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Allemagne: mystère autour d'une collision provoquée par un camion volé

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- - Yann Schreiber / AFP

Le conducteur serait un Syrien de 32 ans arrivé en Allemagne en 2015.

Au lendemain de la course folle dans les rues de Limburg en Allemagne d'un camion volé qui a fait une dizaine de blessés, de nombreuses zones de flou persistent. Ce mardi, la police s'outre-Rhin cherchait a la motivation, psychiatrique ou terroriste, du conducteur qui a été interpellé peu après les faits. 

"Nous sommes encore dans la phase la plus chaude de l'enquête", a indiqué un porte-parole du parquet général de Francfort, alors que la police, interrogée sur un éventuel attentat, répète depuis la veille qu'elle n'exclut aucune hypothèse.

Concernant le suspect, blessé dans la collision et interpellé dans la foulée, les enquêteurs n'ont fait aucune déclaration officielle, pas plus qu'ils n'ont précisé s'il roulait vite ou avait tenté de freiner avant l'impact. 

Syrien de 32 ans

De son côté, une porte-parole de la police a indiqué mardi qu'un appartement avait été perquisitionné à Langen, à environ 80 kilomètres de Limburg, sans dire s'il s'agit de celui de l'homme interpellé.

Selon des "sources proches des services de sécurité" citées par l'agence allemande DPA, le conducteur du véhicule est un Syrien de 32 ans arrivé en 2015 en Allemagne, au plus fort de l'afflux de centaines de milliers de personnes fuyant la guerre et la misère.

Connu pour "des affaires de drogue et de violence", d'après la même source, il n'a aucun contact connu avec des islamistes ou d'autres extrémistes. Il n'était manifestement pas armé lors des faits.

Attentat selon les autorités 

La chaîne de télévision publique ZDF affirme de son côté que son acte est "considéré comme un attentat" par les autorités. Mais ni la police ni la justice n'ont confirmé cette piste, et le parquet anti-terroriste a précisé à la mi-journée ne pas disposer d'éléments suffisants pour se saisir à ce stade du dossier, selon DPA.

Lundi vers 17h20, le suspect a volé un semi-remorque appartenant à une entreprise de logistique et quelques centaines de mètres plus loin, a percuté plusieurs voitures patientant à un feu rouge face au palais de justice de Limburg.

Mardi matin, la circulation avait repris sur cette deux fois trois voies, une fois évacués tous les véhicules accidentés, a constaté l'AFP.

Interrogé dans le quotidien local Frankfurter Neue Presse, le conducteur habituel du poids lourd a raconté avoir vu un homme barbu avec des cheveux ras, le regard "fixe et peut-être sous l'influence de la drogue", ouvrir la porte de son véhicule alors à l'arrêt.

"Je lui ai demandé: +Qu'est-ce que tu veux de moi? Mais il n'a pas dit un mot. Je lui ai reposé la question, et il m'a tiré hors du camion+", narre le routier, qui dit avoir couru derrière son engin.

La police reste prudente

Après le carambolage, le suspect a été entouré par un groupe de joggeurs, le nez et les mains en sang et le pantalon déchiré, ont raconté des témoins au Frankfurter Neue Presse. Expliquant avoir "mal partout", il a dit s'appeler Mohammed, selon une employée accourue sur place.

D'après d'autres personnes, il a plusieurs fois prononcé le mot "Allah", ce qui a incité le petit groupe à le retenir, explique le Frankfurter Neue Presse. La police n'a confirmé aucun de ces éléments.

Interrogé sur l'éventualité d'un attentat visant cette ville de 35.000 habitants proche de Francfort, le ministre de l'Intérieur Horst Seehofer a indiqué ne pouvoir "rien dire, à ce stade, sur la façon dont cet acte doit être qualifié."

2240 islamistes avec un "potentiel terroriste"

Les autorités allemandes sont sur le qui-vive après plusieurs attaques jihadistes ces dernières années. La plus meurtrière a été commise en décembre 2016, lorsqu'un Tunisien, Anis Amri, a foncé sur un marché de Noël de Berlin au volant d'un camion volé, tuant douze personnes.

En avril, le patron du Renseignement intérieur Thomas Haldenwang a estimé que 2240 islamistes avec un "potentiel terroriste" vivaient en Allemagne. 

Hugo Septier avec AFP