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Législatives britanniques: le "Brexit", sujet de discorde entre Cameron et Miliband

Le Premier ministre David Cameron (d), candidat à sa succession chez les conservateurs et Ed Miliband (g), candidat des travaillistes, ne partagent la même opinion sur la question de l'UE. Au centre le vice-Premier ministre Nick Clegg soutient le premier tout en étant réticent à sortir de l'Union.

Le Premier ministre David Cameron (d), candidat à sa succession chez les conservateurs et Ed Miliband (g), candidat des travaillistes, ne partagent la même opinion sur la question de l'UE. Au centre le vice-Premier ministre Nick Clegg soutient le premier tout en étant réticent à sortir de l'Union. - -

En 2013, David Cameron a promis un référendum aux Britanniques sur une sortie, ou non, de l'Union européenne. Cette promesse revêt désormais un double enjeu: protéger son pays en demandant un statut à part au sein de l'UE et satisfaire de futurs alliés politiques.   

"Je crois passionnément que quitter l'Europe diminuerait l'influence du Royaume-Uni dans le monde. (…) C'est un pari complètement inacceptable pour le futur de notre nation". L’ancien Premier ministre britannique Tony Blair est sorti de sa réserve pour soutenir le candidat travailliste (Labour) Ed Miliband dans la campagne des législatives du 7 mai par le prisme délicat de l'Union européenne.

Et en effet, si le sujet est jugé peu important par les électeurs selon plusieurs études, la question pèsera lourd dans le futur politique de la Grande-Bretagne puisque le locataire actuel du 10 Downing Street et candidat à sa succession, le conservateur (ou Tories) David Cameron a promis en janvier 2013 un référendum sur le maintien dans l’UE. Une promesse que trois Britanniques sur quatre entendent voire tenue, selon The Guardian, mais qui pourrait jouer des tours à son auteur.

Les conditions de Cameron à Bruxelles

Une "Union réformée" espère en réalité David Cameron. Pour le Premier ministre, ce référendum est un moyen déguisé d’obtenir des amendements, ou a minima des exonérations britanniques, dans les traités au sein des pays membres. En effet, des centaines de milliers de personnes ont rejoint l’île pour trouver du travail en utilisant ses règles migratoires propres à l’UE. En France, on retrouve indirectement ces sujets quand l'UMP ou le FN proposent de sortir ou de renégocier les accords de Schengen qui abolissent les contrôles aux frontières.

David Cameron voudrait aussi revoir les prestations sociales auxquelles peuvent prétendre les ressortissants européens vivant sur le territoire britannique ou encore protéger les statuts de la City à Londres. Mais du côté de Bruxelles, comme de Berlin ou de Paris, les marges sont réduites pour satisfaire à ces exigences importantes.

Cameron face aux alliances politiques

Durant la campagne, Ed Miliband, favori des bookmakers, a accusé David Cameron d’avoir conduit les Britanniques "au bord d'une sortie de l'UE parce qu'il a été trop faible pour contrôler son propre parti et trop fébrile face à la montée de l'Ukip". En effet, la sortie de l’UE est aussi une stratégie du Premier ministre conservateur pour satisfaire l’aile eurosceptique de son camp et contrer la montée de l’Ukip de Nigel Farage, parti europhobe, comparable au Front national en France. 

Les sondages, qui donnent des résultats très serrés à quelques jours du scrutin, induisent la nécessité de nouer des alliances pour gouverner et renforcent par conséquent l’enjeu politique de la question. Pour David Cameron, une alliance avec l’Ukip accélèrerait le processus mais une autre avec les LibDems (Libéraux-démocrates), pro-européen, de l’actuel vice-Premier ministre Nick Clegg, pourrait à l'inverse le ralentir. 

Les dangers économiques et territoriaux d'une sortie de l'UE

Enfin, les élus du Scottish National Party qui devraient ravir nombre de siège auront aussi leur mot à dire puisque, classé à gauche et donc potentiellement alliés de Ed Miliband face à David Cameron, favorables à un maintien dans l’UE, pourront peser de tout leur poids pour affaiblir le futur Premier ministre, si celui-ci est conservateur. Mise dans la balance, la question de l'indépendance du voisin du Nord pourrait jouer à plein.

En outre, une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne coûterait très cher au pays mais aussi à ses partenaires, certains comme l'Irlande, le Luxembourg et la Belgique ayant plus à perdre que d'autres, assure une étude de la Fondation Bertelsmann, basée en Allemagne. Au final, le référendum, s'il a lieu, se réduira probablement à un débat "immigration versus emploi", prédit auprès de l’AFP Mats Persson, directeur du centre de réflexion Open Europe.

Mais en attendant le verdict des urnes et les conciliabules d'alcôves, une sortie de l’Union européenne a déjà son surnom: le "Brexit", contraction de "British exit".