaire entre les deux capitales. A l'été 2014, il avait en effet adressé des lettres à Barack Obama et Raul Castro, pour encourager un rapprochement. Des délégations des deux pays avaient également été reçues au Vatican. 

La diplomatie papale, d'un genre inédit, a porté ses fruits, puisque le 17 décembre 2014, les Etats-Unis et Cuba annonçaient un rapprochement historique dans leurs relations, après plus de cinquante ans de gel diplomatique. 

En se rendant à Cuba, le 19 septembre 2015, le pape François arrivait donc en terrain conquis et venait confirmer sa volonté de voir l'île caribéenne reprendre sa place sur la scène internationale. S'il n'a pas rencontré de dissidents pendant ses quatre jours de visite (à l'occasion de laquelle 3.500 prisonniers politiques ont été libérés), le pape a enchaîné discours, messes et bains de foule, mais a également rencontré l'ancien leader du pays, Fidel Castro

Le pape François rencontre Fidel Castro à La Havane, le 20 septembre 2015.
Le pape François rencontre Fidel Castro à La Havane, le 20 septembre 2015. © Alex Castro - AFP

> Septembre 2015: invitation à la Maison Blanche

Comme pour illustrer le pont qu'il a contribué à rétablir entre Cuba et son voisin, le pape s'envole directement vers Washington, depuis l'île, le 22 septembre 2015. Au cours de sa visite de six jours, il donne notamment une messe géante au Madison Square Garden de New York, se rend sur le site du World Trade Center, et prend des bains de foule sur la 5e Avenue et dans Central Park.

Reçu à la Maison Blanche - il est le troisième pape à s'y rendre, après Jean-Paul II et Benoît XVI - il s'affiche complice avec le président américain Barack Obama, avant de se rendre au Congrès pour prononcer un discours devant les parlementaires réunis en session spéciale, une première pour un souverain pontife. Un discours dans lequel il appelle notamment à agir contre le réchauffement climatique et à abolir la peine de mort. 

Mais le pape François ne s'arrête pas là. A Philadelphie, dernière étape de sa tournée américaine, il rencontre un groupe de victimes d'actes pédophiles commis par des prêtres, scandale qui a miné l'Eglise catholique américaine, promettant que "tous les responsables rendront des comptes".

Le pape François et Barack Obama dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 23 septembre 2015.
Le pape François et Barack Obama dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 23 septembre 2015. © Tony Gentile - AFP

> Novembre 2015: visite dans une mosquée en Centrafrique

Le 30 novembre 2015, alors qu'il achève une tournée africaine qui l'a emmené au Kenya, en Ouganda et en Centrafrique, le pape se rend dans la grande mosquée de Bangui, la capitale centrafricaine. Dans la mosquée de Koudoukou, située dans le PK-5, dernier bastion musulman de la ville protégé par des soldats de l'ONU, le chef de l'Eglise catholique s'adresse à 250 musulmans, à qui il déclare: "Chrétiens et musulmans sont frères".

Une phrase hautement symbolique de réconciliation entre communautés religieuses, dans ce pays où chrétiens et musulmans s'entretuent depuis 2013.

Le pape François dans la grande mosquée de Bangui, le 30 novembre 2015.
Le pape François dans la grande mosquée de Bangui, le 30 novembre 2015. © Giuseppe Cacace - AFP

> Février 2016: rencontre historique avec le Patriarche russe

Début 2016, le pape fait un nouveau détour par Cuba avant sa visite au Mexique, pour rencontrer cette fois-ci le Patriarche orthodoxe russe Cyrille. Le rendez-vous est historique et pour cause: il s'agit de la première rencontre entre les deux chefs de ces Eglises depuis le schisme entre chrétiens d'Orient et d'Occident, il y a près de mille ans, en 1054.

"Enfin, nous nous voyons, nous sommes frères", déclare le pape François, après avoir embrassé plusieurs fois sur les joues le Patriarche de Moscou, dans un salon de l'aéroport de La Havane, le 12 février. Les deux religieux signent ensuite une déclaration commune, dans laquelle est notamment évoquée la crise ukrainienne. 

Ces retrouvailles, organisées dans le plus grand secret, sont un événement majeur de l'histoire religieuse, impulsé par le pape lui-même et ses idées en matière d'oecuménisme, qui peuvent notamment s'expliquer par ses origines argentines, une terre d'immigration, comme l'explique Constance Colonna-Cesari, journaliste spécialiste du Vatican, interrogée par L'Obs. La rencontre symbolise aussi la main tendue du pape François vers Moscou, ce qui a déplu à bon nombre de responsables religieux ukrainiens, qui dénoncent la minimisation de la responsabilité de la Russie dans le conflit entre Kiev et Moscou. 

Le Patriarche de Moscou et le pape François se retrouvent, à l'aéroport de La Havane, le 12 février 2016.
Le Patriarche de Moscou et le pape François se retrouvent, à l'aéroport de La Havane, le 12 février 2016. © Osservatore Romano - AFP